jeudi 28 juillet 2011

Affaire Tungulu : Le certificat de décès est (enfin) là !

Congo Indépendant
28/07/2011

Dix mois après l’annonce du décès «par suicide» d’Armand Tungulu Mudiandambu dans un cachot de la garde prétorienne de «Joseph Kabila» - au Camp Tshatshi - et sept mois après l’inhumation d’un corps présenté comme étant le sien, l’avocat de l’Etat congolais, Moma Kazimbwa Kalumba, a finalement transmis le certificat de décès que la veuve et les enfants Tungulu attendaient. Le document - une photocopie - a été émis le 31 décembre 2010 par le médecin légiste Nzuzi Ntula. Le jour du décès est illisible. Le mois et l’année sont les mêmes, en l’occurrence octobre 2010. Le lieu du décès n’est pas indiqué. Pas de trace du permis d’inhumation. En lieu et place, le médecin a émis une «Note de libération de corps à la morgue» datée du 31 décembre 2010.
Dans une lettre recommandée datée du 1er juillet 2011 avec pour objet «RD Congo C/Nzomina et consort», Maître Moma Kazimbwa Kalumba, écrit à Jean-Claude Ndjakanyi, conseil de la veuve Tungulu née Nzomina Maloka. L’avocat de la République commence par accuser réception d’une correspondance lui adressée… en date du 30 mars dernier. «En effet, faisant suite à la réunion du 24 novembre 2010, note-t-il, je vous transmets sous ce couvert, une photocopie du certificat de décès du 31 décembre 2010 ainsi que la note de libération de corps à la morgue pour inhumation de la même date.» Et d’ajouter dans un "charabia" cher aux juristes : «La présente étant une réponse à une lettre officielle, revêt également, à titre exceptionnel, un caractère officiel et vous est adressée avec toutes les réserves d’usage.» Comprendra qui pourra!

Le certificat de décès porte le numéro 700/ n°2862. On peut y lire : «Je soussigné Docteur Nzuzi Ntula, certifie que Mr, Mme, Mlle (Ndlr : aucune mention inutile n’est biffée) Tungulu Mudia (sic !) Armand, âgé de 43 ans, domicilié (illisible) c/Ngaba. Date et lieu du décès, chiffre illisible/10/2010. Aucune mention du lieu. La «note de libération de corps à la morgue » émane du même médecin. Elle est libellée comme suit : « Veuillez libérer le corps de Mr, Tungulu Mudia (?) Armand pour inhumation suivant la réquisition n° RMP 002 de l’OMP colonel Molisho du parquet de l’auditorat militaire général de l’OPJ colonel Molisho. L’avocat Ndjakanyi a réceptionné le pli contenant ces documents le vendredi 22 juillet. «Je suis étonné que ce certificat de décès me parvienne seulement maintenant», a confié un Ndjakanyi apparemment exténué par tant d’énergie et de temps dépensés. «Le dossier Tungulu n’est pas compliqué. En fait, c’est un dossier politique. On a affaire d’une part à un client pressé d’obtenir des résultats. Ce qui est normal. De l’autre, il y a l’appareil judiciaire avec sa lenteur et enfin une partie adverse qui politise l’affaire en lui donnant le relief d’un procès politique».

Le 24 juin dernier, la veuve Tungulu a effectué une «descente», à l’ambassade de la RD Congo à Bruxelles. But : réclamer le certificat de décès de son défunt conjoint. L’ambassadeur Henri Mova Sakanyi était absent. «Je suis venue exiger le certificat de décès de mon mari. Huit mois après l’annonce de la mort d’Armand, j’attends désespérément de recevoir ce document. Je vous laisse imaginer les difficultés auxquelles mes enfants et moi sommes confrontés pour accomplir certaines formalités administratives», s’enrageait «Mama Philo» devant les journalistes présents. Coïncidence ou pas, il semble bien que le message a manifestement été reçu cinq sur cinq.

Armand Tungulu Mudiandambu est arrivé à Kinshasa le 15 septembre 2010. Il a été arrêté le 29 octobre par des membres de la garde présidentielle. L’accusation est gravissime pour les régimes autocratiques africains : avoir «caillassé» le cortège de «Joseph Kabila» sur l’avenue du 24 novembre. L’intéressé n’a jamais donné sa version des faits. Le 2 octobre, on apprenait via un communiqué du parquet général de la République revêtu de la signature du directeur de cabinet du "PGR", que Tungulu se serait «suicidé». Le 31 décembre 2010, on apprenait également que le corps d’un homme présenté comme étant Armand Tungulu Mudiandambu a été enterré dans un cimetière non autrement identifié en présence d’un "oncle paternel" du disparu.

Agression contre chefs d’Etat

Le 14 décembre 2008, la planète entière apprenait qu’un journaliste irakien nommé Moutazer al-Zaïdi lanca sa paire de chaussures sur George W. Bush en visite surprise d’adieu à Bagdad. Le «lanceur de chaussures» voulait exprimer au président américain d’alors tout le mal qu’il pense de l’intervention américaine dans son pays. Qu’est-il devenu ? Maîtrisé par les agents secrets irakiens et américains, l’homme n’a pas été tué. Bien au contraire. Il a été évacué du lieu. Il ne s’est pas non plus «suicidé» dans sa cellule. Moutazer est devenu une sorte d’héros national en Irak.

Le 10 octobre 2010, Barack Obama participe à une réunion de campagne organisée à Philadelphie dans le cadre des élections législatives de novembre. Subitement, un inconnu lui lance un livre de poche. L’homme est aussitôt arrêté. Après enquête, il est libéré. Aucune charge n’est retenue contre lui.

Le 1er juillet 2011, le président français Nicolas Sarkozy en visite dans une ville française est agrippé sur son veston par un certain Hermann Fuster. L’agresseur est immobilisé par des «agents» et remis à la gendarmerie locale. Sarkozy s’est refusé de porter plainte contre lui. L’homme a écopé d’une peine de six mois avec sursis. Il semble qu’il voulait interpeller «Sarko» sur l’intervention de la France en Libye. On le voit, Armand Tungulu Mudiandambu n’a pas eu la même veine.

Peut-on franchement ôter la vie à un être humain suite à un geste aussi bénin ? «Le dossier Tungulu est toujours pendant devant les juridictions belges», a déclaré, pour sa part, Me Ndjakanyi. Le juriste espère que la famille Tungulu va désigner un second avocat pour l’épauler.

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