mercredi 27 juillet 2011

L’Afrique : une mosaïque de « Somalie »

Le Potentiel
27/07/2011

« Dans les mois à venir, l’adversaire le plus redoutable pour tout gouvernement, même issu des élections crédibles, est la pauvreté », écrivait Le Potentiel dans l’une de ses précédentes livraisons sur la situation en Afrique. Le Potentiel ne croyait pas si bien dire. L’histoire vient de confirmer ses propos. L’alerte est donnée dans la Corne de l’Afrique. La famine, la malnutrition, la sécheresse font déjà des morts. 100 enfants meurent chaque jour. Les photos, comme en 1985, recommencent à faire le tour du monde, présentant l’Afrique dans son côté le plus négatif. La Corne de l’Afrique ? C’est vraiment un cas de conscience africaine, une interpellation. Oui. Car l’Afrique est une mosaïque de «Somalie». Qu’on se le dise. Avec cette gestion calamiteuse qui caractérise les gouvernements africains, chaque pays du continent noir a sa « somalie ».

12 millions de personnes, dans la Corne de l’Afrique, sont dans l’anti-chambre de la mort. Ils souffrent de la famine, de la malnutrition consécutive à une sécheresse sans précédent. Mais en réalité, dans la Corne de l’Afrique, ce sont 44 millions de personnes qui périront si l’aide alimentaire ne leur parvient pas dans l’immédiat. Somaliens, Erythréens et Ethiopiens sont tous concernés. En attendant, 100 enfants meurent chaque jour, faute de nourriture.

Face à cette situation, pendant que des photos des personnes squelettiques font le tour du monde, la Banque mondiale vient de décider d’octroyer 500 millions de dollars à la Corne de l’Afrique. Ce montant s’ajoute aux 12 millions déjà décaissés à titre d’aide d’urgence. Mais cela ne suffit pas tant les besoins alimentaires et en médicaments se chiffrent en termes de milliards de dollars.

Les Européens ont convoqué pour cette semaine une réunion d’urgence afin d’évaluer leurs possibilités d’intervention. La gravité de la situation réserve donc des conséquences imprévisibles.

IRRESPONSABILITE POLITIQUE

Mais les « bons samaritains » n’ont plus leur langue en poche. Ils dénoncent à haute voix « l’irresponsabilité politique » des gouvernements africains. Plutôt que prévenir pour mieux gouverner, ils s’adonnent à des futilités, aux malversations financières pour un enrichissement illicite et sans mesure pendant que leurs populations subissent les intempéries et sont devenues ultra-vulnérables. La présente sécheresse était prévisible, donc attendue. Mais les gouvernements africains n’ont pris aucune disposition pour protéger leurs populations.

Irresponsabilité politique ? C’est le cas de le souligner. La Corne de l’Afrique est toujours l’un des coins sensibles du monde. Elle demeure hyper-armée à telle enseigne que la Somalie est aujourd’hui un « Non Etat ». Seuls les seigneurs de guerre y font la loi. Pire, les Somaliens qui vivent en exil dans les pays voisins, passent pour des riches. Notamment au Kenya et en Afrique du Sud. Les autochtones kenyans et sud-africains n’arrivent pas à comprendre comment des ressortissants d’un pays en guerre de plus de trois décennies vivent dans l’opulence la plus insolente dans leur pays. Pire, à en croire des informations en provenance de la Corne de l’ Afrique, le groupe rebelle, les « shebab », empêchent leurs frères somaliens à avoir accès à l’aide d’urgence. Quelle cruauté ! Et s’ils prenaient le pouvoir, vont-ils gouverner un peuple dont ils méprisent ? Impensable. Ils n’hésitent point à leur tirer dessus comme des petits lapins. Quant aux pirates de mer, ils continuent à s’enrichir et blanchissent le fruit des rançons en achat d’armes et des immeubles à l’étranger.

Irresponsabilité politique ? Les autres pays africains ne sont pas du tout épargnés. Aucune mobilisation n’a été décrétée en faveur de victimes de la sécheresse dans la Corne de l’Afrique. Pas d’aide. L’Union africaine largement dépassée se tait, laisse mourir de nombreux Africains.

Pas seulement dans la Corne de l’Afrique mais également dans toute l’Afrique. En effet, aucun pays africain n’est à l’ abri de la sécheresse, de la malnutrition, de la famine. En plus, lorsque l’on gagne moins d’un dollar par jour, l’on est condamné à mourir, car contraint à la malnutrition, à la famine, à la maladie.

En République démocratique du Congo, le constat est amer. Le Kivu, à en croire les statistiques, compte plus d’enfants qui souffrent de kwashiorkor alors que cette région est un véritable scandale agricole. Tout pousse comme si l’on était dans un conte de fées, avec un sol très fertile. Et de façon plus large, la RDC est le seul pays au monde où il pleut toute l’année. On peut donc semer du 1er janvier au 31 décembre afin de nourrir la population congolaise. Hélas ! Ce n’est qu’un rêve.

Ne parlons pas de minerais dont le fruit de vente aurait pu permettre la construction et la mise en place de grandes industries agro-alimentaires. Question d’atteindre le stade d’auto-suffisance alimentaire. Encore un rêve. La mal gouvernance condamne les populations du Kivu à se contenter de la cueillette. Mutatis mutandis en ce qui concerne les provinces de l’Equateur, Orientale… les plus poissonneuses de l’Afrique, si pas du monde.

Outre la RDC, le Rwanda, le Burundi, l’Ouganda, le Soudan… bref, quasiment tous les pays de l’Afrique disposent d’une population importante de mal nourris. Mais en revanche, ils sont hyper-militarisés pour asseoir leurs régimes. Pire, ils poussent leur outrecuidance plus loin en exerçant des pressions politiques sur leurs propres populations afin de les contraindre à s’exiler, à émigrer en prétendant qu’ils n’ ont pas d’espace territoriale dans le seul but d’assouvir leurs ambitions d’expansion géographique en vue de s’accaparer des richesses d’autres Etats souverains. Les guerres économiques en RDC, au Kivu particulièrement, la LRA, le phénomène « Mbororo »… autant de scenarii pour affamer et laisser mourir les populations africaines.

La note devient très salée lorsque que ces mêmes gouvernements s’empressent de s’endetter non pas pour la production mais pour les biens de consommation, laissant aux populations l’ingratitude mission de subir le poids de la dette. Et lorsqu’ils atteignent « le point d’achèvement » pour l’annulation de la dette, un canular, ils ne se gênent pas de manifester leur autosatisfaction, car heureux d’avoir « achevé » leurs populations à l’autel des pilleurs internationaux pour des intérêts personnels.

DIFFICILE RENAISSANCE AFRICAINE

Quelle idée peut-on se faire de l’Afrique lorsque l’on tourne son regard vers la Corne de l’Afrique ? Aucune sur la capacité exacte des dirigeants africains à gouverner correctement dans le but de consacrer la renaissance africaine. Déjà, les observateurs de la politique africaine ont été déçus par la mise en scène indigeste de la Côte d’Ivoire. Ils le sont à nouveau dans ce cas d’espèce de la Corne de l’ Afrique.

Certes, les « faiseurs de guerre et des roitelets » ont leur part de responsabilité. Dans leur acharnement de contrôler le monde, ils ont une forte capacité de nuisance et que souvent, rien ne les arrête.

Mais ont-ils la tâche facile dans leur sale besogne grâce à la complicité des dirigeants africains, les premiers responsables des tragédies et des cauchemars des populations africaines. Ce sont les « Africains » qui élaborent leurs propres budgets accordant des crédits insignifiants «-3 pour cent» à l’agriculture et à la santé. Ce sont toujours et encore des dirigeants africains qui lapident des fonds publics, ne font aucune preuve de managériale. Pire, ils s’illustrent par une vision étriquée de la gouvernance. Ils brillent par un comportement narcissique.

Dans ces conditions, la renaissance africaine est un vœu pieux tant que chaque pays africain disposera de sa « somalie ».

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire