jeudi 28 juillet 2011

Je reviens de Kinshasa!

Congo Indépendant
28/07/2011

Où va notre cher pays, la République très très démocratique du Congo? Que s’est-il passé pour que l’homme congolais soit déshumanisé au point de ne plus faire la distinction entre le vice et la vertu, l’honneur et le déshonneur, le bien et le mal? Je reviens de Kinshasa où j’ai passé un mois après quinze ans d’absence. Le purgatoire existe, je l’ai rencontré!
 La capitale congolaise est habitée par près de dix millions d’âmes sur une superficie de près de 10.000 km² (60 kilomètres de long sur 40 kilomètres de large). «Kin» est un véritable «supra tribu», un «melting pot» de toutes les ethnies et tribus du pays. Un brassage unique en Afrique noire qui permet aux citoyens du pays de vivre ensemble malgré leurs diversités. Cette position privilégiée permet à cette agglomération d’exercer une grande influence culturelle sur les Congolais tant de l’arrière-pays qu’à ceux de la diaspora. A titre d’exemple, la mode féminine part souvent des quartiers kinois où des «petits tailleurs» sur mesure rivalisent en inventivité dans la confection des «mabaya» (camisoles) et autres jupes. Les danses à la mode viennent de cette ville qui compte littéralement un groupe musical par rue. A «Kin», j’ai vu et vécu comment un peuple étreint par la misère a perdu la notion des valeurs. La précarité de la vie a transformé Kin-la belle de jadis en une "mégalopole de toutes les compromissions". Que faire? Seul un «feu de brousse» pourrait détruire le "mal être kinois" et redonner sa dignité d’être humain à cette population tirée constamment vers le bas par la pauvreté.

Selon mon ami qui sait tout sur tout et presque tout sur rien sur les potins de Kinshasa-Lez-Immondices, je n’ai rien vu de spécial par rapport à son propre vécu dans cette vaste cité urbaine. Voilà qu’il se met à me raconter par le menu son expérience. Il commence par me faire grâce des tracasseries administratives à l’arrivée et au départ au niveau de l’aéroport de Ndjili - où chaque petit fonctionnaire de la douane ou du service d’hygiène tente de délester les voyageurs de quelques dollars sous divers prétextes. Il n’évoque que ses «mésaventures» dans la ville.

Après avoir déposé ses affaires à l’hôtel, mon ami se rend dans un ministère où il était attendu. «J’ai rendez-vous avec le ministre», dit-il à un agent du Protocole de «Son Excellence». Celui-ci interpelle son collègue : « Kombo ya tata fulani ezali na liste ya ba-audiences ? L’autre de répondre : «Namoni te !». Et pourtant mon ami était bel et bien attendu par le "patron". Malin comme un vieux singe à qui l’on n’apprend pas à faire des grimaces, mon ami a compris le manège. «Omelaka masanga nini?», lance-t-il à l’agent du protocole. Le fonctionnaire jusque là acariâtre affiche aussitôt son plus beau sourire en voyant un billet de cinq euros. Il communique à mon ami le numéro de téléphone du conseiller en communication de «Son Excellence».

Journaliste de formation, mon ami est surpris de constater que le fameux conseiller en communication est également journaliste dans un média de la place. Après avoir pris un rendez-vous ferme pour rencontrer le membre du gouvernement dont question, le conseiller dit à mon ami : «Il faut okanisa ngai». Devant l’incrédulité de mon ami, le locuteur se fait plus précis : «Il faudra osala mua geste parce que bato mingi baza koluka komona ministre…». Traduction : il faut un petit "cadeau". «Comment faites-vous pour être journaliste et attaché de presse» ?, demande mon ami à son interlocuteur. «Nakolia éthique na déontologie ?», lui rétorque ce dernier. Pour se changer les idées, mon ami va acheter un paquet de cigarettes chez une marchande de rue. Le paquet coûte 2.450 francs congolais. Il remet trois mille francs à la vendeuse qui lui tend le paquet de cigarettes mais sans la monnaie. «Papa nasi napesi yo cigarettes. Oza kozila nini ?», lance la marchande. Etonné, mon ami de répondre naïvement : « Ozongisi ngai monnaie te.» Avec un aplomb inattendu, la dame lance : «Papa namoni ovandaka awa te. Naza na monnaie te…»

Le lendemain, mon ami se rend à la Banque commerciale du Congo pour acheter quelques billets de francs congolais. Il se pointe à un des guichets. Il brandit trois billets de 100 euros. L’employée de banque lui dit : «Papa kende libanda bakosala yo échange na taux ya malamu… ». Décidément. De passage sur le boulevard du 30 juin, il voit des policiers entrain de disperser brutalement un petit groupe de vendeuses de beignets à la Place ex-Braconniers. Intrigué de voir qu’un autre groupe de vendeuses n’est pas inquiété, mon ami demande l’explication à un des policiers. «Réponse : Ba mama oyo tobengani bafutaki pako te !». Pour ne pas devenir fou, mon ami est allé illico presto à Brussels Airlines faire sa réservation pour le prochain vol. Destination : Bruxelles. «Kinshasa est devenue la capitale des antivaleurs», me dit-il en débarquant à Zaventhem.

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