Congo Indépendant
10/06/2011
Le roi Albert II et le gynécologue congolais Denis Mukwege.
Photo rtbf.be
Dans une lettre remise, mercredi 8 juin 2011, au secrétaire général des Nations Unies - par l’entremise du Premier ministre belge -, le souverain belge demande à l’Organisation des Nations Unies «d’intervenir en faveur des femmes violées» dans les Provinces du Kivu. Recevant le Prix Roi Baudouin le 24 mai dernier, le gynécologue congolais Denis Mukwege, médecin à l’hôpital de Panzi, avait sollicité une intervention militaire belge sur cette partie du Congo.
Une démarche exceptionnelle
«Une initiative exceptionnelle». C’est en ces termes que les commentateurs qualifient la démarche du roi Albert II. En Belgique, le Roi est «politiquement irresponsable». Tous ses actes (notamment les discours) sont couverts par les ministres compétents. Dans le cas présent, le contreseing ministériel a été donné par le chef du gouvernement belge «en affaires courantes».
Yves Leterme a remis, mercredi 8 juin à New York, la correspondance royale au secrétaire général des Nations Unies, le Sud Coréen Ban Ki-moon. «La missive du Roi fait suite à l’attribution du Prix Roi Baudouin, décerné le mois dernier à Denis Mukwege, le directeur d’un hôpital de Bukavu qui soigne depuis des années des milliers de victimes de violences sexuelles», note une dépêche de l’Agence belga.
Dans une interview accordée au quotidien bruxellois «Le Soir» daté 24 mai 2011, Dr Denis Mukwege avait lancé un véritable cri de détresse sur le drame humain vécu par les femmes violées de cette région en fustigeant l’impuissance des pouvoirs publics congolais. «Tous les jours, il y a des viols, des tueries», déclarait-il. Mukwege avait pointé un doigt accusateur en direction non seulement des combattants des groupes armés mais aussi aux forces de l’ordre «chargées de protéger la population». Aussi préconisait-il, en désespoir de cause, une intervention de l’armée belge sur le terrain : «Je suis certain qu’une intervention militaire des Belges permettrait de résoudre en grande partie le problème. Le droit international prévoit la protection des civils. Pourquoi ce droit est-il valable pour les Libyens, et pas pour les populations du Kivu ?» Cet appel à l’aide semble être à l’origine de la compassion royale.
Pour le Premier ministre Yves Leterme, l’initiative du souverain belge «doit être considérée comme un encouragement à prévoir suffisamment d’espace et de moyens d’action dans le mandat de la mission de l’ONU en République démocratique du Congo afin d’agir contre les violences sexuelles».
"Un plan de destruction de la population"
La violence sexuelle au Sud Kivu a fait l’objet le 24 mai d’une pétition adressée aux autorités provinciales par des activistes de la société civile. Dans ce document, les signataires ont attiré l’attention des gouvernants locaux sur «l’insécurité» qui règne à Bukavu et dans les territoires de cette entité. Une insécurité qui se traduit par des «tueries» aux allures de «terrorisme» savamment organisé. Ces faits criminels sont imputés à des «hommes armés», généralement des miliciens des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda). Un "ultimatum" de 15 jours a été donné aux autorités provinciales.
Recevant la vice-Premier ministre belge Laurette Onkelinx en février 2010, Denis Mukwege avait avancé l’hypothèse d’un "plan de destruction de la population du Sud Kivu à travers la destruction des femmes". En cause, à l’époque, 6% des femmes victimes de violences sexuelles soignées à l’hôpital de Panzi étaient infectées par le VIH Sida.
A l’absence de volonté politique dans le chef des dirigeants congolais s’ajoute une sorte de cynisme. A l’occasion de la commémoration du 14ème anniversaire de la prise du pouvoir par l’AFDL, «Joseph Kabila» a, dans son allocution prononcée au palais de la nation, «félicité» les forces dites de l’ordre : «C’est ici le lieu, pour moi, de rappeler le rôle combien important de l’armée, de la police ainsi que de tous les services de sécurité dans le maintien et la consolidation de la paix, gage du développement de notre pays. Qu’ils en soient félicités et trouvent ici l’hommage de toute la nation congolaise : Ainsi, vous avez fait échec aux différentes tentatives de déstabilisation de notre pays. Que ce soit au Nord-Kivu, au Sud-Kivu, dans la province Orientale ou que ce soit au Bas-Congo, au Bandundu, à l’Equateur, au Katanga ou encore à Kinshasa, vous avez toujours fait montre d’une bravoure exemplaire.» Les Congolais des Provinces citées apprécieront…
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