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dimanche 22 mars 2015

« La Fabrique des barbouzes » : Tshombé, joker de la France

Le Monde Afrique
20/03/2015
Par Jean-Pierre Bat

En amont du colloque Foccart qui réunit les 26 et 27 mars à Paris, les spécialistes de cet homme de l’ombre et le gotha des archivistes et historiens d’Afrique francophone, « Le Monde Afrique » propose une série autour de cet événement. Durant toute la semaine seront publiés des articles autour de Jacques Foccart et de la question des archives, donc de la mémoire en Afrique francophone. 

Pour inaugurer cette série, « Le Monde Afrique » publie en exclusivité les bonnes feuilles du livre La Fabrique des barbouzes, histoire des réseaux Foccart en Afrique (Nouveau Monde Editions, sortie le 19 mars). Voici le neuvième extrait : 

Géopolitique congolaise : Brazzaville, capitale de la révolution africaine 

Moïse Tshombé, le 9 février 1963 à l'aéroport du Bourget, en France. Crédits AFP

Plusieurs mouvements lumumbistes ont trouvé refuge au Congo révolutionnaire. En octobre 1963, c’est à Brazzaville qu’est fondé le Conseil national de libération (CNL), qui réunit les mouvements rebelles de Christophe Gbenye [ministre de l’intérieur dans le premier gouvernement congolais après l’indépendance qui s’autoproclamera en 1964 président de la République populaire du Congo] et Egide Davidson-Bocheley, en lutte contre le gouvernement Cyrille Adoula au Congo ex-belge. 


Ce CNL est soutenu par les organisations extrémistes brazzavilloises : les organisations syndicales d’inspiration marxiste, les Jeunesses du Mouvement national révolutionnaire (JMNR) et le journal Dipanda – qui signifie Indépendance – de Lounda et N’Dalla Graille. Les cadres de ces organisations s’avèrent la plupart du temps être d’anciens élèves de Prague, Moscou ou Pékin et sont les artisans de l’orientation du Congo vers une voie plus radicale et marxiste. Derrière eux, c’est l’influence des différents pays communistes et surtout de la Tricontinentale qui se dessine. 


Initialement appuyée à partir des postes diplomatiques de Léopoldville [actuelle Kinshasa] ou d’ailleurs, l’action des représentants de la République arabe unie de Nasser, de la Chine populaire ou encore de la Tchécoslovaquie se fait plus pressante et directe à partir de 1964 à Brazzaville. Au fil de l’année 1964, des représentations du bloc de l’Est, des non-alignés et de la Tricontinentale sont ouvertes (Algérie, Chine, Egypte, Ghana, Mali, Nord-Vietnam et URSS), entérinant officiellement la nouvelle orientation – sinon les tentations – du Congo socialiste. 

La Chine se déploie depuis Brazzaville 
L’intervention des représentants des nouveaux pays amis du Congo infiltre de plus en plus des domaines régaliens, comme la sécurité d’Etat. Le Sdece confirme en juin 1964 que le régime révolutionnaire a ouvert un centre d’entraînement du CNL dit camp de Gamboma (situé à une cinquantaine de kilomètres de cette localité). Ce centre forme des petits groupes de volontaires au sabotage et à la guérilla. A l’issue de leur formation, ces stagiaires repartent pour le Congo Léopoldville pour y organiser des maquis lumumbistes. 

L’influence des pays communistes se fait directement sentir. La Chine populaire, notamment, devient un très important partenaire idéologique, financier, politique et paramilitaire du CNL. Précédemment basée à Bujumbura depuis 1962, l’organisation maoïste se redéploie en Afrique centrale avec une solide implantation à Brazzaville à partir de 1964 : Pékin mise sur le CNL pour mener sa politique au Congo, à travers l’action du propagandiste Kao Lang (ancien représentant de l’agence d’information Nainjua au Tanganyika qui prend en main l’information du CNL) et de Kan Mai (ancien conseiller militaire en Inde, spécialiste de la guérilla). Kan Mai va plus loin : il a passé un accord avec le gouvernement congolais prévoyant que l’assistance au gouvernement de Brazzaville est assujettie à une aide substantielle de ce dernier en direction du CNL. 


De son côté, le régime du colonel Nasser, fidèle à sa tradition éprouvée avec succès lors de la guerre d’Algérie, multiplie les offres auprès du Congo et soumet une série d’accords de coopération. Mais l’efficacité de cette coopération, après un accueil enthousiaste, semble tourner court. Alger, à son tour, va essayer de nouer des contacts avec Brazzaville dans le cadre de la révolution africaine dont le FLN se veut le porte-drapeau. 

Léopoldville face à Brazzaville 
La situation entre les deux Congo est tout particulièrement tendue. Déjà, à l’automne 1963, la recrudescence des activités d’espionnage est sensible. Le scandale éclate au soir du 20 novembre 1963 : de retour de Brazzaville, Voronine, second conseiller à l’ambassade soviétique de Léopoldville, et Miakotnix, attaché de presse à l’ambassade, sont arrêtés au débarcadère par la Sûreté léopoldvilloise. Celle-ci veut fouiller leur véhicule. Les deux Russes, ayant refusé de se soumettre au nom de leur immunité diplomatique, sont violemment saisis, passés à tabac et mis au secret (sans doute à la prison de Makala). 

Les documents découverts dans leur voiture établiraient la preuve des intrigues de l’ambassade d’URSS : les deux « diplomates » soviétiques ont pour mission de soutenir les organisations révolutionnaires et subversives qui s’implantent dans le sillage de la révolution congolaise. Les relations diplomatiques entre Léopoldville et Moscou sont rompues. 

Au printemps 1964, les découvertes de complots successifs préparés de part et d’autre des deux rives du Pool finissent en mai 1964 par dresser clairement l’une contre l’autre les deux capitales congolaises. Dans la nuit du 28 au 29 mars 1964, ce sont cinq émissaires du CNL qui viennent de Brazzaville pour tenter de soulever des éléments de la gendarmerie et de l’armée. 


Dans la nuit du 21 au 22 mai 1964, c’est le troisième attentat à la bombe qui est commis à Léopoldville. Le 26 mai 1964, c’est un complot organisé depuis Léopoldville que les services de sécurité révolutionnaires prétendent tuer dans l’œuf. Même si la réalité ou la portée de ces complots reste parfois à relativiser, ils constituent un sérieux indice de la tension régnant de part et d’autre du Pool, dans un affrontement qui s’hybride de plus en plus avec les logiques de la guerre froide. 

« Le docteur Tshombé, grand leader africain, serviteur du Congo » 

Jean Mauricheau-Beaupré à Washington, en 1961. 
Crédits : Archives personnelles / JP Bat 

C’est sur le champ de la diplomatie parallèle, terrain de prédilection de l’équipe de Jean Mauricheau-Beaupré, qu’Antoine Hazoume redouble d’effort pour donner corps à la thèse de l’africanisation du conflit inspiré de Félix Houphouët-Boigny, c’est-à-dire de l’appel à un candidat africain, qui serait libre de toute influence extérieure, pour sauver le Congo en désagrégation. Outre la reprise de contacts au Congo Léopoldville, deux axes principaux structurent l’orientation de cette promotion politique : Londres, berceau de l’influence anglo-saxonne, et la « grande famille francophone ».

Lire aussi : « L’ombre d’Houphouët-Boigny plane toujours sur la Côte d’Ivoire »

Sur l’invitation du Royal Institute of International Affairs, un séjour londonien est organisé du 7 au 13 avril 1964. La conférence « Réconciliation et progrès au Congo » de Tshombé fonctionne comme la présentation de son programme politique. Ses textes sont sans nul doute préparés entre autres par Mauricheau .

En réalité, ce voyage à Londres fonctionne comme un coup de billard diplomatique à (au moins) deux bandes : c’est autant le gouvernement britannique que Mauricheau cherche à gagner à la cause de Tshombé, que les influents alliés britanniques de l’Afrique du Sud. Car, pour le missus dominicus de Jacques Foccart, l’Afrique du Sud reste le partenaire principal avec lequel il pense sa politique africaine, tout particulièrement sa politique congolaise, via les Rhodésies du Nord et du Sud.

Le premier ministre de Rhodesie, Ian Smith, près des chutes Victoria, en 1965. 
Crédits AFP

En 1964, Londres, dont le périmètre d’influence en Afrique centrale s’effrite notamment sous la pression séparatiste rhodésienne de Ian Smith, rallie la solution Tshombé par pragmatisme et anticommunisme. Pour la première fois depuis 1960, Londres se démarque ouvertement de la ligne américaine dans la crise congolaise.

La stratégie africaine francophone est, elle, orchestrée par Antoine Hazoume. Il convient de gagner à la cause de Tshombé non seulement le RDA (Rassemblement démocratique africain, déjà acquis avec Houphouët-Boigny), mais aussi toute la « famille francophone » : c’est-à-dire faire de Tshombé le champion d’une solution africaine, le démarquant ainsi d’un Adoula aux mains des Américains.

Le Mali de Modibo Keïta entre dans la danse
Le coup de génie repose dans le fait que Hazoume sollicite le Malien Modibo Keïta pour se faire le premier soutien du rappel de Tshombé. Partisan de la fédération (mort-née) du Mali en 1960, Modibo Keïta ne peut absolument pas être suspecté d’être un fourrier du néocolonialisme : quelques années plus tôt, il était même une des figures africaines les plus farouchement opposées à la sécession katangaise.

Mais le temps de l’euphorie des indépendances a passé et, en 1964, le Mali qui est diplomatiquement isolé a besoin de revenir dans le jeu africain francophone : avec le plan Tshombé, Hazoume tend à Modibo Keïta une perche qu’il a, alors, tout intérêt à saisir. Les premiers contacts sont établis en avril 1964. Ils débouchent en juin 1964 sur un séjour de Tshombé au Mali, à l’invitation de Modibo Keïta : des rencontres ont lieu les 10 et 11 juin 1964, à Bamako et Koro.

Lire aussi : « La Fabrique des barbouzes » : réseaux au Katanga...

Le président malien s’engage à soutenir moralement son projet, prenant sur lui de contacter plusieurs chefs d’Etat, parmi lesquels Houphouët-Boigny, Senghor, Yaméogo, Sékou Touré, N’Krumah et le roi Hassan II. Tshombé regagne alors Madrid, avec une escale à Paris, pour attendre les fruits de cette campagne africaine.

Revenu à Léopoldville le 26 juin 1964, Tshombé est désigné par Joseph Kasavubu le 1er juillet comme « informateur chargé de mission » pour constituer un nouveau gouvernement. Le 6 juillet, Tshombé devient le « formateur » du gouvernement de transition ; le 8 juillet, il remet au président de la République la liste de son cabinet ministériel ; et le 11 juillet, il prête serment avec ses ministres. Le 14 juillet (ironie du calendrier pour cette opération d’influence francophone), Adoula remet l’intégralité de ses pouvoirs à Tshombé. 

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