20/08/2012
"Joseph Kabila" et Paul Kagame le 15 juillet dernier à Addis Abeba.
Photo Reuters
Pendant que «Joseph Kabila» et son gouvernement sont éblouis par des «succès diplomatiques» dérisoires face au Rwanda de Paul Kagame, le M-23 «emménage» dans les «territoires occupés» au Nord-Kivu. Il organise l’occupation des territoires passés sous son contrôle. Vendredi 17 août, le Mouvement a rendu publique la liste des membres de ce qui ressemble bien à un «gouvernement provisoire». L’«impuissance organisée» du pouvoir kabiliste face aux menaces qui planent sur l’intégrité du territoire national est
Analyse
Selon des sources bien informées, le «Mouvement du 23 mars» disposerait désormais des moyens en hommes et en matériels pour prendre le contrôle de toute la province du Nord Kivu et celle du Sud Kivu. «Les forces gouvernementales déployées dans ces deux Régions sont mal équipées et démotivées, confie une source. Elles sont incapables de soutenir une guerre de haute intensité. La Monusco n’entend pas se substituer à l’Etat congolais». A en croire cette source, le M-23 serait «freiné» dans son «élan» du fait de son «déficit en communication». L’organisation peine à élargir son assise sociale. N’empêche. Vendredi 17 août, les assaillants ont publié la composition des «organes» chargés d’assurer la «gestion quotidienne» du Mouvement. On retiendra pour l’essentiel que Jean-Marie Runiga Lugerero, le coordonnateur politique, devient le «président». Le «colonel» Sultani Makenga, lui, reste à la tête du «haut commandement militaire».
"Succès diplomatiques"
Par un pur hasard de calendrier, les chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres de la SADC (Communauté de développement de l’Afrique australe), se réunissaient les 17 et 18 août à Maputo (Mozambique). Dans leur communiqué final, les dirigeants africains ont enjoint au Rwanda de Paul Kagame «de cesser son assistance aux rebelles du M-23». Au motif que les "interférences" rwandaises au Nord Kivu «constituent une menace pour la paix et la stabilité non seulement de la RDC, mais aussi de la région tout entière de la SADC». Notons que le ministre belge des Affaires étrangères se trouve en visite à Kinshasa. Absent de l’Afrique durant la décennie 90, le Royaume a "perdu la main" en matière africaine. D’autres acteurs de la communauté internationale se sont empressés d’occuper le terrain. Incapable de faire respecter l’intégrité de son territoire par des moyens militaires, le gouvernement congolais passe son temps à se féliciter de ses «victoires diplomatiques». Des «victoires» dérisoires qui n’apportent aucun changement sur le terrain des opérations. Bien au contraire.
Jeudi 16 août, le porte-parole du gouverneur du Nord-Kivu, Ernest Kyaviro, a fait une déclaration surprenante pour son rang en dénonçant l’arrivée des renforts «des troupes rwandaises et ougandaises aux côtés des rebelles du M23» au pied des collines de Mbuzi, de Runyonyi et de Ntamugenga, dans le territoire de Rutshuru. «Ces troupes dont les mouvements sont observés depuis une semaine, a-t-il ajouté, sont dotées de nouveaux matériels et équipements comme des radios et des véhicules 4X4». «Nous dénonçons la poursuite de l’agression par le Rwanda. Nous informons les Nations unies, l’Union africaine. Ce pays est en train de s’entêter comme pour narguer la communauté internationale et de se moquer des Congolais». A Kinshasa, c’est le silence plat.
Ponce Pilate
Lors de son point de presse hebdomadaire, mercredi 15 août, le porte-parole militaire de Monusco, le commandant Ibrahim Diene, a déclaré que la Mission onusienne «continue à garder ses positions dans les territoires actuellement occupés par les rebelles du M23, notamment à Kiwanza, Katale et Rugari». En clair, les forces onusiennes n’entendent en aucun cas faire le «sale boulot» en lieu et place des FARDC. Elles se limitent au «service minimum» consistant à assurer la protection de la population civile. Selon le colonel Diene, «la dernière ligne rouge se trouve au niveau de la localité de Kibumba». Il s’agit du dernier verrou qui ouvre un grand boulevard sur la route de Goma. «Joseph Kabila» et ses généraux ventripotents ont-ils levé l’option de passer par pertes et profits les agglomérations occupées par ceux que d’aucuns qualifient déjà d’agresseurs ? Bien que compréhensible, la posture digne de Ponce Pilate adoptée par la Monusco surprend.
Lors des affrontements entre les FARDC et les insurgés « Enyele » notamment en avril 2010, la Mission onusienne a apporté aux forces gouvernementales un soutien sans faille pour «pacifier» la partie australe de la province de l’Equateur. Les forces navales des et l’unité «riveraine» des forces onusiennes ont eu à mener des patrouilles conjointes « de présence et de dissuasion » sur le fleuve Congo et la rivière Ubangi. Des casques bleus ont même participer aux combats. Lors de l’attaque de l’aéroport de Mbandaka en février 2011, ce site n’a pu être récupéré que grâce à un appui décisif des troupes de la Monuc. Questions : Pourquoi, la «communauté internationale» met-elle plus d’empressement à «pacifier» l’Ouest du Congo mais fait preuve d’atermoiements quasi-funestes lorsqu’il s’agit de rétablir la paix et la sécurité à l’Est dans les deux Kivu et la Province Orientale? Que se cache-t-il derrière cette duplicité? "Les Congolais doivent rompre avec la torpeur ambiante et se libérer de la peur, tonne un membre de l’opposition joint au téléphone lundi soir à Kin. Ils doivent descendre dans la rue pour dénoncer l’incurie des dirigeants politiques et militaires. Le reveil doit avoir lieu maintenant. Demain, ce sera tard. Trop tard!".
B.A.W
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