************ BONJOUR, J'AIMERAIS BEAUCOUP RETROUVER ET ENTRER EN CONTACT AVEC MME MARTINE DUPONT QUI EST NOMMEE SUR CE SITE, CAR ELLE A BIEN CONNU MA MAMAN AVEC QUI ILS ONT VECU A COQUILHATHVILLE. D'AVANCE UN GRAND MERCI. NADINE NANDU - EMAIL : nadinenandu@skynet.be ************ AU MUSEE DU QUAI BRANLY A PARIS, L'AFRIQUE DES ROUTES, DU 31 JANVIER 2017 AU 12 NOVEMBRE 2017 ************ ÉCLECTIQUE - UNE COLLECTION DU XXIEME SIECLE AU MUSEE DU QUAI BRANLY DU 23/11/2016 AU 02/04/2017

Art




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Démystifier la tradition
Par In Koli Jean Bophane 
LE MONDE 
16/07/2015

RDC : l’art congolais illumine la Fondation Cartier
Afrikarabia
08/07/2015

"Beauté Congo », l’exposition qui restitue l’énergie débridée de Kinshasa
Le Monde
09/07/2015


Hommage à Kingelez, artiste congolais et architecte d’utopies
RFI
20/03/2015



La RDC va célébrer et promouvoir la culture tshokwe
Le Phare
16/02/2015


Statuette funéraire en cuivre ? ou ...
11/03/2015



« Les artistes africains méritent plus de visibilité »
Le Monde Afrique
01/03/2015

Freddy Tsimba, le sculpteur congolais qui veut « soigner » la mort
Jeune Afrique
25/01/2015




«Yango», Kinshasa fête sa première Biennale d’art contemporain
RFI
07/12/2014




RFI
26/01/2014
Le Nouvel Afrique - Dossier

Mad 
08/02/2012
Jean Vouet 

Des enchérisseurs envoûtés par un fétiche ! 
Pari tenu pour Native, la salle de ventes spécialisée en art tribal, qui vient d'organiser la seconde vacation de son histoire dans la foulée de la Brafa.


A gauche, poupée de fertilité Mossi (Burkina Faso) payé 869 euros.
Au centre Akunga Molimu Lengola (RDC) payé 9.300 euros.
A droite, Nkisi Songye (RDC) payé 149.000 euros

Samedi 21 janvier, moins de cent objets étaient proposés aux enchères, ce qui est fort peu pour une maison de ventes, mais il s'agit là d'un choix délibéré. Car cela permet à la salle de ventes de défendre les objets comme le ferait un marchand spécialisé dans sa galerie. Ceci pour satisfaire une clientèle de plus en plus exigeante. Un phénomène dont témoignent les résultats : si la concurrence entre enchérisseurs est impitoyable pour les objets de grand prix, les objets plus abordables, qui n'en sont pas pour autant moins dignes d'intérêt, ne trouvent que difficilement preneur. 

Le plus beau résultat va à un nkisi, une statue à la fonction magique, qui est issue du travail conjoint d'un sculpteur, d'un forgeron et d'un sorcier des Songye, une ethnie installée le long du fleuve Congo. L'oeuvre est haute d'environ 70 cm, ce qui en fait un fétiche de taille moyenne. Sa pose est caractéristique : les deux mains sont posées de part et d'autre d'un ventre rebondi alors que les jambes sont cachées par un pagne qui "habille" la sculpture. 

La charge magique du Bishimba. 
L'aspect "gras" de la sculpture est dû aux libations d'huile de palme qui ont été effectuées pendant la vie de l'objet. Une charge magique, le bishimba, est placée sur son torse : elle contient des substances animales, végétales ainsi qu'un morceau de corne. Mais l'on retrouve une autre charge sous la jupette en raphia, ainsi que sur le crâne du fétiche : des clous de cuivre qui en constellent le visage et qui ont une fonction similaire. 

Ce type de sculpture était conservé au centre du village dans un sanctuaire, protégé par un gardien. Elles devaient prémunir la communauté de la famine et assurer un temps clément tout en défendant les habitants du village contre les actes de sorcellerie. Si, un jour, les pouvoirs de la sculpture étaient considérés comme actifs, il faut avouer qu'aujourd'hui, sa puissance magique est ... d'un autre ordre. Car ce très bel exemple fut payé 149.000 euros, plus du double de son estimation basse de 60.000 euros. 

Les nkisi des Songye sont sans aucun doute l'un des plus fameux exemples de l'art du Congo, et probablement de l'art du continent tout entier. Il s'agit donc d'un véritable classique, d'un "must have" pour tout collectionneur sérieux qui, bien sûr, en a les moyens. Notons également les 14.900 euros déboursés pour une rare sculpture songye représentant un porteur de coupe. 

Le fait que ces deux sculptures puissent être rattachées à un corpus d'oeuvres attribuables à un même artiste ou atelier a sans aucun doute joué en leur faveur. En effet, pas moins de trois exemples de fétiches issus du même atelier et publiés dans la littérature spécialisée ont été identifiés par la maison de ventes alors que le porteur de coupe, peut, quant à lui, être rattaché à un corpus de 18 oeuvres connues, toutes probablement collectées avant 1925. 

Toujours dans la catégorie "Congo", la belle et rare statue lengola était probablement l'un des objets les plus attendus de la vente. Son estimation basse, de 3.000 euros, fut finalement triplée. Ces sculptures nommées akunga molimu étaient placées dans une case où les femmes malades étaient soignées par une guérisseuse.  

L'oiseau Senufo. 
Le second résultat de la vente va à un objet, non pas issu de notre ex-colonie, mais provenant de la Côte d'Ivoire. Haut d'un mètre trente, ce type de statue joue un rôle important dans les cérémonies d'initiation de la société Poro. 

En outre, l'oiseau est un animal mythique pour les Senufo, l'on en retrouve des représentations dans toute la statuaire de cette ethnie. L'oeuvre avait jadis appartenu à Paolo Morigi, une provenance prestigieuse, et il semblait évident que son estimation haute de 15.000 euros serait allègrement dépassée. 

Après une véritable bataille d'enchères au téléphone avec, entre autres, un musée et des collectionneurs américains, l'oeuvre fut finalement remportée par un amateur d'art moderne pour 85.500 euros. Notons, pour finir, qu'à côté de ces sommes considérables payées pour des oeuvres importantes, plus d'un quart des objets adjugés furent payés moins de 1.000 euros. Avis aux curieux ... 


Voici un magnifique pastel de Antonina ATANASSOVA.
Antonina m'a envoyée son oeuvre suite à sa visite sur mon blog ce 20 août 2011.

A Toutes mes Soeurs !


Si vous désirez admirer d'autres oeuvres de cette artiste bulgare et parisienne, n'hésitez pas à visiter ses blogs :


LE CONTINENT NOIR
Poème de Antonina Atanassova

Assez de ce soleil couchant
Sur les cartes postales
Assez de ce soleil levant
Parmi les branches et les arbres
Le soleil africain est meurtri, couché
Boule jaillissante d’une terre assoiffée
Il pleure ses enfants affamés
Dessèche les cadavres décomposés
Bannit les guerres fratricides
Et crache ses poumons explosés dans un seul mot
PAIX, PAIX, PAIX, PAIX, PAIX

Aveugles, vendeurs d’armes
Derrière les frontières inexistantes
C’est un mur de sable blanc
Plus loin encore poussent
Les pousses vertes des graines jetées,
A deux pas de là, gisent les enfants des grands Morts affamés !
Et des balles, des balles de métal
A quand la fin ?
La fin de la faim
Sur cette partie unique de la terre
Qui vit encore sur une autre sphère
Gardienne des voix ancestrales

Pourquoi pouvons-nous nous installer chez eux
Dépenser notre argent et faire des photos
Et eux ne peuvent ils pas venir nous voir
Déposer leur savoir et nous apprendre l’histoire
Qui se lit sur les arbres et les vols des oiseaux
Qui passent l’hiver chez eux et
Nous reviennent au printemps pour couver leurs enfants

1 /4/ 2008
Droits d'auteur Copyright numero 00049520-1

Merci à Antonina de m'avoir permis de publier son poème. 


Les racines de mon coeur sont quelque part ailleurs !


Paysage d'Afrique

Le titre de cette aquarelle reflète admirablement bien l'état d'esprit de tous ceux qui ont vécus et connus l'Afrique !

Je dédie l'oeuvre de Antonina à tous les Anciens, européens et africains de notre beau pays, ainsi qu'à son peuple actuel qui mérite un meilleur avenir que les temps présents.

Encore merci Antonina !

RDC: deux chercheurs confirment la polyphonie des musiques autochtones.

Radio Okapi
15/05/2011

Les deux chercheurs et professeurs ont affirmé cette polyphonie (Ndlr : une pièce chantée à plusieurs voix) à l’issue de la dernière étape de la mission de 9 mois de recherche ethnomusicologique dans trois endroits de la RDC : Kiri dans la province du Bandundu, Bikoro à l’Equateur et Mambassa dans la Province orientale. Cette expédition s’est faite en pleine forêt équatoriale chez les Mambouto ou les premiers citoyens dits pygmées.

Joseph Djamba, chercheur et membre de cette expédition, parle de l’objectif de cette expédition :

« L’objectif, étant donné que l’homme est fragile et que son passage sur la terre est éphémère, étant donné aussi que nous sommes de la tradition orale, quand quelqu’un meurt, il meurt avec toute la connaissance. C’est pourquoi nous sommes allés sauver ce patrimoine qui risque de disparaître »

Cette recherche a été financée par le fonds des ambassadeurs. Les résultats seront présentés au cours d’un débat à l’Université de Kinshasa, à l’Institut national des arts et aux Musées nationaux du Congo.


D'Afrique et d'Océanie
L'Echo
30/04/201

Rare maternité Chamba, Nigeria



Les arts premiers sont décidément courtisés à Bruxelles. Pour preuve, la création de Native, qui tiendra le marteau pour la première fois début juin. Rencontre avec ses deux propriétaires, Sébastien Hauwaert et Nicolas Paszukiewicz.

Quelles sont les ambitions de Native?
Notre objectif est de mettre sur pieds deux ventes d’art africain et océanien par an et, par conséquent, de devenir la première salle de ventes belge dédiée à ces arts. Nous savons qu’il y a de nombreux collectionneurs en Belgique et notre ambition est de s’inscrire dans cette tradition de l’intérêt des Belges pour le continent noir.

Vous estimiez, j’imagine, qu’il y avait une place à prendre…
Il n’y a jamais eu de salles de ventes belges d’envergure qui ait défendu en profondeur les arts premiers. Nous voulons en faire une spécialité et nous pensons que, grâce à cette spécialisation, nous pourrons convaincre.

Pourquoi décider de créer une salle de vente plutôt que d’ouvrir une galerie?
De par notre expérience respective dans le domaine des ventes publiques. En outre, si l’on veut ouvrir une galerie, il faut constituer un stock et investir des sommes colossales avant même de commencer. Nous croyons en plus que l’événement que constitue une vente publique attire l’attention. C’est ce qui compte actuellement et la plupart des marchands font plus leur chiffre d’affaires en foire que dans leur galerie. Cela étant, si nous avons choisi de privilégier la vente publique, nous proposerons également des ventes privées lorsque le vendeur souhaitera la discrétion ou ne pourra pas attendre la vente suivante. La rencontre de Lin et Emile Deletaille a aussi été un facteur déclencheur. Ayant orienté leurs activités vers le courtage d’objets importants et l’art contemporain, il restait dans leur galerie un espace pour une activité qui viendrait apporter une dynamique à ce lieu emblématique et prestigieux.

Le domaine des arts premiers n’est pas des plus simples parce qu’il est extrêmement vaste…
Nous le savons et sommes extrêmement prudents. Nous pouvons compter sur l’aide de collectionneurs, marchands et scientifiques de référence qui ont une connaissance plus pointue d’une ethnie ou d’une région. Nous n’acceptons que des pièces dont nous sommes convaincus de l’authenticité, que nous garantissons par ailleurs.

Pensez-vous pouvoir amener de nouveaux amateurs vers les arts premiers?
Nous en serions très heureux! Nous espérons également amener les amateurs existants vers d’autres contrées. En effet, cela s’explique parfaitement par notre histoire coloniale, les Belges ont un goût prononcé pour l’Afrique centrale, mais nous allons également proposer d’autres objets, venant de l’Afrique de l’Ouest (Côte d’Ivoire, Nigeria, Cameroun, etc.). Nous espérons également toucher une autre génération de collectionneurs. Nous aimerions contribuer à d ynamiser ce marché en proposant des objets avec des estimations attractives, de manière à redonner une vie à des pièces qui sont actuellement moins prisées mais de qualité très appréciable.

Bien qu’il s’agisse d’un marché déjà bien développé, vous pensez donc qu’il est possible de l’étendre encore…
Il s’agit en effet d’un marché en expansion et en mutation. Désormais, il n’est plus question de ramener de belles pièces d’Afrique. La source s’est tarie et les pièces d’intérêt sont déjà passées entre les mains de collectionneurs. Le marché est certainement en expansion pour les pièces de grande qualité. Ce qui ne veut pas dire qu’il faille débourser des dizaines de milliers d’euros pour acquérir un bel objet… Le Nigeria, par exemple, peut encore fournir des objets de grande qualité esthétique pour des prix raisonnables. L’amateur d’art moderne pourra y retrouver les grandes qualités d’abstraction chères à de nombreux artistes du XXe siècle.

Selon vous, il s’agit donc d’un excellent investissement…
Sincèrement oui! Il est encore temps de s’y intéresser. Il y a un indéniable phénomène de raréfaction. Les objets de très grande qualité atteignent des prix hors de portée de la plupart des amateurs mais ils ne font qu’illustrer le positionnement progressif des arts premiers sur le marché de l’art. Un objet représentatif d’une culture développant une identité esthétique, une force, une sensibilité et surtout portant les traces de pratiques rituelles constituera toujours un bon achat.

Propos recueillis par Henry Bounameaux.

Photo : Doc - Rare maternité Chamba, Nigeria (53 cm) , proposée lors de la vente inaugurale de ce début juin. Estimation : 4.000-6.000 euros.

Cinéma - Première édition de la Semaine du film congolais à Kinshasa
Le Potentiel

Les projections de film seront sous-tendues par des conférences-débats et des ateliers dans l’optique de faire un état des lieux du cinéma congolais.

Le ministère de la Culture et des Arts organise, du 3 au 7 mai à Kinshasa, en collaboration avec le Centre culturel congolais «Le Zoo», la première édition de la Semaine du film congolais (Sefico). Patronné par le Premier ministre Adolphe Muzito, l’événement va se tenir en partenariat avec la ville de Kinshasa, la Radiotélévision nationale congolaise, la chaîne de télé B-One et le Cyber net.

«Le terme ‘Film congolais’ constitue actuellement un impressionnant stock d’images tournées sur la vie du Congolais depuis le temps colonial jusqu’à nos jours. Ces images, tirées de la famille, de la rue, du théâtre, de la musique et de l’environnement congolais pour la plupart ont été filmées avec des moyens souvent simples, dans un contexte d’une économie simple mais dans une variété de genres qui regroupent la comédie, la fiction, la documentation, l’animation et la satire sociale », indique-t-on.

L’objectif poursuivi par les organisateurs est d’essayer de dresser un état des lieux dans le domaine des arts audio-visuels soutenu par le cinéma et la télévision de la RDC afin d’évaluer le chemin parcouru. Deux enjeux fondent cet événement, affirme-t-on. Il s’agit, en premier lieu la volonté politique de promotion culturelle dans le domaine du cinéma congolais en vue de lui donner un ressort dynamique dans la sous-région, et ensuite, la capacité d’agir seul à partir des ressources locales sans trop s’appuyer sur les apports extérieurs, sans non plus négliger les contextes des échanges culturels et des partenariats.

CONTENU DE L’EVENEMENT
La Sefico va s’articuler sur des conférences-débats, des ateliers, des projections des films et des expositions dans neufs lieux choisis par les organisations, à savoir, le Centre culturel congolais « Le Zoo », la Place du 30 juin (ex-Place de la Gare), le terrain municipal de Bandalungwa, le terrain municipal de Masina, l’Université de Kinshasa (Unikin), l’Université pédagogique nationale (UPN), l’Institut national des arts (Ina), l’Académie des Beaux-Arts (Aba), du Centre social kimbanguiste.

Le groupe de percussion Tuta Ngoma va agrémenter la journée d’ouverture avant la projection d’un film de 26 minutes. L’on note que les projections des films sont prévues tous les jours en début de soirée.

La salle de conférences de l’ambassade de Russie abritera, le 4 mai, la conférence sur « Le film congolais : états des lieux de 1960 à nos jours » avec Olivier Léon, Léon de Saint Moulin, Lumenganeso, Hemedi Mwana Mboyo et Bashiya Victor ; un atelier se tiendra le même jour à l’Institut national des arts sur le thème « Entre casting et tournage : bataille du terrain », avant la projection du film. « La problématique du film congolais : créations et marchés » est le thème de la conférence prévue le 5 mai en la salle de conférences de l’ambassade de Russie, avec quatre réalisateurs congolais : Monique Phoba, Balufu Bakupa Kanyinda, Djo Munga et Michel Kibushi. Et l’Académie des Beaux-Arts le même jour, un atelier sera organisé autour du sujet « De l’écriture cinématographique à la création d’un film » avec le professeur Matumweni Makwala, Wamushala Kamba, Pasi Samba, Nzuzi Ngoy et Bashiya Victoire. La synthèse des travaux en conférences et en ateliers interviendra le 6 mai en la salle du Zoo. Et le soir à partir de 18h30, les cinéphiles assisteront à des projections aux espaces ouverts, précisément, aux terrains municipaux de Bandalungwa et de Masina, à lUniversité de Kinshasa et à l’Université pédagogique national. La clôture de la Sefico intervient le 7 mai à la place de la Gare et sera agrémenté par l’orchestre de l’Institut national des arts Le comité de pilotage du Sefico est composé du ministre de la Culture et des Arts Jeannette Kavira Mapera et des membres de son cabinet, notamment, Etienne Unega (directeur de cabinet), Muissa (conseiller audio-visuel), Hilaire Matundu (conseiller culturel), Kambale (chargé d’études) et conseiller financier. Tandis que Mwambayi Kalengayi est le commissaire général du Sefico.

Il a secondé par trois adjoints, dont, Tshitenge Madika chargé des questions technico-artistiques, Hemedi Mwanamboyo chargé de l’administration et Manda Tchebwa chargé des questions scientifiques. Danny Mulumba fait office de secrétaire permanent du Commissariat général du Sefico.


De l’art tribal au Dorotheum
Interview faite par Henry Bounameaux
L'Echo du samedi 16/04/2011


La grande maison de ventes aux enchères viennoise a ouvert un département d’art non européen. Son responsable en explique le bien-fondé.
A l’occasion de la vente inaugurale d’art tribal au Dorotheum, maison de vente autrichienne(Vienne), nous avons rencontré son responsable, le professeur Erwin Melchardt.

Le 3 mai, vous disperserez une partie de ce que le catalogue appelle la «collection inconnue» de Rudolf Leopold. Était-ce vraiment le cas ?
Erwin Melchardt : le professeur Leopold est l’un des plus grands collectionneurs que l’Autriche ait connus, au point qu’il était parfois surnommé «Leopold II», sorte de successeur à Leopold Ier de Habsbourg (1640-1705), célèbre pour la qualité de ses collections.
Rudolf Leopold, disparu l’an passé, à l’âge de 85 ans, était un collectionneur vorace et visionnaire. Au début des années 1950, il fut l’un des rares à s’intéresser à l’expressionnisme viennois et à acheter, en grand nombre, les oeuvres d’Egon Schiele, parfois sous les rires de ses contemporains qui se moquaient de quelqu’un qui dépensait son argent de la sorte.
Après quelques décennies, sa collection d’art autrichien moderne était la plus importante en mains privées, si bien qu’il décida de créer une fondation.
À son tour, l’Autriche offrit un bâtiment pour la conserver, de sorte que l’ensemble fait aujourd’hui partie des collections nationales. Les oeuvres les plus importantes que Leopold possédait y sont logées, mais il a tout de même conservé des centaines d’oeuvres, parmi lesquelles les oeuvres d’art tribal, qui forment effectivement l’une des parties les moins connues de ses collections. Et puis, la fondation a été créée en 1994, ce qui lui a laissé le temps, jusqu’à sa mort, de continuer à acheter sans compter! Au point que sa famille doit maintenant honorer tous ses engagements, ce qui l’a décidée à se séparer de ce qui n’était pas vraiment lié au noyau de sa passion, l’art autrichien.

Masque Fang du Gabon
servant à l'initiation "Ngil"




Cette collection vaut surtout par sa provenance…
- J’espère que le nom va aider, mais la qualité des pièces est là et devrait suffire à convaincre les amateurs.
Rudolf Leopold choisissait les oeuvres pour leur intérêt esthétique et ce n’est d’ailleurs pas un hasard si un collectionneur d’art expressionniste s’est intéressé à l’art tribal ! Il achetait principalement sur le marché européen et sur le marché américain, en vente publique comme chez les marchands, mais il n’a jamais mis les pieds en Afrique.


Quelles sont les pièces majeures ?
- Il est difficile de toutes les énumérer. Je pense d’abord à ce masque Fang du Gabon que j’ai estimé entre 20.000 et 40.000 EUR. C’est la pièce la plus importante en valeur et, même pour celle-ci, j’ai décidé d’une politique d’estimation raisonnable.
Il s’agit de notre première vente et il faut attirer les amateurs! Il y a ainsi ce superbe masque Dan du Liberia prisé entre 6 et 8.000 EUR ou encore cette sculpture Baoulé dont on attend entre 3 et 4.000 EUR.


Pourquoi le Dorotheum s’intéresse-t-il à l’art tribal ?
- Tout simplement parce que toute maison de ventes un peu importante se doit d’être active dans ce domaine. En Autriche, il y a un petit groupe de collectionneurs et nous allons commencer avec deux ventes par an, la prochaine ayant lieu en automne.

J ’ imagine que la Belgique est importante à vos yeux…
- Bien entendu, et plus particulièrement encore Bruxelles. Cette ville est une des places mondiales du négoce d’art tribal et il y a ici une grande tradition de collection. C’est une chance de pouvoir commencer avec une
vente aussi intéressante que celle de Rudolf Léopold, d’autant que nous n’avons pas pu inclure tout ce qu’il possédait en une seule vacation ! Lorsque sa veuve m’a montré tout ce qu’il avait accumulé, je n’en croyais pas mes yeux…

Le Congolais Djo Tunda wa Munga remporte six Oscars de l’Académie du Cinéma africain
Digital Congo
09/04/2011


Une véritable razzia pour ce long-métrage que certains critiques ont carrément qualifié de « meilleur long-métrage jamais produit au Congo. »Entièrement tourné à Kinshasa et produit par Boris van Gils avec Michael Goldberg, le film évoque « les tractations louches des gangs du demi-monde et des trafiquants de drogue dans la ville de Kinshasa ».
Le réalisateur congolais Djo Tunda wa Munga « Viva Riva ! » réalisé par Djo Tunda wa Munga, en compétition pour 12 trophées aux Oscars du cinéma africain en a remporté six : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleure cinématographie, meilleur acteur dans un second rôle, meilleure actrice de soutien et meilleure production.
Une véritable razzia pour ce long-métrage que certains critiques ont carrément qualifié de « meilleur long-métrage jamais produit au Congo».
Entièrement tourné à Kinshasa et produit par Boris van Gils avec Michael Goldberg, le film évoque « les tractations louches des gangs du demi-monde et des trafiquants de drogue dans la ville de Kinshasa ».
Le producteur du film Boris van Gils n’en revient toujours pas : « C’est comme une sorte de conte de fées pour nous parce qu’avec ce film, avec le réalisateur wa Munga, nous avons vraiment construit le monde de Kinshasa et ça recrée la cinématographie là-bas. Depuis 20 ans il n’y a pas (eu) de film, rien ; maintenant, avec ce premier film, nous ouvrons le Congo au monde et nous sommes fiers d’être ici au Nigéria pour représenter le nouveau cinéma congolais. »

Une première pour l’acteur angolais Hoji Fortuna « Meilleur Second rôle ».
L’Angolais Hoji Fortuna a remporté l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle, à la 7ème édition des prix de l’Académie du Cinéma Africain (AMAA), la version africaine des Oscars d’Hollywood. Une première pour un acteur angolais. Cette récompense consacre sa prestation dans « Viva Riva ! », un film du Congolais Djo Munga dont la sortie en salle est prévue en mai prochain.
Absent à la cérémonie de remise des prix qui s’est déroulée le dimanche 27 mars à Yenagoa, la capitale de l’État du Bayelsa, au Nigéria, il a déclaré à la presse : « Déjà, le fait d’être nominé a été une grande surprise pour moi, le gagner a été une surprise encore plus grande. C’est donc un grand honneur pour moi de pouvoir brandir ce trophée de meilleur acteur africain et d’inscrire le nom de l’Angola dans les annales du cinéma africain ».
Outre le réalisateur et tous ceux qui lui ont fait confiance et soutenu dans sa carrière, Hoji Fortuna a eu une pensée pour ses parents : « certes, ils ne sont plus de ce monde, mais j’ai la certitude qu’ils ont toujours été à mes côtés comme mes anges gardiens ». Hoji Fortuna a débuté sa carrière au Portugal en remportant un concours dans l’émission de télé réalité « O Bar da TV » (Le Bar de la Télé)

Djo Tunda Wa Munga


Né en 1972, à Kinshasa (ex Zaïre).
Il vit désormais en Belgique.
Il entame des études classiques complétées par un enseignement en Arts Plastiques, puis à l'INSAS (Bruxelles, Belgique) des études en réalisation. En 1998, son film de fin d'études "Anguy" n'a pas plu à la direction de l'école qui ne trouve pas cette vision de la vie "suffisamment africaine" et lui refuse son diplôme. Mais il parvient néanmoins à placer son court métrage dans différents festivals en Belgique et à l'étranger. Il a réalisé ensuite des documentaires. En 2002, il réoriente sa carrière et fonde sa structure de production à Kinshasa. Il réalise en 2007 le pilote d'une série autour du Sida : Papy (52 min.) Lu sur Africultures




La beauté des objets rituels du Mayombe.
Lu pour vous dans Le Soir du 27/10/2010

Chien ou hyène,
animal extraordinairement expressif
aux yeux incrustés de miroir
Orgueilleux en position de combat et bardés de clous, ces fétiches anthropomorphes réalisés par des sculpteurs Yombe exhibent une curieuse petite cache ventrale vouée à un sombre ou à un protecteur dessein. Cette charge magique à valeur de fenêtre ouverte sur le monde des esprits. Spectaculaires, ces "minkisi", qui doivent être activés par un "Nganga" pour être opérationnels, appartiennent à l'art d'une région du Bas-Congo, le Mayombe.
Ils y furent collectés tout au début du XXe siècle par des missionnaires patentés, puis transférés par bateau, en nombre et en qualité, à l'Université de Louvain. L'une des vocations de l'institution, à l'époque, était de fabriquer des colons responsables, au courant des us et coutumes indigènes grâce au matériel récolté.
Les clous et les éléments métalliques plantés à hue et à dia confèrent une sorte de vêtement ou de fourrure agressive à cette statuaire, de morphologie fantasmagorique... C'est un scheutiste, Léo Bittremieux qui à partir de 1909, a mis tant de zèle à mieux connaître les Yombe et à collecter ces objets destinés à parfaire la formation des colons dans le cursus universitaire.
Le Vif
19/11/2010
Edifiant !


Art congolais : une exposition de faux provoque la polémique

Des répliques de chefs d’œuvres existants et des pièces inventées sont présentées comme authentiques dans un décor soigné et sérieux au centre culturel de Scharpoord à Knokke et cela crée la polémique.
Représentation de Luba
 © Danny Veys
Le monde de l’art ethnique est sous le choc. Depuis quelques jours, la Collection Congo de Joseph Schelfhout, un collectionneur amateur, attire de nombreux visiteurs. L’exposition est présentée comme sérieuse avec un catalogue richement illustré mais tout est faux. Les sculptures, les masques, les tableaux, rien n’est authentique.

Contacté par des marchands d’art qui n’en croyaient pas leurs yeux, Piet Swimberghe, journaliste au Knack explique : « il s’agit de répliques de pièces très connues du Musée de Tervuren et du Musée für Volkerkunde de Berlin. Et en plus de proposer de simples copies, l’exposition présente aussi des objets inventés de toute pièce », comme par exemple la boite d’ivoire Mangbetu. « Cette exposition est un mensonge monté de toute pièce où les œuvres sont référencées et datées comme étant authentiques », ajoute le journaliste.
« Vendre des faux sur un marché aux puces ne pose pas de problème mais les placer dans un musée, c’est illégal. C’est comme si on exposait des faux tableaux de Magritte à Knokke, prétendant que ce sont les œuvres authentiques alors que les originaux sont exposés à Bruxelles. C’est une aberration. »
De plus, en Belgique « nous avons une très bonne réputation auprès des antiquaires spécialisés dans l’art ethnique et nous possédons une riche collection reconnue dans le monde entier. Cette exposition à prétention muséale remet en cause cette réputation », explique-t-il.

A qui la faute ?
Cette collection privée appartient à Joseph Schelfhout. Ayant vécu longtemps au Congo, il a rassemblé ces objets durant des années et aurait acheté tous ces « trésors » à des marchands qui l’auraient escroqué.

Contacté par M. Swimberghe, Marc Felix, expert international d’art ethnique, estime que les organisateurs de l’exposition auraient dû contacter le Musée Royal d’Afrique Central de Tervuren ou la Chambre Royale des antiquaires de Belgique afin de déterminer l’authenticité des objets.
« Les organisateurs n’ont pas voulu contacter d’expert pour vérifier l’authenticité des pièces, alors qu’ils en avaient l’occasion», explique M. Swimberghe. Cela ferait pourtant des années que des d’experts sont conscients de la mauvaise qualité de la collection de Joseph Schelfhout. Le musée d’art ethnique d’Anvers, lui-même, n’avait pas pris au sérieux cette collection.
Selon un communiqué, le directeur du centre culturel de Scharpoord, Pedro Oosterlynk et l’échevin de la Culture, Maxime Willems étaient au courant depuis des mois de l’inauthenticité de ces pièces. Mais à leurs yeux, il était tout de même intéressant de mettre cette exposition en place car elle avait été bien réalisée.

Un marché de faux
Cette affaire fait remonter un autre problème à la surface : depuis quelques années, un marché de contrefaçon d’art africain a vu le jour et s’intensifie. En Afrique du sud et au Cameroun, par exemple, des personnes travaillent à la fabrication de faux sur base de photos de catalogues fournis par des marchands d’art.
« Il y a maintenant un deuxième circuit qui s’est créé sur le marché de l’art. Certaines galeries vendent des copies !», explique M. Swimberghe. « En donnant un aspect muséal à ces collections et en publiant des catalogues, ils officialisent ces copies en leur donnant un aspect sérieux ».
Selon l’expert Marc Felix, « le chiffre d’affaire du commerce de contrefaçon est aujourd’hui beaucoup plus élevé que celui du commerce de pièces authentiques ».

Plus d'infos
Le Vif
23/11/2010

Art congolais : la collection de faux interpelle les experts
Présentée au centre culturel de Scharpoord, la collection Schelfhout fait parler d’elle, non pas pour son succès, mais parce que toutes les pièces présentées sont fausses.
© Danny Veys
Art congolais : une exposition de faux provoque la polémique
Sale affaire pour le monde de l’art. La collection Schelfhout pourrait bien entacher la renommée mondiale dont jouit la Belgique dans le monde artistique.
S’interrogeant sur cette histoire, Piet Swimberghe, journaliste au Knack, a récolté des témoignages surprenants de professionnels du milieu pour qui cette exposition est une escroquerie.

L’avis des experts
Certains objets de la collection Schelfhout avaient pourtant déjà été soumis à une analyse d’authenticité en 2006. Une étude scientifique (archives du Musée Royal d’Afrique Centrale de Tervuren) menée par l’anthropologue Rik Ceyssens avait démontré que la pièce maîtresse de l’exposition Scharpoord, le Masque Casque de Luba, était un faux.
Egalement soumis à l’analyse de Hans Beeckmans, chef du laboratoire biologique de bois et conservateur de la collection de bois de Tervuren, le masque avait avoué une seconde fois. Le type de bois dont il est fait n’est pas utilisé pour les sculptures de ce genre et on ne sait pas localiser son origine. Il pourrait donc provenir d’Asie, preuve supplémentaire d’une falsification.

Répercussions des révélations
Le 18 novembre via un communiqué de presse, le directeur du centre culturel de Scharpoord, Pedro Oosterlynck et l’échevin de la Culture, Maxime Willems, ont fait savoir que « le musée d’art ethnique d’Anvers (MAS) n’a pas pris l’exposition au sérieux mais qu’il n’a pas voulu le confirmer par mail ou par lettre ».
Interrogée par Piet Swimberghe, la chef du département d’art africain du MAS, Els De Palmenaer, explique qu’elle avait réagit en contactant un employé de Scharpoord l’an passé, lui recommandant de ne pas monter l’exposition sans l’avis d’un expert, lui seul pouvant juger de la qualité scientifique des pièces. Elle précise également qu’on ne lui a jamais demandé de formuler son avis par écrit.
Pourtant le centre culturel n'a pas demandé l'avis d'experts. Il a même refusé la collaboration de Pierre Loos, président de Bruneaf (manifestation d’art non européen) et expert international reconnu, qui avait pourtant proposé ses services.
Bien qu’informés de l’inauthenticité de la collection, M. Oosterlynck et M. Willems trouvaient que l’exposition méritaient d’être menée à terme car elle était bien faite.

Et si c’était une exposition de faux Magritte…
Cette exposition met tout le monde - musées, experts et commerçants - dans l’embarras. On lui donne une aura muséale ainsi qu’une sorte de pédigrée alors qu’aucune des pièces n’est authentique.
Si une série de Picasso était mise à jour, n’ayant jamais été exposée auparavant et ne possédant aucun titre historique, il est à parier qu’elle n’aurait jamais été exposée sans une expertise poussée. De même qu’une exposition de faux Magritte serait certainement immédiatement fermée. Pourquoi serait-ce différent avec de l’art ethnique ?
Selon Piet Swimberghe, on pourrait éviter ce genre de pratiques si les critiques d’art historique portaient plainte. Une des solutions serait alors de procéder à la destruction des faux, comme cela se fait dans le cas d’imitations commerciales (montres, vêtements, etc.).


"Le 9ème art est peut-être le seul moyen d'expression papier diffusé dans notre région".

Entretien de Christophe Cassiau-Haurie avec Séraphin Kajibwami
Interview réalisée le 24/10/2011
Africultures

Face aux conflits armés qui déchirent la région des grands lacs depuis le génocide rwandais, les citoyens du Sud-Kivu sont souvent en première ligne. Face à cette situation, les bukaviens, du nom des habitants de la capitale de cette province, ont toujours su réagir positivement, faisant efficacement face aux nombreux drames humains, notamment face à la violence faite aux femmes et aux populations fragilisées. Les médias européens friands de sensationnalisme et de misérabilisme ne mentionnent que trop rarement l'engagement réactif des jeunes adultes de cette province. Pourtant, il représente cette Afrique en marche qui prend en charge son destin et que les occidentaux s'acharnent à ne pas voir. Séraphin Kajibwami s'inscrit parfaitement dans cette tradition, quasi "endémique". Auteur de bandes dessinées dans une région en guerre depuis 15 ans, Séraphin, tout en restant humble, se bat avec ses crayons et ses pinceaux pour combattre de façon rationnelle et désintéressée, l'injustice sous toutes ses formes. Son combat n'est pas vain car, en l'absence d'une réelle presse écrite, la BD connaît une grande popularité dans cette province de plus de 4 millions d'habitants. Sa rencontre avec "African Artists for Development" (AAD), fonds de dotation créé en 2009 par Matthias Leridon, passionné d'Afrique et d'Art Contemporain, lui a permis de publier une BD sur le marché européen : Les diamants de Kamitunga. La démarche de ce fond rejoignait en effet les préoccupations de Séraphin Kajibwami. Ne se contentant pas d'être un simple outil d'appui aux artistes du sud, AAD soutient et accompagne des micro-projets liant intrinsèquement art contemporain et initiative de développement local, leur permettant de se promouvoir l'un avec l'autre. Peut-être est-on, (enfin !), en train de voir apparaître une nouvelle forme de coopération nord-sud dépassant le simple cadre de l'assistanat et s'appuyant sur des artistes engagés.

Rencontre avec un créateur, pour lequel le courage est aussi une réelle démarche artistique…

Vos premières productions datent de quand ?
Mes premières BD datent de 1999. Cela s'appelait Sawa sawa. En français, on pourrait traduire cela par "ça marche". C'est un petit album en noir et blanc de 12 pages commandé par Patient Bagenda, un activiste, membre de la société civile qui luttait pour le respect des droits de l'Homme au sein de l'association CEDAC.

Quel en était le thème ?
Ce numéro parlait des exactions commises par les forces d'occupation, l'armée rwandaise plus particulièrement, sur la population congolaise en général et du Sud Kivu en particulier. Depuis dix ans, j'en ai réalisé environ 70 autres sur les difficultés quotidiennes des gens du Sud Kivu. C'est toujours le même format, 12 pages en noir & blanc et une couverture en couleur. Le tirage selon les numéros est compris entre 200 et 500 exemplaires par numéro. Ils sont diffusés en ville à Bukavu et dans les villages autour. C'est donc uniquement dans le Sud Kivu. La BD est en français et en Swahili.

Douze années de longévité, pour une publication de ce genre, c'est énorme, non ?
Cela répond à une vraie demande locale. Ce n'est pas une ONG comme on l'entend, du type de celles venant de l'étranger mais une association locale en phase avec la réalité des bukaviens. C'est pourquoi cette série connaît une telle durée. Dans la province du Sud Kivu, il y a une longue tradition de vie associative qui s'explique par la présence ancienne, belge et européenne, autour d'un lac où il faisait bon vivre pour les européens. La plupart des acteurs de la société civile de cette province sont issus d'une des universités locales (catholique et protestante). On constate parmi cette population instruite, une très grande réactivité face aux "choses de la vie" dans tous les secteurs d'activité de la société bukavienne (enseignement, santé, information, culture etc..). Face aux conflits armés qui déchirent la région des grands lacs depuis le génocide rwandais, les bukaviens ont toujours su réagir positivement, faisant efficacement face aux nombreux drames humains, notamment face à la violence faite aux femmes et aux populations fragilisées.

Qui finance Sawa sawa ?
C'est avec le soutien financier de FONCABA, société caritative belge proche de l'église catholique. Cette société est implantée en Belgique et n'est pas représentée sur place.

Vous n'avez produit que cette série ?
Non, j'ai également publié un album individuel sur Monseigneur Munzihizrwa, un prélat qui a été assassiné par des forces armées au milieu des années 90. C'était une initiative personnelle, financée dans un premier temps par mes propres moyens. Mais, compte tenu de l'intérêt suscité par cette BD, dans les milieux congolais, elle va être rééditée dans une version retravaillée par les éditions Mandala basées en France, à Rouen. Je dois rencontrer Robert Wazi, l'éditeur, cette semaine pour fixer la date de parution de cette nouvelle édition.

Pouvez-vous nous parler des diamants de Kamitunga, votre premier album occidental ?
Le scénario et le dessin sont de moi. J'ai eu carte blanche mais je me suis rapproché du coordinateur de SOS Sida, Gratien Chibungiri. Je n'avais pas nécessairement toutes les informations suffisantes sur le sida. Pour ce qui est du récit, ce sont plusieurs histoires mélangées de personnes qui existent ou qui pourraient exister à Bukavu. C'est le quotidien en général du peuple congolais. Les bandes armées existent chez nous et sont souvent à la solde de propriétaires de mines de métaux rares. Quant au citoyen de base, sa vie est difficile, souvent sans travail avec de grandes difficultés pour élever ses enfants, payer son loyer etc... Sans oublier le sida ou les autres maladies auxquelles on doit faire face. J'ai évoqué le parcours d'une maman qui est atteinte du sida mais qui vit avec cette maladie car elle est soignée et bien entourée. Mais tout n'est pas négatif, je l'ai voulu aussi comme un message d'espoir car les enfants suivent ses conseils et vont faire une séance de dépistage vers la fin de l'ouvrage.



Vous semblez vous être spécialisé dans ce type de production, très didactique…
C'est lié à ma position dans ma ville. Selon moi, les artistes africains ont une place à part entière dans leur société. Ils jouent un rôle important au sein de leur communauté contrairement, d'après ce que je peux constater mais je ne suis pas le mieux placé pour en parler, à leurs collègues occidentaux. Ils ont généralement un véritable engagement sociétal souvent porteur de changement auprès des populations qu'ils côtoient. Nous avons conscience que c'est en se prenant en charge, en s'engageant, que notre société peut évoluer vers du mieux-être. Bref, tout cela découle de l'environnement dans lequel j'évolue… !

Il faut dire que la situation dans les deux Kivu est particulièrement complexe.
Oui, elle l'est. Mais on peut retenir plusieurs clefs pour essayer de simplifier. Tout d'abord, l'existence de groupes armés qui empêchent la province de se développer, même si des initiatives de la communauté internationale sont prises afin de sensibiliser les groupes armés et les inciter à rentrer chez eux. En plus de l'insécurité, le pouvoir d'achat du bukavien moyen est très faible. Nombreux sont ceux qui sont en dessous du seuil de pauvreté ! L'insécurité engendre de nombreux maux auxquels la population doit faire face : sida, violences sexuelles, chômage, non-scolarisation des jeunes etc. A tout ceci, il faut rajouter les prochaines élections présidentielles qui compliquent le tableau et enfin l'enclavement de Bukavu. Il est très difficile d'aller à Kinshasa, il faut passer par Goma, dans le Nord-Kivu.

Être auteur professionnel de BD dans le contexte dans lequel vous vivez semble être une gageure…
Pourtant, nous sommes une quinzaine d'artistes bédéistes à Bukavu dont dix dans l'association ABBUK (Association de bédéistes de Bukavu), créée en 2005. Je suis le président de cette association. Nous sommes cinq à vivre exclusivement de notre art : Flavien Ntangamyampi, Ciza Zebule, Adolphe Funda et Jason Kibiswa qui est actuellement à Kinshasa. C'est une association qui assure la formation technique de ses jeunes membres en l'absence d'établissement d'enseignement artistique doté d'une section BD à Bukavu. Il y a un fond de documentation adapté à la BD. On a produit collectivement, avec quatre dessinateurs, une BD en Swahilli et en français : Adisi zakwetu - "les contes de chez nous", grâce au père Fernand Mertens, un religieux installé sur place qui nous aide beaucoup. On collabore également avec de jeunes bédéistes de Goma. On essaie de convaincre les jeunes membres de l'association de suivre une formation professionnelle. Trois d'entre eux sont entrés à l'Académie des Beaux-Arts de Kinshasa. Enfin, on organise sur place des expositions et des concours de dessin et on a l'intention d'éditer un magazine de BD qui s'appellerait le sens du devoir.

Comment la fondation African Artists for Development a-t-elle pu vous repérer ?
AAD a réuni à l'Alliance Française de Bukavu un certain nombre d'artistes plasticiens/bédé istes. Nous étions une dizaine. On nous a expliqué le concept des projets soutenus par AAD, c'est à dire un artiste africain ayant une expression contemporaine et développant un micro projet soit de développement soit dans un projet éducatif et/ou social. Dans le cas précis de Bukavu, c'était en partenariat avec l'association SOS Sida. Nous devions concevoir un objet culturel vecteur d'un message fourni par SOS Sida sur le VIH/Sida. Du fait de mes antécédents, l'idée de la BD est venue naturellement et mon projet a été retenu. J'ai mis environ une année à le faire, car j'avais d'autres activités et que je devais envoyer les planches à AAD sur Paris.

Comment cet album a t-il été accueilli ?
On doit être proche des 2000 exemplaires vendus à ce jour en France. En novembre, à mon retour de France, j'ai rapporté à Bukavu quelques exemplaires. Le succès a été immédiat et la demande très forte notamment dans les écoles et les associations. Il est donc prévu de l'éditer à 100 000 exemplaires pour une diffusion gratuite à Bukavu et dans la région. Je suis revenu à Paris pour promouvoir la BD en France car elle est en librairie depuis le 13 janvier. C'est pour soutenir SOS Sida que l'on a décidé de la vendre en France, DOM compris. Je dois intervenir dans les médias, radio et télé, et faire des séances de dédicaces dans de grosses librairies à Paris et à Angoulême. L'association "Afrobulles" dont je remercie la générosité de son directeur Alix Fuilu m'a très gentiment proposé une place sur son stand. La BD est également diffusée dans les TGV. Donc, ça démarre bien !

Quels sont vos autres projets ?
Je viens de publier localement Roza ou le courage de reprendre la vie éditée par l'association canadienne "Développement et Paix". La Monusco m'a également commandé des brochures sous forme de BD pour sensibiliser les forces interahamwe (1) à se désarmer et à retourner au Rwanda. Enfin, je viens de terminer une autre BD pour l'ONG américaine "Search for Common Ground" sur le thème de la résolution pacifique des conflits. Mopila, lenom donné à un chauffeur de taxi dans l'histoire, est le titre de cette nouvelle BD. Cela fait pas mal de choses en cours. Cela peut sembler étonnant, mais, en fait le 9ème art est peut-être le seul moyen d'expression papier diffusé dans notre région. C'est la raison pour laquelle, pour en revenir aux Diamants de Kamituga, j'aimerais qu'il y ait une suite car c'est une histoire, ce n'est pas qu'un message. Comme cela s'adresse à de jeunes adolescents, on doit les toucher par le récit. Ils doivent se retrouver dans l'histoire qui leur est racontée. C'est comme un miroir pour eux.L'album de Séraphin Kajibwami sur Monseigneur Munzihirwa sortira chez Mandala BD au mois de mars.

1. Les interahamwe constituent la plus importante des milices rwandaises créées dès 1992 par le MRND, parti du président Juvénal Habyarimana. Interahamwe signifie "ceux qui combattent ensemble" en Kinyarwanda. Ces milices sont responsables de la plupart des massacres pendant le génocide au Rwanda en 1994.

Ngwadi, "Le dieu du tonnerre" veilla sur la Brafa

L'Echo - 29/01/2011
Henry Bounameaux, expert

Didier Claes n' a présené qu’un seul,
mais exceptionnel objet, à la Brafa:
un fétiche africain, Ngwadi, le dieu du tonnerre.
Il faut avouer que la mise en scène est des plus réussies, à côté des stands qui regorgent littéralement d’objets et permettent ainsi de multiplier les possibilités de vente, montrer un seul objet tient probablement tant du goût du risque que du "coup de pub". Quoi qu’il en soit: Didier Claes a réussi son pari: l’objet a trouvé preneur, la veille du vernissage, pour un montant à sept chiffres et, cerise sur le gâteau, la pièce reste en Belgique.

Magie
Le personnage a une attitude dynamique, le corps est penché vers l’avant et la tête est proportionnellement grande, il tire la langue à travers des dents limées. L’attitude semble moins renvoyer à une posture humaine qu’à une réaction de défense animale. Le front du personnage est entouré de bandes blanchies et les grands yeux écarquillés sont incrustés de miroirs. Les mains sont posées sur les hanches, qui encadrent un écrin, lui aussi blanchi à l’aide de poudre de kaolin. Il contient une puissante mixture ainsi que des petits objets magiques, tout comme la forêt de clous disséminés sur le corps et le crâne de la statue. A chaque clou est accroché quelque chose: une pièce de tissu, un bout de ficelle ou la patte d’un petit animal.

Dans l’imaginaire collectif, le "fétiche à clous" est sans aucun doute une des œuvres les plus représentatives de l’art africain. Sur place, ce genre d’objet doit son existence à la croyance en un monde invisible, peuplé par des dieux et les esprits des ancêtres. On différencie généralement deux types de fétiches, les "petits", pour ainsi dire, qui sont des fétiches "domestiques", utilisés au sein de la famille, alors que les "grands" appartiennent à l’ensemble de la communauté. Ces statues sont tellement puissantes qu’une seule personne est habilitée à les manipuler. C’est le rôle du "nganga", le devin, celui qui peut rentrer en contact avec le monde de l’au-delà. Chez les Songye, une autre ethnie d’Afrique Centrale, certains fétiches ont un si grand pouvoir qu’ils doivent être manipulés avec de longs fers pour les tenir à distance.

Le féticheur
Au Bas-Congo, région d’où proviennent la grande majorité des fétiches à clous, si le membre d’une communauté a une requête importante à formuler envers le monde des esprits, il s’adressera au nganga. Après avoir payé un tribut, le client du devin sera alors en droit de faire parvenir ses desiderata au fétiche. Ceux-ci peuvent être positifs ou négatifs, et l’on peut tant s’adresser au féticheur pour une guérison, que pour neutraliser un rival ou se venger d’un(e) partenaire infidèle. Planter un clou, un morceau de bois ou pendre quelques talismans n’est pas l’unique option, le pouvoir des fétiches est également convoqué par des libations ou des attouchements qui sont autant de prétextes à la prière faite à l’esprit. En fait, l’utilisation de clou n’est qu’un moyen parmi d’autres pour attirer l’attention de l’esprit et l’on connaît des statues qui n’arborent que quelques clous disparates. Mais, pour les villageois, plus une statue est ornée de clous, plus elle sera considérée comme belle, car, le nombre de clous témoigne de son efficacité. Il est d’ailleurs attendu du nganga qu’il se souvienne de la raison de la présence de chaque clou!

L’objet présenté par Didier Claes était rigoureusement inconnu des scientifiques, comme du marché de l’art. Il fut collecté par les pères blancs dans la province du Bas Congo, en 1914, qui l’ont offert en remerciement à un technicien de la Régie des Eaux au Congo. Celui-ci en fit don à la personne qui le céda au marchand. Les grands fétiches à clous sont des objets rares en soi, car ils étaient la propriété d’une communauté entière, et ceux qui ont survécu aux pères blancs sont encore bien moins nombreux…

Huit artistes de Kinshasa et de Lubumbashi exposent ensemble
Radio Okapi
28/01/2011

L’ASBL Dialogues de Lubumbashi, Wallonie International et Trust Merchant Bank (TMB) organisent, du 26 janvier au 10 février au siège de la banque TMB à Kinshasa, une exposition placée sous le thème: «Wote Pamoja», traduisez «tous ensemble.» Quarante cinq œuvres d’art, réalisées par huit artistes congolais dont quatre de Kinshasa et quatre de Lubumbashi, y sont exposées.
Les œuvres exposées sont constituées des toiles de peinture et des sculptures.
A travers leurs œuvres, les artistes abordent plusieurs sujets d’actualité, notamment:
  • les violences sexuelles,
  • la démocratie et
  • l’importance des lieux de mémoire.
L’attachée culturelle de l’ASBL Dialogues de Lubumbashi, Marie Aude Priez Delafoy, se réjouit de ces échanges entre artistes Kinois et de Lushois. Elle l’a déclaré dans un entretien avec Jean Marc Matwaki.

http://radiookapi.net/regions/kinshasa/2011/01/28/huit-artistes-de-kinshasa-et-de-lubumbashi-exposent-ensemble/


L’art africain est un sujet qui pose toujours problème.
Par Tirthankar Chanda



Guerrier Ashanti de la collection Doring Kindersley
Clive Streeter / Getty Image
Les éditions Présence africaine viennent de réimprimer L’Art nègre, un ouvrage publié en 1951. Soixante ans après sa première parution, ce riche compendium des connaissances sur l’art des Noirs d’Afrique n’a rien perdu de son actualité.

Voilà qu’on reparle de l’art africain ! Le 3e Festival mondial des arts nègres à Dakar et à Saint-Louis avait accueilli du 10 au 31 décembre des nombreuses manifestations consacrées à l’art africain contemporain. Egalement, la Monnaie de Paris avait présenté du 9 septembre au 2 octobre derniers la magnifique exposition intitulée Les statues meurent aussi – Ode au grand art africain. Titre qui rend hommage au célèbre documentaire d’Alain Resnais et de Chris Marker sur l’art en Afrique, le colonialisme et le commerce artistique.

A l’occasion de cette exposition parisienne, les éditions Présence africaine ont réimprimé un numéro double de leur revue éponyme consacrée à L’art nègre, paru en 1951 puis réimprimé en 1966 dans une version enrichie de nouveaux articles. Le volume réunit des textes sous la plume des experts de l’art africain et des africanistes éminents.Agrémenté d’illustrations et de photographies, il comporte des articles signés par des grands spécialistes des arts plastiques africains de l’époque (Jacques Macquet, Charles Ratton, Daniel-Henry Kahnweiler…), mais aussi par des africanistes de renom tels que Georges Balandier, Marcel Griaule et Denise Paulme.

L’art africain, un sujet qui pose problème

L’Art nègre reste un des ouvrages les plus complets sur la question. Les auteurs réunis dans cet opus abordent leur objet d’étude sous différents angles - historique, sociologique, symbolique, muséographique – permettant ainsi aux lecteurs d’appréhender la question de l’art africain dans son ensemble. D’emblée, l’ancien directeur de Présence africaine, Alioune Diop, met les pieds dans le plat. L’art africain est un sujet qui pose problème. Il affirme dans sa préface : « Or, l’artiste africain vous est inconnu, lecteur d’Europe. Les œuvres dont il est question dans ce volume ne vous étaient pas destinées ». Autrement dit, l’art africain tel qu’on le connaît serait avant tout une invention européenne ! « Il n’y a pas encore d’art en Afrique noire », écrit Diop. Les spécialistes se demandent aussi pourquoi l’art africain est relégué dans des musées anthropologiques.

Cette question, on le sait aujourd’hui, a fait couler beaucoup d’encre, notamment lors de l’ouverture au Musée du Louvre en 2000 du Pavillon des Sessions, une section consacrée aux sculptures africaines, puis de nouveau en 2006, lors du transfert des collections des arts premiers du Musée de l’Homme au Musée du Quai Branly. Les auteurs de L’Art nègre n’apportent pas vraiment de réponses à ces interrogations, mais proposent des pistes de réflexion, comme le fait Alexandre Adandé dans son article au titre éloquent : L’impérieuse nécessité des musées africains.

Plusieurs des auteurs reviennent aussi sur la découverte fatidique de statuaires et de masques africains au début du dernier siècle par une poignée d’artistes parisiens et comment cette découverte allait permettre de jeter les bases de la modernité artistique occidentale. Ces découvreurs s’appelaient Picasso, Derain, Braque, Matisse, Vlaminck… De cette rencontre paradoxale entre ce que l’Européen moyen de l’époque considérait comme « des peuples primitifs » et les esprits les plus avant-gardistes de la civilisation occidentale, naîtra le cubisme qui a révolutionné les canons et les codes de l’esthétique occidentale. Comment ? Pour comprendre le mécanisme de cette influence, on lira avec intérêt le marchand d’art Daniel-Henry Kahnweiler qui explique dans son essai L’art nègre et le cubisme la nature exacte des rapports qui se sont noués entre les peintres parisiens et les objets d’art africain.

L’art africain ou les arts africains ?

« Les peintres cubistes découvrirent, dans certains masques de la Côte d’Ivoire, des signes qui, renonçant à toute imitation, chargeaient la perception du spectateur d’imaginer le visage dont ces masques n’imitaient pas les « vraies » formes. Ce fut là la découverte décisive, j’en suis sûr, qui permit à la peinture la création de signes inventés, libéra la sculpture du bloc, l’amena à la transparence. (…) C’est la sculpture nègre qui a permis à ces peintres de voir clair dans les problèmes que l’évolution de l’art européen avait embrouillés, et de trouver une solution qui, en évitant tout illusionnisme, aboutissait à la liberté qu’ils ambitionnaient.»

Enfin, une dernière question consubstantielle à l’organisation même de ce volume est celle de « variété et unité des traditions plastiques de l’Afrique noire », titre de l’article de F.-H. Lem. Faut-il parler de l’art africain ou des arts africains ? « Existe-il entre ces œuvres (africaines) qui peuvent être rangées sous la catégorie art de telles ressemblances que l’on puisse parler d’un art africain », s’interroge Jacques Macquet, l’auteur de l’essai Connaissance actuelle de l’art africain, avant de se prononcer en faveur de la « possibilité d’une unité artistique africaine ».

Telle ne semble pas être la perspective de Messieurs Balandier et Howlett, coordonnateurs de cet ouvrage collectif, qui l’ont réparti en deux sections distinctes : une première partie consacrée à l’art noir dans son ensemble et une seconde à ses manifestations spécifiques : l’art nigérien, l’art du delta du Chari, l’art des yoruba, l’art ashanti… Cette intuition de la diversité des expressions artistiques sub-sahariennes qui sous-tend la plupart des textes de L’Art nègre n’est peut-être pas étrangère à l’actualité et la validité de ce recueil.

L’Art nègre, ouvrage collectif dirigé par Georges Balandier et Jacques Howlett. Paris, Présence africaine, 1951. Réimprimé en 1966 et 2010. 168 pages.

Les peintres et sculpteurs du Nord-Kivu exposent à la place BDEGL de Goma .
Radio Okapi
28/12/2010

Exposition d’oeuvres d’art plastiques à
Goma du 27 au 28 décembre 2010
Le Rond point BDEGL de Goma accueille du lundi 27 au mardi 28 décembre, une exposition d’oeuvres d’art plastiques des artistes peintres et sculpteurs du Nord-Kivu. Placée sous le thème: «Uhuru Musani» (NDLR: la liberté de création, mieux l’apport de l’artiste dans la paix et le développement), cette exposition entre dans le cadre des activités de la 2ème édition du festival Jaki Leo, organisée du 24 au 29 décembre 2010 par l’Union des jeunes artistes dessinateurs et peintres du Nord-Kivu (UJADP).
L’UJADP fête ses cinq ans d’existence au cours du festival Jaki Leo.

Festival mondial des arts nègres : La RDC moins visible à la 3ème édition.

par Patrick Nzazile
14/12/2010
Le Climat tempéré

Les précédentes éditions se sont tenues à Dakar, au Sénégal, en 1966, et à Lagos, au Nigeria en 1977. L’équipe organisatrice a d’ores et déjà donné les grandes lignes de ces festivités. Elle a également annoncé la participation d’environ 60 pays, qui sont représentés artistiquement lors des différents événements du festival des arts Nègres.
Les villes de Dakar et Saint-Louis se partagent les festivités qui, bien qu’en l’honneur de la culture noire, sont ouvertes à tous. Les sites confirmés sont entre autres le stade Léopold Sédar Senghor, l’Université Cheick Anta Diop (la Foire au livre), la Place de l’obélisque (musique et gastronomie), la Place du souvenir (cinéma), le Théâtre Daniel Sorano (danse et théâtre).
Plusieurs activités sont au menu de cette fête de la culture africaine, à savoir les ateliers, conférences, café littéraire, musique, théâtre, cinéma, arts visuels, architecture, table-ronde, sport et autres. Quant à la participation de la République Démocratique du Congo à cette 3ème édition, elle n’est pas vraiment visible par rapport aux autres pays africains.
D’aucuns estiment que cette participation insignifiante est due à la mauvaise politique culturelle congolaise. Contrairement à d’autres pays qui négocient la participation de leurs artistes dans différentes rencontres culturelles, en RDC, ce sont les artistes qui négocient pour leur propre sort où ils sont souvent sélectionnés grâce à leurs œuvres et talents.
La RDC est présente à la 3ème édition du Festival mondial des arts nègres, grâce à la participation de l’écrivain congolais Valentin Mudimbe, qui d’ailleurs animera une conférence le 22 décembre prochain, autour du thème «L’intellectuel africain et la traversée des sciences humaines».
Dans le domaine de la musique, c’est Lolua Kanza, Lexxus Légal et Barbara Kanam qui représentent la RDC. Et les arts visuels le seront par l’artiste Vitshois Mwilambwe Bondo. Ce dernier se trouve encore à Kinshasa pour certaines raisons privées. Pour cette édition, les organisateurs du Festival mondial des arts nègres viendront également en appui à d’autres festivals locaux.
Historique
A Dakar, capitale d’un jeune Etat nouvellement indépendant, s’est tenu le premier Festival mondial des arts nègres du 1er au 24 avril 1966. Cette manifestation couronnait, pour ainsi dire, la réconciliation de l’Afrique avec elle-même après plus d’un demi-millénaire des chaos avec des épisodes aussi douloureux les uns après les autres, et qui ont pour noms esclavage, déportation, colonisation.
Elle apportait par la même occasion la preuve que l’Afrique avait réussi à transformer la déportation en richesse, par le dynamisme de sa diaspora qui, à l’occasion, a prouvé qu’elle avait semé un bout d’Afrique partout où la barbarie des hommes l’avait conduite.
Le second Festival, tenu à Lagos, au Nigeria, du 15 janvier au 12 février 1977, a été celui de la confirmation, «un rendez-vous d’honneur pour la concertation et non pour l’affrontement, pour la recherche, sous l’arbre à palabres des points de convergence de nos cultures respectives nourries à la même source, de mêmes indestructibles ferments».
Depuis lors, malgré la tenue du premier pré-colloque du Festival mondial des arts nègres à Dakar, du 13 au 15 décembre 1980, aucun festival de l’envergure de ceux déjà réalisés n’a pu être organisé. La Conférence des ministres de la Culture du monde noir qui s’est tenue la même année à Dakar, du 17 au 18 décembre, donnait mandat au Sénégal, président de la session, d’entreprendre des consultations et de faire un rapport à ce sujet..

Peinture : Chéri Samba sceptique sur les indépendances africaines à travers
« Un vieil enfant ».
Digital Congo
07/12/2010

Cheri Samba dans son atelier en 2009
Dans son tableau critique, l’artiste-peintre n’est pas allé par le dos de la cuillère pour s’adresser personnellement aux dirigeants africains : « Ces responsables, qu’ils m’excusent si ils m’entendent, moi je trouve qu’ils sont nuls parce qu’ils ne décident rien ».
Originaire de la RDC, l’artiste-peintre remet en question les « soi-disant indépendances africaines » alors que l’économie du continent dépend encore de l’aide extérieure. En produisant ce tableau « Un vieil enfant », Chéri Samba fait observer à tout le monde qu’il « n’a jamais vu un pays indépendant en Afrique ».
« Nous avons soi-disant fêté le cinquantenaire de nos indépendances, et bien moi, j’ai voulu dire à tout le monde qu’à mon avis, je n’ai jamais vu un pays indépendant ici, chez nous, en Afrique », a déploré l’artiste-peintre congolais, dans une interview accordée à Radio France internationale.
Dans son tableau critique, l’artiste-peintre n’est pas allé par le dos de la cuillère pour s’adresser personnellement aux dirigeants africains : « Ces responsables, qu’ils m’excusent si ils m’entendent, moi je trouve qu’ils sont nuls parce qu’ils ne décident rien. Nous qui les regardons de loin, nous ne comprenons pas quelle politique ils font et je pense que c’est une politique de m... Ils ne décident rien d’eux-mêmes et je me demande jusqu’à quand cela va durer ?
C’est pour cela que j’ai peint ce tableau pour que les dirigeants prennent conscience qu’ils ne doivent pas toujours se laisser faire par l’étranger. J’ai l’impression que jusqu’ici, en Afrique, aucun dirigeant ne prend ses propres décisions, tout ce qu’ils font j’ai l’impression que c’est dicté par l’étranger. Ce sont des gens qui ont toujours besoin d’être aidés, alors que soi-disant ils sont indépendants ».
Et Chéri Samba d’ajouter : « Il faut qu’ils changent cette manière de voir les choses. Je voudrais que nous soyons indépendants, que nous décidions de notre propre gré au lieu de toujours craindre l’étranger comme si c’était l’étranger qui devrait diriger tout le monde ».
Etats-unis d’Afrique
Pour changer les choses, ce peintre congolais appelle à l’unité de pays africains. « Je pense que si les pays d’Afrique se réunissaient pour former un Etat - les Etats-Unis d’Afrique - ça marcherait. Cela serait un peu difficile pour les dirigeants à accepter mais c’est à nous de les sensibiliser. L’Afrique doit rester une, qu’on ne parle pas du Congo, du Ghana ou du Maroc, de l’Afrique et qu’on parle d’une seule voix », a proposé l’auteur d’ « Un vieil enfant », avant de dénoncer cette absence d’unité entre pays africains qui, selon lui, est à la base de complication dans l’octroi des visa et passeport dont sont victimes les Africains pour se déplacer même dans le continent.
«Pour venir au Maroc, chez moi, cela m’a effrayé, on m’a demandé un visa. Il faudrait que cela finisse. Peut-être que c’est nous les enfants, nous qui sommes habillés en artiste, en peintre, qui pourrons leur faire comprendre cela, sinon, eux (ndlr : les dirigeants africains), ne font que manger et boire et le peuple subit leur diktat », a fait observer Chéri Samba qui, à travers sa toile, estime pouvoir apporter ce message : « Je pense que depuis que je peins j’ai changé beaucoup de consciences de beaucoup de gens. Au départ, j’exposais mes toiles devant mon atelier et les gens venaient envahir mon coin, pour contempler tout ce que je présentais. Grâce à ma peinture, je vois qu’il y a quand même beaucoup de changements ».
Pour bien véhiculer son message aux dirigeants africains, l’auteur se veut non pas seulement un peintre de Kinshasa, ni africain mais aussi et surtout un peintre « universel ». Pour rappel, Chéri Samba, 54 ans, figure parmi les peintres africains majeurs.
Originaire de Kinto M’Vuila au Congo, il a fait fureur à l’exposition culte « Les Magiciens de la Terre » au Centre Pompidou en 1989.
Depuis, les œuvres engagées, politiques et satiriques, de cet artiste autodidacte trouvent un public grandissant et séduit les collectionneurs en Occident et en Afrique. «Un vieil enfant» est l’un de ses nouveaux tableaux présenté lors de la première Foire d’art contemporain à Marrakech en octobre 2010.
Bienvenu Ipan/Le Potentiel

"Un vieil enfant" de Chéri Samba
Collection Henri Seydoux/Courtesy André Magnin
Kody, artiste belgo-congolais à suivre dans "le belge comme Eddy show" .

Lu pour vous dans le journal "Le soir"
15/10/2010

Son parcours.
Originaire du Congo mais né en Belgique, Kody a 32 ans. Il a fait les sciences politiques à l'UCL et une école commerciale. Il a travaillé dans le marketing et l'immobilier mais, depuis son adolescence et le théâtre au collège ou les revues estudiantines, il rêve de la scène. il réalise des capsules humoristiques, détournant des contes et légendes africains quand Gilles Morin fonde la troupe des Kings of Comedy et lui suggère de se lancer dans le one-man-show. Avec l'auteur parisien Laurent Cohen, il vient d'écrire son premier spectacle. Radio, télé, scène : tout s'ouvre d'un coup devant lui. "C'est énorme, c'est une conspiration du destin, dirait Paolo Coelho", s'amuse-t-il.


Son humour.
"j'ai envie de faire un truc qui me ressemble, quelque chose d'ancré dans le multiculturel. Je ne rejette pas la formule de stand-up car, de Robert Lamoureux à Jamel, tous ceux qui m'ont influencé font du stand-up même si le mot n'est présent que depuis quelques années ici. En revanche, je rejette le cliché communautariste du stand-up, la banlieue. J'essaie de ne pas être communautariste, de ne pas être le black sympa. J'adore Fabrice Eboué ou Jean Yanne mais je ne suis pas trash ou cynique comme eux. Je ne veux pas être cynique ou communautariste parce que l'époque est au cynisme ou au communautarisme. J'ai seulement envie de me marrer tout en faisant passer un bon moment aux gens, comme je le ferais avec des amis à la maison. Ce que je fais est un mélange de toutes ces choses, des clichés sur mon Congo natal à un fil rouge sur la dictature du bonheur."


Son actualité.
Il présentera son premier one-man show,My Way, pour la première fois au festival Humours du monde à Saint-Josse le 29 octobre (www.humoursdumonde.be).
Spectacle choral Kings of Comedy Show le 6 novembre au Théâtre 140 à Bruxelles (www.kingsofcomedy.be).
Outre Le belge comme Eddy Show dont il est un des présentateurs réguliers, il est chaque dimanche (10 h) dans Les enfants de choeur sur VivaCité.
Portrait d'une grande dame de la danse africaine :

Germaine Acogny, une étoile dans le cosmos.
Lu pour vous sur Jeune Afrique
13/10/2010

© Camille Millerand pour J.A.
Alors qu’elle signe son grand retour sur scène en solo avec "Songook Yaakaar", pendant deux jours, la danseuse sénégalaise Germaine Acogny a formé des amateurs à la magie de sa technique.

Reportage de Séverine Kodjo-Grandvaux

Professorale, la chorégraphe Germaine Acogny explique : « Ma danse est un dialogue avec le cosmos, et l’on doit prendre l’énergie de la Terre. Nos pieds sont nos racines, la poitrine le Soleil, les fesses la Lune, le pubis les étoiles, la colonne vertébrale le serpent de vie. » Jusque-là tout va bien. « Le bassin doit être en perpétuel mouvement, car si les étoiles s’arrêtent c’est la catastrophe. » Ça se complique. « Bougez vos lunes ! Je veux voir vos étoiles en mouvement. » Aïe, aïe, aïe. Qui a dit que le journalisme était un métier de tout repos ? Me voilà, moi, pro jusqu’à la pointe des pieds, avec ma carcasse raide comme un crayon, à devoir agiter ma galaxie (et en rythme, qui plus est). Pour mieux comprendre la technique de la mère de la danse africaine contemporaine…

Il y a deux ans, à Cuba, Germaine Acogny m’avait dit, sourire en coin, cigarillo aux lèvres, et on ne peut plus sérieuse : « La danse, c’est quelque chose de culturel. Ça s’apprend. Mais surtout, il faut la pratiquer pour la ressentir. » Comprenez : pour pouvoir en parler. Résultat : me voilà, ce 2 octobre, avec plus de 150 personnes divisées en quatre groupes, à suivre les précieux conseils de celle que Maurice Béjart considérait comme sa fille. À chaque début de saison, le Centre national de la danse (CND), à Pantin, en région parisienne, invite le public à ouvrir le bal le temps d’un week-end de « danses partagées ». Des ateliers « découverte » sont animés par les plus grands noms du milieu : la danseuse étoile de l’Opéra national de Paris Marie-Agnès Gillot pour le classique, Wayne Barbaste, un ancien de la compagnie Alvin Ailey pour le jazz…
Le corps tendu, le visage fermé, juste avant d’entrer dans le studio, Germaine Acogny confie avoir le trac. « Grâce à l’homéopathie, j’arrive à gérer ça, mais c’est systématique. Avant un cours ou au moment d’entrer en scène, j’appréhende toujours. » J’aurais dû prendre quelques granules moi aussi… L’ancienne directrice de l’école Mudra Afrique (de 1977 à 1982) de Maurice Béjart n’enseigne plus aux amateurs. Ce week-end sera une exception. « J’ai formé suffisamment de jeunes qui transmettent aujourd’hui ma danse. Mais j’étais ravie d’accepter l’invitation du CND. Je respecte et j’admire beaucoup toutes ces personnes qui ont eu le courage de venir ce week-end, car, moi, je serais bien incapable de vivre leur quotidien et de rester huit heures derrière un ordinateur ! »

Leçon de vie
Germaine Acogny a conservé intact le goût de la transmission. Elle a créé en 2004 l’École des sables à Toubab Dialaw, un paisible village de pêcheurs situé à une cinquantaine de kilomètres de Dakar. En janvier prochain, à 66 ans, elle y accueillera, avec la chorégraphe australienne Elizabeth Cameron-­Dalman (75 ans), une vingtaine de femmes de plus de 50 ans pour leur permettre de « ressentir l’énergie du corps et celle de l’environnement ». Habituellement, elle forme des artistes venus du monde entier apprendre sa technique, un mélange de danses traditionnelles africaines, et de danses occidentales classiques et contemporaines. Et dont elle explique les fondamentaux aux curieux qui suivent son cours. « Je ne la connaissais pas, reconnaît Amandine, mais j’ai lu sur internet que c’était la star de la danse africaine. C’était l’occasion de découvrir son art et de la rencontrer. »
Après avoir invité les participants à se saluer les uns les autres, « Mama Germaine », comme la surnomment les élèves de l’École des sables, commence : « Formez un cercle, vos pieds doivent toucher ceux de vos voisins. Attention, ne vous marchez pas dessus. N’acceptez jamais que l’on vous marche sur les pieds ! » Des cours de danse qui deviennent des leçons de vie. « Nous sommes des arbres, profondément enracinés dans le sol, la tradition. Et nous nous élevons vers le ciel, prêts à puiser dans ce qui vient d’ailleurs. » La tension commence à retomber, les traits de son visage se font plus légers, le corps s’échauffe. Le nôtre aussi : il apprend à « piler », à « presser le piment » ou à s’asseoir en cocher. Chaque mouvement reprend un geste du quotidien et le sublime : un bras plié à la hauteur de la poitrine, l’autre au-dessus de la tête, le poing fermé qui s’abaisse vers le premier, accompagnant un balancement vers l’avant du haut du corps. « Pour piler un aliment, la force ne vient pas du bras mais du dos. »
Grande prêtresse de son art, Germaine Acogny s’efforce de faire sentir tout le travail de la colonne vertébrale avec ses contractions et ses ondulations. Comment arriver à avancer tout en mouvant ses étoiles, son soleil, et ses bras, sans avoir l’air d’une poule qui picore dans une bassecour ? Indiscutablement, « la danse, ça s’apprend ». Les mots se font encourageants. Mais derrière une générosité taquine, on devine une force de caractère exceptionnelle. Intransigeante et sévère, Germaine Acogny, le crâne rasé, les épaules athlétiques qu’un maillot de bain sous un large pantalon rend sculpturales, sait l’être aussi.
« Discipline, discipline », ordonne-t-elle à l’un de ses étudiants dans Songook Yaakaar, son dernier solo qu’elle présente au CND du 13 au 15 octobre. « Cela faisait neuf ans que je ne m’étais pas produite en solo, depuis Tchouraï. Dans cette pièce, je réglais mes comptes avec moi-même. Il fallait que j’en passe par là pour accoucher de moi-même et pouvoir ensuite construire Songook ­Yaakaar. » Un accouchement qui n’a pas été indolore. « Cela faisait cinq ans que j’y pensais, mais je m’y suis mise sérieusement il y a seulement deux ans. J’ai créé Songook Yaakaar en résidence au Ballet de Marseille. Puis j’ai présenté mon travail devant quelques personnes. J’ai été prise de panique et je me suis enfuie. » Une angoisse qui l’anime et qu’elle parvient à dépasser.

Réponse au discours de Dakar
Présenté en avant-première lors de la Biennale de la danse de Lyon (la plus importante au monde), le 17 septembre, Songook Yaakaar est une vibrante réponse au malheureux discours de Dakar de Nicolas Sarkozy. « Je sais bien que l’on ne doit pas laver son linge sale en public, mais à partir d’un certain âge, on ne doit pas se laisser emmerder gratuitement. » Et de faire un pied de nez à cette France qui expulse à tout va ceux qu’elle juge indésirables : « Je suis de passage, mais j’ai le droit d’être en France. Mon grand-père était tirailleur sénégalais. Tout ce sang versé me donne le droit du sol », proclame-t-elle avant de décliner sa « carte d’appartenance. Sexe : féminin. Ethnie : yorouba. Lieu de naissance : Porto-Novo. Pays : Bénin, ex-Dahomey. Nationalité : sénégalaise et française. Mariée à un Allemand… Mon identité, c’est ma danse ». Et cette danse, elle se plaît à la faire découvrir : « Peu importe si vous vous trompez, l’essentiel pour ce cours-ci est que vous preniez du plaisir. » Un plaisir qui s’est rappelé à moi deux jours durant à travers d’agréables courbatures. Alors n’hésitez pas à suivre ce conseil que la fourmi de La Fontaine adresse à la cigale : que vous passiez votre vie devant votre ordinateur ou que vous rêviez de devenir la future Germaine Acogny, « Eh bien ! Dansez maintenant ! »

"Mama Germaine" est une fumeuse de pipe. Comme une grande prêtresse dont les yeux brillants montrent qu'elle est restée jeune, très jeune.

Mama Germaine au Festival "Africa Visionary" à Bozar en cette année 2010, pour fêter les 50 ans d'indépendance de 17 pays africains.

Photo de Antoine Tempé (copyright)

Bibish Mumbu, une virtuose de la dramaturgie du quotidien.


Marie Louise Bibish Mumbu présente
deux spectacles au Festival Francophonies en Limousin  
La jeune auteure congolaise Marie-Louise Bibish Mumbu présente pas moins de deux spectacles au festival des Francophonies en Limousin. L’occasion de découvrir une dramaturge engagée, qui s’attache à décrire les heurs et malheurs de la jeunesse congolaise.
Elle n’est pas très compliquée « Bibish ». De quoi rêve-t-elle ? D’une vie bien à elle. Tout simplement. D’un foyer chaleureux, de deux beaux jumeaux à élever, d’un travail, d’un peu d’argent au fond de son porte-monnaie même si elle n’en a pas besoin. Quoi de plus ordinaire ? Et pourtant quand on a 35 ans à Kinshasa, quoi de plus difficile ? Alors quand on lui demande ce que lui évoque le cinquantenaire de l’indépendance de son pays, ça la laisse perplexe. Ou plutôt ça l’irrite. « Si tu me dis indépendance, ma première réaction est de le vivre comme une insulte ; ça me renvoie à son contraire. »

Se construire une vie

Marie-Louise Bibish Mumbu, qui a rajouté Bibish en souvenir du surnom que son père lui avait donné, est une femme de caractère. Élevée au sein d’une modeste famille d’intellectuels (son père était fonctionnaire, sa mère institutrice), elle a grandit aux côtés des mots doux des livres qu’elle engloutit et des lettres tendres qu’elle adresse, enfant, tous les soirs à son père. De petits billets qui accompagnent son carnet scolaire… jusqu’à ce que la mort la prive du destinataire de ces messages quotidiens.
À 18 ans, la jeune femme doit apprendre à se construire une vie sans lui. « Après son décès, je n’avais plus goût à rien. J’étais un vrai zombi. Il m’a fallu visionner l’enregistrement des funérailles de mon père pour me vider de la tristesse que je contenais et revenir à la vie », raconte-t-elle.
Elle décide alors d’entreprendre des études de journalisme et devient correspondante pour Africultures en 1998. Elle couvre l’actualité théâtrale de la capitale congolaise pour la revue culturelle basée en France. Un métier qui l’amène à croiser Faustin Linyekula. Le chorégraphe a lu l’un de ses articles qui condamne la danse contemporaine, une forme d’expression qu’elle estime alors hermétique et étrangère à la culture congolaise. Piqué au vif, Linyekula n’en est pas moins curieux de la rencontrer. Pour la convaincre de son erreur ?

Nouvelle discipline

« Sans doute y avait-il de cela. Mais lorsque Faustin a lu mon article, il s’est dit qu’il fallait qu’il revienne à Kin [Kinsasha, NDLR] pour être plus proche des siens, pour faire découvrir ce qu’est la danse contemporaine aux Congolais. » Comble de l’ironie, il demande à Marie-Louise d’être l’administratrice de sa compagnie. De 2001 à 2003, elle découvre une nouvelle discipline. « Ce fut une véritable ouverture, raconte-t-elle. Mais l’écriture, le contact avec les mots me manquaient. »
Encouragée par le directeur du Centre culturel français, la jeune femme s’inscrit à un atelier d’écriture dramatique. Après quelques hésitations, elle fonce : « Ça n’a pas été évident. J’étais jeune, j’étais une femme et en plus j’étais une journaliste de théâtre qui voulait s’asseoir à la même table que les dramaturges, des professionnels dont j’avais critiqué les spectacles, pour apprendre leur métier ! »
Posée mais décidée, « Bibish » ne lâche rien. Et signe son premier texte, Mes obsessions, j’y pense et puis je crie !, qui sera joué à Kin. Faustin Linyekula découvre une nouvelle facette de celle qui est devenue son amie et lui propose, en 2005, de monter avec elle Le Festival des mensonges. Un spectacle d’art vivant qui mêle danse et théâtre sur des discours des personnalités politiques qui ont marqué de leur empreinte l’histoire de la RD Congo, du roi des Belges à Kabila père. Des textes confrontés à ceux que la jeune auteure écrit sur le quotidien congolais.

Des raisons d'espèrer

C’est à partir de cette vie de tous les jours qu’elle a écrit Samantha à Kinshasa*, qui sera joué du 30 septembre au 2 octobre prochains à Limoges dans le cadre du festival des Francophonies en Limousin. Cadre où elle a présenté, avec son ami Papy Mbwiti, Et si on te disait indépendant ? Nos 50 bonnes raisons d’espérer, les 25 et 26 septembre derniers. Une lecture de textes qui évoquent une jeunesse kinoise peu concernée par les célébrations du cinquantième anniversaire de l’indépendance du pays, tant la survie au quotidien est une bataille chaque jour plus difficile à remporter.
Aujourd’hui, Marie-Louise et Papy s’interrogent : « Quels sont nos motifs de fierté ? » L’histoire de la RD Congo n’est guère (ou mal) enseignée. « À part sa statue, je ne connais rien de Lumumba », reconnaît une jeune Kinoise dans une vidéo projetée sur scène. Et de poursuivre : « Pour le Congo, l’indépendance, ce n’est pas quelque chose que je sens. Ce pays se comporte comme un enfant qui réclame son indépendance à la maison. Quand il quitte la maison, il revient ensuite vers ses parents pour demander de l’aide. »
Et Papy Mbwiti de dresser la longue liste des produits importés (la farine du Zimbabwe, les pastilles Vicks chinoises, l’huile de palme bolivienne…), des minerais exportés qui enrichissent les pays du Nord, des forces armées étrangères (notamment la Monusco) présentes sur le sol congolais… Alors comment trouver « 50 bonnes raisons d’espérer » ? Parce qu’ils n’ont pas baissé les bras, parce que la vie est parfois plus forte que tout, les deux auteurs ont choisi de miser sur la nouvelle génération, sur cette jeunesse qui refuse de s’assigner comme horizon le passé des indépendances des années 1960, mais qui regardent vers l’avenir.

*Samantha à Kinshasa, de Marie-Louise Bibish Mumbu, mise en scène de Catherine Boskowitz, du 30 septembre au 2 octobre au festival Les Francophonies en Limousin (Limoges).

Kinshasa abrite bientôt la 2ème édition d’Afrikaribu
par Patrick Nzazile
21/09/2010
Le Climat Tempéré


Ils apprêtent déjà leurs œuvres qui seront présentées pendant la tenue de cette biennale. Afrikaribu ouvre ses portes ce week-end à la Foire internationale de Kinshasa (FIKIN). Ce festival va se poursuivre à Kinshasa jusqu’au 25 octobre de cette année en cours, a-t-on appris de source sûre. « Exodes » est le thème retenu pour cette édition. Plusieurs artistes photographes invités d’Afrique, de la diaspora et de l’Europe sont attendus à Kinshasa, note-t-on.
L’organisation de cette rencontre de la photographie et des arts visuels est une opportunité d’échange pour les médias, les décideurs et le public… Ce marché d’art permettra également aux galeristes, muséologues et autres passionnés des œuvres photographiques de se rencontrer pour échanger sur leur profession respective.
Durant ce festival, 600 clichés seront exposés dans différents sites, à savoir le Centre Wallonie-Bruxelles, la Foire internationale de Kinshasa (FIKIN), l’esplanade de la BCDC, le Marché de la Liberté et le Grand Hôtel Kinshasa. Après le lancement de ce festival, des visites guidées seront organisées le dimanche 26 septembre au monument du premier Premier ministre, Patrice-Emery Lumumba, à la Place de Gare, au mausolée M’Zee Laurent-Désiré Kabila, au mausolée du président Joseph Kasa-vubu et au site touristique Mbudi Nature.
Plusieurs activités sont retenues, entre autres les expositions, les conférences, les ateliers de formation, les projections, etc. Ces photographes, affirment-ils, vont offrir au public le résultat de leurs regards, expression de leurs émotions et sentiments.
L’organisation des rencontres de la photographie des arts visuels est une initiative de l’UNAREP - Union Nationale des Reporters Photographes -, une association qui regroupe des photographes professionnels et artistes-visuels.
Dans le cadre des préparatifs de la tenue de cette deuxième édition, l’UNAREP avait organisé dernièrement un atelier de formation à l’intention d’une vingtaine de photographes de Kinshasa, de Bandundu et du Bas-Congo, rappelle-t-on. Cette formation a été animée par les professeurs Budim’Mbani, Célestin Ndondo et Franck Nzeza.