vendredi 31 décembre 2010

Les trésors des archives sonores

© Laurent Correau/RFI

«Allo, Allo...» C'est ainsi que les reporters de la radio télédiffusion française, de l'Afrique occidentale ou équatoriale, débutaient leurs interventions. Il y a aussi les causeries des voyageurs, esprits fins de la colonisation qui s'emballent de leurs découvertes, ou intellectuels aux analyses prémonitoires, ce sont les trésors des archives sonores repérés par Isabelle Godineau, réalisatrice de l'émission Mémoire d'un continent.

Le choix de ces archives relève tout autant du coup de coeur que d'un coup au coeur . Et les sentiments que leur écoute a fait naître ont souvent été à double face.
Émue à l’écoute du journaliste qui égrène les minutes avant la déclaration officielle d’indépendance du Dahomey, mais amère de voir que son nom a été oublié par l'archiviste. Émue encore à ré-entendre les envolées lyriques d’André Malraux, mais déçue en constatant qu’il utilise les mêmes formules d’un pays à l’autre. Émue toujours à découvrir ou redécouvrir les voix des différents Pères de la patrie : Léopold Sédar Senghor, qui n’oublie jamais – au plus fort de ses discours politiques – de glisser un couplet sur son attachement à la langue française.
Léon Mba qui laisse exploser sa colère quand il n’est pas à une tribune officielle. Fulbert Youlou qui multiplie les références religieuses et ne laisse jamais oublier qu’il a porté la soutane. Maurice Yameogo qui laisse éclater sa joie dans une verve incontrôlée quand on lui remet le tout nouveau drapeau de la Haute-Volta. Philibert Tsiranana, emporté par la liesse de la foule et qui revient à la tribune pour prononcer – en malgache – la déclaration officielle d’indépendance de Madagascar.
Surprise d’apprendre que les paroles de l’hymne national du Cameroun avaient été écrites en 1928 par les élèves de l’école normale de Foulassi avant d’être «compilées» par René Jam Afana, mais déçue à nouveau en remarquant que son nom - pas plus que celui de Samuel Minkyo Bamba, co-auteur- ne figure pas dans la notice afférente à l’archive.
Stupéfaite de voir que l’on confiait à des aristocrates le soin de faire des «causeries» sur tel ou tel pays et stupeur en entendant leur ton paternaliste qui, sous couvert de bons sentiments cache un racisme qui ne dit pas son nom. Mais de constater aussi que ce type de discours est partagé tant par les journalistes que par certains hommes politiques français de l’époque.
Amusée quand le présentateur du journal de Midi n’arrive pas à prononcer le nom de la capitale de la Somalie, Mogadiscio…ou quand Samy Simon raconte la vie à la cour du roi Mossi, le Moro Naba, se prend à rêver aux charmes langoureux des hôtesses d’un palais des Mille et Une Nuits, etc. Alors entre émotion, étonnement, sourires ou larmes, à vous de choisir !
Bonne écoute !
Isabelle Godineau

PS : J'ai créé un gadget "Trésors des Archives sonores" dans la colonne de gauche. Pour les écouter, n'oubliez pas d'arrêter la musique comme d'hab.

Bien sûr, je n'ai mis sur le blog que les "Trésors ..." concernant le Congo Belge.  Si vous désirez écouter les autres "Trésors ...", voici le lien direct vers le site RFI. Les "Trésors sonores" se trouvent tout en bas de l'article.

Bonne écoute !


20 octobre 1953 De la différence entre les villes du Congo belge. Causerie entre Pierre Ichac et Jean-Albert Sorel.
(INA)



30 juin 1960 Léopoldville (Congo). Reportage sur les cérémonies de l'indépendance du Congo belge par Jacques Alexandre. (Radiodiffusion télévision française/INA)



30 juin 1960 Léopoldville (ancienne Kinshasa). Proclamation de l'indépendance. Patrice Lumumba (RTBF).

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