12/12/2011
Kinshasa Envoyé spécial - A la lecture des résultats détaillés de la présidentielle du 28 novembre en République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre), on comprend mieux pourquoi la Commission électorale nationale indépendante (CENI) avait préféré, dans un premier temps, cacher les chiffres qui ont conduit à la réélection controversée de Joseph Kabila.
Le chaos logistique du scrutin ajouté aux très lourds soupçons de manipulations des votes enlève en effet toute "crédibilité" au processus électoral, comme l'ont noté, dimanche 11 décembre, les observateurs indépendants du centre Carter, l'organisation non gouvernementale la plus impliquée dans la surveillance de cette deuxième élection pluraliste depuis l'indépendance de l'ancienne colonie belge en 1960.
Ainsi, le régime en place a grossièrement dopé le réservoir naturel de voix de Joseph Kabila dans le Katanga, au sud-est de la RDC. Dans cette province, la plus riche du pays, "il a été rapporté des taux de participation allant de 99 % à 100 %", contre 58 % au niveau national, "ce qui est impossible", relève le centre Carter. Certes, l'appartenance ethnique du candidat est un facteur déterminant dans le choix des électeurs. Mais l'ONG s'étonne que dans la circonscription de Kabongo, entre autres incongruités, 227 885 voix ont été comptabilisées en faveur de Joseph Kabila et seulement 3 pour les autres candidats, au nombre de dix.
C'est peu dire que l'opposant Etienne Tshisekedi, arrivé deuxième à la présidentielle avec 32 % des suffrages, soit 17 points de moins que le président sortant, n'affiche pas les mêmes performances dans ses propres bastions. Dans la capitale Kinshasa, où l'on peut légitimement affirmer que le vote y est plus facile à organiser que dans les zones rurales du pays accessibles seulement en pirogues, la CENI reconnaît avoir "perdu" près de 2 000 plis des résultats des bureaux de vote. "Ce sont quelque 350 000 électeurs qui ne seront jamais comptés", note l'ONG. Et cela, rien que pour la capitale.
Au bout du compte, Joseph Kabila a été crédité de plus de trois millions de voix d'avance sur son principal rival par la CENI. Le centre Carter avance prudemment que ses constatations ne signifient pas "que l'ordre final des candidats est forcément différent" de celui annoncé par la CENI, mais "uniquement que le processus de traitement des résultats n'est pas crédible".
Tout cela devrait être du pain bénit pour l'opposition qui, paradoxalement, offre une stratégie de contestation bien peu lisible. Plutôt que de demander l'annulation d'un scrutin pollué par tant d'irrégularités, Etienne Tshisekedi, 79 ans, a préféré s'autoproclamer vainqueur de la présidentielle avec 54 % des voix.
"Nous ne ferons aucun recours devant la Cour suprême de justice parce que c'est une officine privée de Joseph Kabila", explique Albert Moléka, l'un des plus proches conseillers du vieil opposant. "Nous attendons la réaction de la communauté internationale", avance-t-il.
A ce jour, les capitales occidentales se sont contentées d'appeler les deux parties à la retenue. Mais rien ne dit que la médiation internationale demandée par l'opposition congolaise verra le jour.
"Le Sphinx de Limete", en référence au quartier kinois d'où cet opposant mène son combat politique depuis l'ère du maréchal-président Mobutu Sese Séko, a aussi choisi de retenir "ses combattants" après avoir menacé d'une insurrection populaire. "Nous le faisons au risque de leur démobilisation", admet M. Moléka.
Dans un pays ravagé jusqu'en 2001 par des guerres, la population, essentiellement hantée par sa survie économique quotidienne, sait très bien qu'elle trouverait face à elle un appareil de sécurité aux méthodes particulièrement musclées. Et Kinshasa, ce week-end, avait des allures de ville morte, quadrillée par la police et la garde républicaine. "Nous ne tolérerons aucune manifestation à caractère hostile", a prévenu le commissaire général de la police nationale, le général Charles Bisengimana.
c'est une vraie honte, ces éléctions entachées de plusieurs irrégularités, comment on peut voler aux Congolais le Président de leur choix, leurs voies ont été tout simplement volées.
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