14/07/2012
Analyste politique, Umba Ilunga, estime que le gouvernement congolais devrait éviter de croire au spectre du boycott d’un Sommet dont la réussite aura une influence bénéfique sur le rayonnement international de la Francophonie auquel la France tient énormément. D’autant plus que la France par son ambassadeur en RDC a eu l’occasion de démentir une quelconque volonté de boycott de son gouvernement jusqu’ici acquis à sa participation au plus haut niveau de l’Etat.
Entre les deux tours de l’élection présidentielle française, François Hollande a tenu à Paris, le 25 avril 2012, à l’Union internationale des chemins de Fer, une conférence de presse qui donne lieu à bien des commentaires en RDC. En réponse à une question de Freddy MULONGO de Réveil F. M international sur sa présence au XIVème Sommet de la Francophonie à Kinshasa « pour légitimer l’imposture et le hold-up électoral du président Joseph KABILA », il a déclaré sans ambiguïté que « si j’étais élu président de la République, je n’accepterais pas des élections qui auront été frauduleuses ». « Une rupture est nécessaire par rapport à des usages qui n’ont rien d’acceptables ni de légaux ». « Je veillerai que les relations entre la France et l’Afrique reposent sur un principe de solidarité, économique et du point de vue de la langue ». « Sur les régimes eux-mêmes, les règles doivent être celles de la démocratie ».
Depuis lors, cette déclaration de principe est si couverte par les médias qu’il ne se passe pas un jour sans que ne s’y empoignent vigoureusement les grands ténors de la Majorité présidentielle et ceux de l’Opposition radicale sur les positions desquelles s’alignent les responsables des ONG de défense des droits humains.
Les uns, mettant en avant les contestations auxquelles a donné lieu la présidentielle du 28 novembre 2011, invitent François Hollande, devenu entretemps Président de la République française, à ne pas effectuer le déplacement de Kinshasa pour prendre part aux travaux du XIVème Sommet de la Francophonie en octobre prochain. A défaut de son boycott, est préconisée sa délocalisation vers un autre pays africain, notamment l’Ile Maurice. Histoire d’écarter tout risque de son instrumentalisation par les Autorités de Kinshasa de manière à légitimer leur pouvoir conquis par fraude.
Les autres, par la bouche du porte-parole du Gouvernement congolais sur RFI, tout en minimisant l’importance de la menace verbale proférée contre le pouvoir en place, estimant que « le ciel ne va pas tomber sur notre tête pour cela » promettent néanmoins, en cas de boycott ou de délocalisation du lieu de la tenue de ces assises, d’en tirer toutes les conséquences qui s’imposent pour la Francophonie. Ce qui est une façon comme une autre de marquer à la France sa désapprobation, avec l’intention implicite de lui faire craindre le mal qu’on lui préparerait dans l’une ou l’autre de ces éventualités.
La fermeté de cette réponse du berger à la bergère est politiquement compréhensible dans la mesure où elle s’inscrit dans le cadre des rapports d’amitié et de coopération entre deux Etats souverains devant, par conséquent, se faire mutuellement confiance et se traiter avec le plus grand respect. De ce point de vue, on ne peut que, au nom de la dignité et de la souveraineté nationales, se réjouir de la fermeté de la réponse donnée à la France. Encore faut-il, entre Etats amis, que sa formulation revête les formes requises et que les avantages que l’on en attend pour notre pays soient de loin supérieurs aux inconvénients redoutés.
Or, à ce sujet, sous un autre angle de vision, il y’a lieu de craindre que cette façon de riposter du tac au tac à un partenaire dont on souhaite ardemment la venue non seulement ne soit contre-productive pour la RDC mais aussi et surtout ne lui fasse inutilement courir le risque de perdre diplomatiquement là où elle a tout à gagner en créant les conditions de réussite de ce rendez-vous international, réunissant, tous les deux ans, 75 Etats et Gouvernements, dont plus de la moitié sont membres de l’Union Africaine (31/54), ayant en commun l’usage de la langue française à travers le monde. Autant dire que le fait d’avoir le privilège d’accueillir, dans trois mois, à Kinshasa, le premier Sommet de la Francophonie en Afrique centrale, va sûrement faire vivre à notre pays, de par ses retombées économiques, politiques, culturelles et sa couverture médiatique, l’un des moments cruciaux de son histoire diplomatique dont nous pouvons tous être très fiers. Il faudra donc que ce Sommet soit une réussite éclatante. Il en va de l’honneur de la RDC, de l’Afrique centrale et, au-delà, de tout l’espace francophone.
C’est pour ne pas le rater que travaille d’arrache-pied son Comité d’organisation que préside l’historien Isidore NDAYWEL qui, dans le cadre de ses préparatifs, vient de tenir à Kinshasa du 23 au 27 mai dernier, un colloque international sur les contours de l’action de la Francophonie qui doit accompagner ses pays membres dans le renforcement de la démocratie et de la bonne gouvernance pour faire de l’espace de solidarité qu’ils constituent ensemble, un lieu privilégié pour les investissements, un pôle de la croissance mondiale, disposant d’une considérable capacité de se faire entendre sur l’échiquier international.
Ce qui est, surtout dans le contexte actuel des crises savamment entretenues par l’un des fauteurs de guerre du bloc anglo-saxon, un atout majeur, malheureusement insuffisamment exploité par la RDC qui ne cesse de s’insurger contre l’implication avérée du régime de Kigali dans les différentes micro-rébellions de l’Est, animées par une poignée de hauts gradés dans l’armée congolaise qui lui sont proches et dont il se sert pour déstabiliser systématiquement, par des réclamations interminables, le pouvoir en place à Kinshasa. Alors que ce dernier a déjà satisfait à leurs revendications même les plus illégitimes.
La dégradation continuelle de la situation sécuritaire dans cette partie de la République m’amène à rappeler que la diplomatie est un jeu d’alliances, tantôt offensives, tantôt défensives, qui se font et se défont au gré des intérêts communs, des groupes de pressions ou de lobbying. Puisqu’il en est ainsi, pourquoi la RDC ne pourrait-elle davantage se prévaloir de la solidarité et du soutien multiforme des pays clés de l’espace francophone, dont certains ont un poids considérable dans les instances dirigeantes des Nations Unies, pour briser le cercle vicieux des rébellions à répétition qui non seulement occasionnent des dépenses imprévues qui grèvent son maigre budget mais aussi menacent son intégrité territoriale ? Ce qui ne fait que la retarder dans son processus de développement.
C’est dire que la mise en exploitation de cet atout majeur est d’autant plus recommandable à tous égards que le sort de ce dernier quinquennat, placé sous le signe du social, reste suspendu à la capacité du Gouvernement congolais à promouvoir, sur toute l’étendue du territoire national, à la faveur d’une offensive diplomatique sans précédent, la paix et la bonne gouvernance dans le respect de ses engagements internationaux. Dans cette perspective, la question sous-jacente à se poser est celle de savoir qu’est ce que le Rwanda, petit pays, pauvre et surpeuplé, peut avoir à offrir plus que la grande et riche RDC pour bénéficier au-delà du raisonnable des faveurs de presque toutes les puissances occidentales ?
Quel que soit l’angle d’analyse retenu, il apparait que les divers éléments sur lesquels pivote la réponse à cette question fondamentale prennent naissance dans le dynamisme de son appareil diplomatique beaucoup plus performant que celui de la RDC qui demeure, depuis 1983, empêtré dans des difficultés de trésorerie qui font peu d’honneur à ses diplomates attitrés. Mais pour revenir à nos moutons, rappelons que ce colloque international a connu la participation de plusieurs éminents acteurs des secteurs tant étatiques que privés, venus des pays francophones de toute la planète ainsi que de celle de l’Administrateur de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), Mr Clément DUHAIME.
Par ailleurs, les mesures d’assainissement des espaces publics, occupés par toutes sortes de vendeurs ambulants avec leurs étalages de fortune et par tant d’autres petits commerçants évoluant dans l’informel qui sont en train d’être déguerpis sans ménagement - alors qu’il s’agit là de leur unique gagne pain – prouvent à quel point le Gouvernement congolais tient à la tenue, dans des meilleures conditions possibles, du XIVème Sommet de la Francophonie du 12 au 14 octobre prochain. Toutes les batteries étant ainsi mises en marche pour renforcer chaque jour davantage la capacité de la RDC à organiser un Sommet à la hauteur des enjeux actuels, il serait regrettable que les questions de divergence d’interprétations des propos, pouvant prêter à des malentendus, crûment tenus de part et d’autre puissent porter atteinte au retentissement international d’un événement de la plus haute importance pour tous les pays de l’espace francophone.
Le risque inhérent aux réactions à chaud
Les réactions à chaud, qui sont directes et tranchantes, conduisent généralement à des conséquences fâcheuses auxquelles s’ensuivent des demandes sincères de pardon lorsque l’on réalise, après coup, à quel point elles ont été sinon excessives, du moins maladroites. Dans le cas d’espèce, celles-ci se manifestent à deux niveaux précis :
D’abord à celui de l’interprétation de la déclaration de principe de François Hollande faite dans un contexte qui laissait planer le doute sur sa capacité à quitter le domaine de la séduction, propre aux campagnes électorales, pour s’inscrire dans l’orbite de la realpolitik avec tout ce que cela implique en termes de compromissions, d’hypocrisies, de coups bas et de craintes d’effets boomerang.
Ensuite, au niveau du fait que, contrairement à ce qu’aurait pu suggérer une réaction à froid, on a malencontreusement déplacé le problème du terrain médiatique où il aurait dû rester confiné à celui de la diplomatie où le mérite des acteurs se juge plus par leur degré de maitrise de son langage, de ses codes de bonne conduite et de ses usages que par leurs grandes qualités intellectuelles. Le propre de la diplomatie étant de faire triompher sa cause sans que la partie adverse ne perde la face aux yeux de son opinion publique.
Difficulté de moralisation des relations internationales
Il est vrai que le président socialiste François Hollande, qui, dans l’Opposition, trouvait à redire à la façon dont son prédécesseur de la Droite classique traitait les affaires africaines, est très attendu sur la moralisation des relations Françafrique, lui qui n’a cessé de promettre à haute voix de s’engager dans la logique de rupture vis-à-vis du passé. Il est donc possible que lui ou une partie de son entourage, sur la base des informations tendancieuses en leur possession, soit tenté de bouder cet événement de haute portée internationale afin de donner des signes tangibles de rupture avec des choix qui ont prévalu ces dernières décennies.
Partant de là, il est normal que le Gouvernement congolais, pour éviter d’être pris au dépourvu, étudie les différentes solutions envisageables de manière à se tenir prêt à affronter tous les cas de figure. Même si objectivement il est difficile de croire au spectre du boycott de ce Sommet, tant les raisons d’espérer une participation de la France à son niveau le plus élevé l’emportent largement sur celles qui militeraient en sa défaveur. Car, durant les campagnes électorales, il n’est pas étonnant que le challenger le plus redoutable du président sortant cherche, pour se distinguer avantageusement de ce dernier, à faire croire, à qui veut l’entendre, qu’avec son élection, ce serait le triomphe assuré des comportements politiques conformes aux valeurs morales.
Or, à ce sujet, ainsi que l’avait fait remarquer en son temps l’ancien président français Jacques Chirac, les promesses de campagne électorale de ce genre n’engagent que ceux qui sont assez naïfs pour y croire. L’expérience nous ayant appris que les engagements de campagne de ce type sont rarement compatibles avec les exigences d’une réalité qui se découvre, une fois que l’on s’y frotte, beaucoup plus complexe que l’on l’imaginait en théorie.
Il n’est, en effet, guère exagéré de prétendre que si le président Hollande s’avisait à mettre sa menace à exécution, il se priverait, du même coup, de la possibilité de se rendre en Russie et en Chine qui, bien qu’étant peu enclines au respect des libertés publiques et de la tenue des élections crédibles, sont néanmoins pour la France, de par leurs présences permanentes tant au Conseil de Sécurité des Nations Unies qu’au G8, des partenaires dont elle ne pourrait en aucun cas se passer.
Cela est d’autant plus vrai qu’à la question de savoir si une fois élu, il rencontrerait le Dalai-Lama, François Hollande a répondu par une pirouette que « la première rencontre que j’aurai à faire, ce serait avec le président chinois » dont la colère peut avoir des effets dévastateurs. N’en déplaise aux internationalistes de Gauche et aux responsables des ONG de défense des droits humains qui, hier aux côtés des leaders socialistes français, militaient activement pour imposer la reconnaissance du droit à l’auto-détermination du peuple tibétain.
C’est d’ailleurs à ce même type de difficultés de moralisation des relations internationales, recelant des enjeux à la fois géostratégiques, politiques, économiques, culturelles et environnementaux qui s’entrecroisent, auxquels son mentor François Mitterrand s’était également heurté. Ce dernier, en 1990, dans son discours de La Baule, avait promis de conditionner désormais l’aide financière de la France aux progrès significatifs enregistrés, par ceux qui la solliciteraient, dans le domaine de la démocratisation de leurs institutions et du respect des droits humains. Son dernier septennat achevé, on est resté bien loin du compte. L’expérience nous ayant montré à quel point cette promesse solennelle se fracassa contre les réalités du terrain qui se laissent généralement guidées par la probabilité des débouchés commerciaux au détriment des principes démocratiques les plus fondamentaux.
Si bien qu’aujourd’hui, en Afrique, nombreux sont ceux qui savent que le propre des candidats de Gauche à l’élection présidentielle de n’importe quel pays occidental est de tenir, dès que le micro leur est tendu, des discours révolutionnaires à destination des opprimés du monde qui croient aux vertus de la fraternité universelle, de la solidarité entre les classes laborieuses, de la démocratie et des droits humains. Mais une fois aux affaires, ils ne tardent pas à réaliser à quel point les exigences de la realpolitik les privent de la possibilité de se doter des meilleurs moyens de peser sur les régimes autoritaires qui subsistent sur la planète à cause des complicités externes dont ils bénéficient presque toujours.
C’est dire que la politique extérieure d’un pays ayant pour principale préoccupation la défense, non pas des comportements publics conformes à la morale, mais plutôt de ses intérêts à l’étranger, la France ne pourrait se permettre de saboter délibérément un Sommet qui se tient dans le deuxième pays francophone au monde et le premier en Afrique et qui est, à ce titre, appelé à jouer un rôle de premier plan, eu égard à sa position géographique au cœur de l’Afrique, partageant des frontières communes avec des pays anglophones et lusophones.
L’Inadéquation du terrain de réaction
Que la fameuse déclaration de principe du président François Hollande fasse l’affaire de l’Opposition radicale qui essaie par tous les moyens d’en faire un sujet à controverse dans l’opinion tant nationale qu’internationale, quoi de plus normal. Son but étant d’inciter le président français à passer de la parole aux actes et, par ricochet, obtenir un effet domino au niveau des autres Chefs d’Etats dont un certain nombre, sachant que ce dernier ne sera pas de la partie, n’effectueront pas non plus le déplacement de Kinshasa. Ce qui garantirait un échec fracassant non seulement de cette rencontre de haute portée internationale mais aussi de la diplomatie congolaise dont la crédibilité s’en retrouverait sérieusement entamée. Ce qui serait d’autant plus grave que la crédibilité est l’une des qualités nécessaires aux relations internationales.
Sachant cela, le Gouvernement congolais, dans son désir légitime de défendre son honneur et de parer à toute éventualité, devrait davantage prendre des précautions pour ne pas tomber pieds et poings liés dans le piège qui lui est tendu. Car, tous les éléments objectifs d’information en sa possession l’invitent à ne pas croire au spectre du boycott d’un Sommet dont la réussite aura une influence bénéfique sur le rayonnement international de la Francophonie auquel la France tient énormément. Puisqu’il en est ainsi, pourquoi s’inviterait-il dans la polémique qui s’est engagée à ce sujet lorsqu’il sait qu’en l’état actuel de ses connaissances, la participation de la France à son niveau le plus élevé comme d’ailleurs de celles des autres pays francophones ne constituent pas pour lui un sujet d’inquiétude.
La raison en est que les sources des bruits qui courent sur le boycott du Sommet de Kinshasa qu’envisagerait François Hollande au motif non prouvé que le président du pays hôte aurait été mal élu n’ont rien d’officiel. Car, d’une part, l’Ambassadeur de France en RDC, Mr Luc HALLADE, a une fois de plus, au cours d’un débat à la Halle de la Gombe, le 29 mai dernier, démenti une quelconque volonté de boycott de son Gouvernement qui demeure, jusqu’à preuve du contraire, acquis à l’idée de sa participation au plus haut niveau de l’Etat.
D’autre part, au cours du colloque international sur les contours de l’action de la Francophonie qui s’est récemment tenu à Kinshasa, l’Administrateur de l’OIF a réitéré le souhait du président Abdou DIOUF de voir la RDC réussir à organiser un Sommet à la hauteur des enjeux d’aujourd’hui. Ce qui implique que tous ses invités de marque rehaussent de leurs présences lesdits travaux.
Fort de toutes ces assurances officielles, le Comité organisateur de ce Sommet, à l’instar du « chien qui aboie et la caravane passe », continue à travailler d’arrache pied pour être fin prêt, le 12 octobre prochain, à répondre aux attentes d’une quarantaine de Chefs d’Etats et de plus de 2 000 délégués attendus à Kinshasa et dont les séjours ne doivent en aucun cas être altérés par des prestations logistiques ou communicationnelles qui laisseraient à désirer. Car, au-delà de toutes ces agitations creuses, appelées à se raviver à mesure que se rapproche la date de la tenue de ce Sommet, se manifeste la volonté de manipulation de l’information de manière à torpiller les efforts entrepris pour sa réussite.
Pour lutter contre les ravages de cette campagne de désinformation dans les pays du Nord, spécialement en France, il serait plus judicieux que le Gouvernement congolais en appui au travail de fond qui s’opère déjà au niveau de ses représentations diplomatiques à l’étranger y envoie, si ce n’est déjà fait, en renfort des délégations bien constituées pour donner de façon complémentaire, à ceux qui en auraient besoin, des éclaircissements sur les points sur lesquels se focalisent habituellement les critiques qu’on lui adresse à tort ou à raison.
Il s’agit bien entendu :
- De la situation des droits humains, plus particulièrement de l’affaire CHEBEYA qui pourrait rebondir avec plus de force dans le contexte actuel des préparatifs du Sommet de la Francophonie ;
- De la violence postélectorale telle que consignée unilatéralement dans l’avant dernier rapport de la MONUSCO ;
- Et de la contestation, non étayée sur des preuves tangibles, des résultats de la présidentielle du 28 novembre dernier
A cet effet, concernant les deux premiers points, il serait illusoire d’espérer convaincre totalement nos interlocuteurs de la justesse de nos choix et de la mauvaise foi de nos détracteurs mais plutôt de leur faire entendre un autre son de cloche susceptible de les amener à replacer les événements en question dans leurs véritables contextes de manière à porter sur eux un regard un peu plus objectif. Ce qui implique que se manifeste en filigrane la volonté politique de prendre davantage compte de leurs intérêts en RDC. Car un argument, aussi logique soit-il, dès l’instant où il fait obstacle à la promotion des intérêts établis, est condamné à être écarté du revers de la main et son auteur, au cas où il persisterait dans son opinion, à être voué aux gémonies.
C’est cette vérité qu’avait appris à ses dépends l’agneau face au loup des Fables de la Fontaine. En revanche, s’agissant du dernier point, la tâche est d’autant plus aisée que la pertinence des arguments à avancer se nourrit essentiellement des conclusions des rapports de toutes les Missions occidentales d’observation électorale selon lesquels les irrégularités constatées, lors du déroulement du processus électoral du 28 novembre 2011, ne sont pas de nature à remettre en cause l’ordre d’arrivée des onze candidats à la présidentielle tel que proclamé par la CENI.
Mais même à ce niveau, le pouvoir de persuasion des arguments avancés est fonction de leur aptitude à faire coïncider les intérêts nationaux avec ceux des puissances occidentales qui régissent le monde par le biais des diverses Institutions politiques et financières internationales. Aussi longtemps que la RDC ne prendra pas suffisamment compte de cet aspect de la réalité internationale, elle se condamne, chaque fois qu’elle sera victime des agressions dont les vrais commanditaires sont connus, à saisir en vain le Conseil de sécurité de l’ONU pour faire respecter des textes légaux régissant les relations entre les Etats.
Car, au sein de cette instance dirigeante des Nations Unies ne siègent que des pays qui sont à la fois juges et parties. L’inaction à laquelle est actuellement réduit le Conseil de sécurité de l’ONU suite à l’attitude complaisante de deux de ses membres face à celle des trois autres qui se montrent sans concession pour le régime syrien en est une parfaite illustration.
Dans le même ordre d’idées, l’examen de l’histoire récente de la RDC peut nous fournir à profusion des exemples éloquents pouvant servir d’appui à cette assertion :
Le premier est le fait que, lorsque les puissances occidentales, dont a parlé Paul KAGAME dans sa déclaration publique devant la presse internationale, ont constaté que les chances de réélection du candidat Joseph KABILA à la tête du pays étaient plus grandes que celles de ses concurrents, elles n’ont pas hésité, au mépris de leur profession de foi démocratique, à recourir au président rwandais, dont le comportement démocratique n’est pas avéré, pour renverser illégalement son homologue congolais, peu avant la tenue de la présidentielle du 28 novembre 2011.
Le second apparait à travers le fait qu’à New York, les USA ont usé de leur influence pour sinon empêcher, du moins retarder la publication intégrale du rapport du panel d’experts onusiens relatif aux preuves accablantes de l’implication directe du Rwanda dans la formation et le ravitaillement en hommes, armes, munitions et fonds afin de renforcer sans cesse la capacité des mutins du M-23.
Depuis la publication forcée de ce rapport, comment ne pas craindre que des manœuvres similaires ne soient souterrainement effectuées pour que la condamnation du Rwanda par la Communauté internationale ne soit beaucoup plus verbale que pénale, comme ça été le cas jusqu’ici. Et ce, en dépit de l’existence du rapport MAPPING du Haut commissariat de l’ONU aux Droits de l’Homme établissant la responsabilité du Rwanda dans le génocide des réfugiés Hutus en RDC, sans qu’à ce jour, personne ne soit poursuivie au pénal. Ce qui démontre, une fois de plus le degré élevé d’efficacité de son appareil diplomatique.
Le troisième a trait au fait que la RDC, qui est continuellement victime des agressions intolérables de certains de ses voisins est, depuis 1994, frappée d’un embargo sur les armes, la privant ainsi d’une bonne partie de ses moyens de défense. Alors que le Rwanda, qui au regard des résolutions des Nations Unies, fait partie de ses agresseurs notoires, ne l’est pas.
Avec un tel acharnement à en finir avec le président Joseph KABILA, qui a échappé à plusieurs reprises à des complots ourdis de l’extérieur, personne ne peut croire que s’il avait réellement perdu les élections en question comme certains le prétendent, on lui aurait permis, jusqu’à ce jour, d’exercer à sa guise un pouvoir conquis par fraude.
Les révélations fracassantes du président Paul KAGAME permettent de comprendre pourquoi jusqu’ici les tenants de la thèse du hold-up électoral de Joseph KABILA aux dépends d’Etienne TSHISEKEDI n’ont jamais été en mesure de démontrer, preuve en main, la fausseté des conclusions des rapports de toutes les Missions internationales d’observation électorale, encore moins de dire avec quel pourcentage ce dernier aurait gagné ces élections. Nonobstant bien entendu, les 75 % de suffrages avancés par TSHISEKEDI lui - même d’une manière qui frisait le ridicule. Ce qui démontre, si besoin en était, que la contestation des résultats électoraux, aussi tonitruante soit-elle, n’a jamais constituée nulle part la preuve de la véracité de ce que l’on avance.
Une autre raison de cette difficulté dans la précision desdits faits apparait avec beaucoup plus de netteté à travers les récentes révélations relatives à la déclaration solennelle du Cardinal MONSENGWO selon laquelle « les résultats de la présidentielle de 2011 n’étaient pas conformes ni à la justice, ni à la vérité des urnes ». En effet, revenant sur cette fameuse déclaration, lors de son passage à l’Assemblée nationale, le 2 juillet 2012, le président de la CENI, le pasteur Daniel NGOY MULUNDA a affirmé du haut de la tribune que « Mgr MONSENGWO avait été induit en erreur par un agent de la MONUSCO qui lui avait envoyé un mail contenant des faussetés dont la finalité était de plonger le pays dans le chaos ».
La question qui s’impose aussitôt à l’esprit est celle de savoir comment est-ce qu’un homme de Dieu de cette envergure, épris de paix, de justice et dont la faculté d’analyse est hautement appréciée, peut-il s’abstenir de se donner le temps de s’assurer de la véracité du contenu de cet e-mail avant de faire sur la RTBF une déclaration fracassante dont la RDC en ressent encore aujourd’hui les effets boule de neige.
C’est ce qui fait que, même en l’absence des preuves irréfutables, on entend encore aujourd’hui des éminentes personnalités de l’espace francophone telles que le président guinéen Alpha CONDE, dont l’élection semble, aux dires de ses opposants, avoir été frauduleuse, prétendre sur RFI « que le Sommet de Kinshasa pose problème ». Le caractère contestable de son élection n’a pas empêché le président François Hollande de le recevoir récemment à Paris en grande pompe. De même qu’il l’a fait avec son homologue gabonais, Ali BONGO, dont il disait pourtant, il n y ‘a pas si longtemps, que son élection ne répondait pas aux critères démocratiques.
Cette situation paradoxale est, à mon humble avis, due au fait que ces deux Chefs d’Etats ont pu mettre en pratique l’une des règles fondamentales de la diplomatie selon laquelle, chaque fois que l’on se sent incompris de ses proches ou de ses partenaires, le dialogue est préférable au silence. La politique de la chaise vide n’étant généralement profitable qu’à ses ennemis.
Ce qui revient à dire que la campagne d’explication à mener préalablement dans les pays du Nord et même dans certains du Sud est d’autant plus nécessaire qu’il est diplomatiquement important que les partenaires de la RDC, une fois à Kinshasa, ne puissent, tant dans leurs discours officiels que dans leurs déclarations à la presse, faire expressément mention ou allusion à des sujets si embarrassants pour le Gouvernement congolais que ça risquerait non seulement de donner à l’Opposition radicale du grain à moudre mais aussi et surtout de faire tâche d’huile à un Sommet dont la réussite est vivement souhaité par tous les pays de l’espace francophone.
UMBA ILUNGAAmbassadeur
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