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dimanche 9 décembre 2012

Une force africaine fantôme pour mettre fin à la guerre au Congo

LeMonde.fr
09/12/2012

Quatre mille hommes constituant une force d’interposition africaine, déployée à la frontière du Congo et des pays voisins (Rwanda et Ouganda) accusés de soutenir la rébellion du M23 : voilà la dernière invention en date pour régler la situation de crise aiguë dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). 

La SADC (Communauté de développement d’Afrique australe), le grand ensemble de quinze pays dont le Congo fait partie, ont décidé dimanche l’envoi dans l’est congolais de cette force, qui pourrait même être associée aux casques bleus des Nations unies (4700 hommes au Nord Kivu, la région concernée) pour constituer une « force neutre » qui ferait de l’interposition, de la patrouille, toutes sortes de choses : on ne sait pas très bien en réalité. 


Des chiffres ont été avancés. La Tanzanie pourrait contribuer à cette « force neutre » à hauteur de mille hommes, par exemple. Mais entre la rédaction d’un communiqué lors d’un sommet (celui-ci s’est tenu à Dar es Salaam, en Tanzanie en présence du président congolais, Joseph Kabila), et les déploiements de troupes sur le terrain, il une distance. Cela ne coûte rien de promettre, surtout quand les questions qui fâchent ne sont pas abordées : qui paiera, qui assurera la logistique, etc… 

Ce n’est pas parce qu’on a éludé son coût que cette décision est pour autant un geste gratuit. Au sein de la SADC, le président Kabila peut compter la plupart des pays qui le soutiennent : l’Afrique du Sud (quoique avec beaucoup de précautions, et aucune intention d’engager des hommes sur le terrain) ; l’Angola (qui a des litiges avec le pouvoir congolais, mais préfère un Joseph Kabila docile à un remplaçant susceptible ne cesser de faire le jeu de Luanda, notamment sur des questions pétrolières cruciales) ; ou encore la Tanzanie et le Zimbabwe, jamais en retard pour contrer l’influence du Rwanda et de l’Ouganda, les « parrains » désormais discrets du M23. Mais au bout du compte, cela commence à faire masse. 

Car la SADC, ce n’est pas une organisation poids plume en Afrique. Quinze pays et des économies qui comptent, entraînées par l’Afrique du Sud. Politiquement, aussi, la SADC a du répondant, et quelques divisions pour faire valoir ses points de vue. Lors du déclenchement de la seconde guerre du Congo, c’est auprès de ses membres que Laurent-Désiré Kabila, le père de l’actuel chef de l’état, était allé chercher des soutiens pour faire barrage avec hommes et armes à une rébellion (oui, déjà), soutenue par le Rwanda et l’Ouganda. 

On avait alors vu se déployer au Congo, pour soutenir Kinshasa, des troupes zimbabwéennes, angolaises, namibiennes. Tout cela avait eu, du reste, un coût élevé pour le pays soutenu, chacun se payant sur la bête dans sa zone d’influence, à commencer par le Zimbabwe. Cette alliance avait failli tourner à la catastrophe lorsqu’ne juin 1999 le front de Pweto (porte de la riche région du Katanga, et sous la protection du Zimbabwe), s’était effondré devant les troupes rwandaises. 

Le commandant des forces congolaises, à Pweto, n’était autre que Joseph Kabila, qui doit donc connaître le goût de la défaite dans le cadre des guerres régionales et a donc de bonnes raisons d’essayer d’éviter de répliquer cette situation. 

Aussi, cette fois-ci, s’en tient-on à une guerre de signes. Faire monter la SADC en puissance dans le dossier congolais, cela donne un côté dramatique, et cela a l’avantage de déplacer le centre de gravité du problème. Car depuis l’essor de la rébellion du M23, créée en avril, mais devenue une menace sérieuse pour le pouvoir central vers le mois de juillet, la tentative de règlement de la « crise », comme disent les diplomates dans la région, a été prise en charge par une petite organisation régionale la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL). C’est normal et c’est malin. D’un côté, l’Union africaine stipule que la résolution des conflits à travers le continent est en priorité du ressort des organisations régionales. La CIRGL, coquille vide créée vers la fin de la seconde guerre du Congo, répond à ce souhait. Surtout, elle s’est éveillée de son sommeil pour prendre l’affaire du Kivu à bras le corps dés juillet, promettant de déployer une « force neutre » dans la région frontalière de la RDC. L’idée était alors de déployer des hommes pour vérifier qu’aucune aide militaire au M23 ne passe à travers cette frontière poreuse, c’est un euphémisme, depuis les deux pays voisins mis en cause par les rapports des experts de l’ONU, le Rwanda et l’Ouganda. 

Seulement, il se trouve que le président ougandais, Yoweri Museveni, est actuellement à la tête de la CIRGL. Et que le Rwanda y exerce aussi une influence certaine. Alors que les efforts diplomatiques pour régler cette nouvelle poussée rebelle sont au point mort, avec une mission des Nations unies complètement perdue dans le contexte, voilà qui semblait remplir un vide, mais de bien curieuse manière : confier aux pays accusés de violer l’embargo sur les armes à destination de la RDC, le soin de participer à sa surveillance…. 

On comprend pourquoi Joseph Kabila a souhaité externaliser la gestion de sa « crise ». Et pourquoi il a mobilisé les énergies de la SADC pour contrecarrer, en somme, l’influence de la CIRGL. Lors du dernier sommet de Kampala, le président Museveni l’a pris par la main pour l’amener à rencontrer, dans son bureau, une délégation du M23. On peut imaginer à quel point Joseph Kabila a adoré l’expérience…. 

Cela ne signifie pas la mise hors jeu de la CIRGL. 

A celle-ci revient le soin d’encadrer des discussions préliminaires entre une délégation de Kinshasa et une délégation du M23. Pas de président dans la salle, ni dans le bureau de Museveni cette fois-ci. Même le président de l’aile politique du M23, bishop Jean-Marie Runiga, n’a finalement pas fait le déplacement de Kampala, restant au poste frontière de Bunagana, petite bourgade aux allures de village des Alpes où le mouvement rebelle a installé son « gouvernement ». 

A notre passage mercredi dans cette localité, Bishop Runiga (il est effectivement évêque de son Eglise, Jesus seul sauveur), disait être prêt à participer à des négociations. En précisant qu’elles devraient se tenir avec une délégation de haut niveau de Kinshasa, et traiter de plusieurs aspects à la fois. Non seulement l’examen de l’accord de paix du 23 mars 2009 (en réalité conclu secrètement plusieurs mois plus tôt), qui a été le motif avancé par les mutins, en avril, dernier, pour reprendre les armes. Mais aussi en procédant à l’examen de nombreuses revendications ayant trait à la gestion du pays, aux doits de l’homme, etc. Du côté de Kinshasa, on souhaite s’en tenir purement et simplement à des discussions techniques sur l’accord de 2009, assorties sans doute de généreux « cadeaux » pour les mutins afin de les faire rentrer dans le rang, c’est à dire dans l’armée régulière ou dans les ministères. 

Les responsables des partis politiques qui avaient envisagé de se rendre aussi à Kampala pour les négociations ont renoncé, vu le climat peu prometteur (ils n’ont rien à y gagner à ce stade) 

Il serait tentant d’imaginer qu’un accord mal fagoté, assorti de postes, d’accès à des zones minières et d'un ensemble de prébendes variées, serait en mesure d'acheter la paix, au moins pour un temps, dans l’Est du Congo. Mais il y a encore du chemin à faire pour arriver à cette mauvaise solution. Fin 2008/début 2009, lors de la rébellion précédente, le CNDP, on avait ainsi mis un terme à une sorte de siège de Goma par les forces de Laurent Nkunda. Des émissaires de Kinshasa avaient négocié, dans le plus grand secret, un marché pour stopper l'aventure rebelle. ces derniers avaient été intégrés dans l'armée, avec des grades prestigieux (307 colonels nommés). Du jour au lendemain, les ex-rebelles qui avaient monté leur propre chaîne de commandement s'étaient trouvés contrôler une partie du Nord Kivu bien plus importante que celle qu'ils étaient parvenus à conquérir par les armes. C'est cet état de fait que le pouvoir de Kinshasa, pourtant le principal artisan de cette situation, a voulu remettre en cause début 2012, contribuant à déclencher une nouvelle rébellion. 

Cette fois-ci, la situation n'est cependant pas la réplique de début 2009. Car il ne faut pas oublier que le M23 a fait la démonstration qu’il pouvait enfoncer férocement l’armée régulière congolaise (les FARDC), même si ses hommes ont bénéficié d'un appui tactique déterminant du Rwanda voisin, à un moment clef, comme l’ont montré les membres du panel d’experts des Nations unies dans leurs dernière lettre au Conseil de sécurité. Il ne faut pas oublier que le M23, par ailleurs, s’est saisi de grosses quantités d’armes lors de la prise de Goma, même si cette prise a été mise en avant afin de prouver que les rebelles se fournissent sur place, et non au Rwanda et en Ouganda. Il ne faut pas oublier que l’armée de Kinshasa a été été humiliée, et qu’elle a aussi été victime de « trahisons » (comme le répète le nouveau chef des forces terrestres, le général Olenga), ainsi que de détournements (on en parle moins), et que l’idée d’une revanche peut mijoter à l’état-major à Kinshasa. Il ne faut pas oublier, enfin, que le M23 a conservé ses troupes dans des « collines stratégiques » proches de Goma (c’est un responsable de la rébellion qui l’explique), et ne s’en sont pas éloignées de vingt kilomètres, comme le prévoyaient les dispositions de l’accord de Kampala, qui encadrait leur retrait de la ville. 

Au final, il règne donc toujours une atmosphère chargée, très chargée dans l’est congolais. Et encore n’a-t-on vu entrer dans le jeu aucun des groupes armés qui s’associent de préférence avec les forces loyalistes (maï maï de toutes obédiences, milices ethniques locales, mais aussi APCLS du général Janvier, de loin le groupe le plus conséquent de la région). Ni les petits groupes qui ont, de leur côté, tenté des pactes avec le M23 (mais ces associations ne vont pas très bien, dans l’immédait) 

Avant que 4000 hommes d’une « force neutre » se déploient et se mettent à patrouiller une longue frontière difficile d’accès, en pleine saison des pluies, tous les facteurs explosifs de l’est ont le temps de se combiner. 

Il avait été question de nommer un envoyé spécial des Nations unies pour essayer de renouer un dialogue à haut niveau, avec un solide plan de médiation qui dépasse le stade des ruses et le stade des accords sans lendemain. Ce projet, selon nos informations, a été suspendu pendant le week-end, alors que deux candidats potentiels avaient été sélectionnés. A ce stade, la rébellion dans l’Est du Congo ne s’est pas transformée en guerre régionale comme cela avait été le cas en 1998. D’un certain point de vue, elle a même l’air furieusement local. Pour qu’elle le reste, il va falloir des solutions à la région qui ne passent pas par des distributions de postes et de sacs de billets à des militaires parmi lesquels évoluent de nombreux criminels de guerre, poursuivis ou pas, sanctionnés ou pas. 

Comment inventer la paix dans l’est du Congo ? Ce ne sont pas les atermoiements et les fausses mesures prises dans les sommets régionaux qui risquent de mettre fin au cycle des violences qui sont, pour les professionnels de la rébellion, une manière de vivre aux dépens de millions de gens, ceux qui sautent d’un camp à l’autre en fonction des soubresauts des porteurs de kalashnikov.

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