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vendredi 9 décembre 2011

Joseph Kabila sort vainqueur de l'élection présidentielle en RDC

LEMONDE.FR
09/12/2011 18 h 52

Le président sortant de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila,
a été proclamé vainqueur de l'élection présidentielle vendredi 9 décembre.
AFP/GWENN DUBORTHOMIEU

Le président sortant de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, a été proclamé vainqueur de l'élection présidentielle à un tour du 28 novembre, a annoncé vendredi 9 décembre la Commission électorale nationale indépendante (CÉNI). Selon les résultats provisoires, invérifiables, communiqués par la CÉNI, Joseph Kabila, 40 ans, l'a emporté avec 48,97 % des voix, devant l'opposant Etienne Tshisekedi, qui a totalisé 32,33 % des suffrages. Le taux de participation est de 58,8 %, selon la CÉNI.


Quelque 32 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes pour ce scrutin à un tour couplé aux élections législatives pour élire 500 députés. Joseph Kabila a obtenu quelque 8,8 millions de voix, soit 3 millions de plus que Tshisekedi, 78 ans, opposant historique qui avait boycotté les élections de 2006.

Tshisekedi a réfuté ces résultats vendredi, accusant la CÉNI de fraude en faveur du président sortant."Je considère [ces résultats] comme une véritable provocation à notre peuple et je les rejette en bloc. En conséquence je me considère depuis ce jour comme le président élu de la République démocratique du Congo", a déclaré vendredi M. Tshisekedi. "Je vous exhorte à rester soudés […] derrière moi pour faire face aux événements qui vont suivre", a-t-il poursuivi avant d'en appeler à la communauté internationale pour faire en sorte que "le sang des Congolais ne puisse plus couler sur le sol de ce pays".

INCIDENTS ET TIRS À KINSHASA
Après l'annonce de la victoire de Joseph Kabila, des incidents ont éclaté et des tirs ont été entendus vendredi dans certains quartiers de Kinshasa. Dans le quartier central de Bandale, des jeunes ont incendié des pneus et jeté des pierres en direction de policiers armés qui ont été déployés en force dans la zone. Des tirs ont été entendus dans ce quartier et également dans l'est de la ville, et des pillages ont été signalés notamment à Kintembo, dans le nord-ouest, selon des témoins.

Dans les rues de la Gombe, le quartier des ministères et des ambassades, de nombreux supporteurs de Kabila exprimaient leur joie après l'annonce du résultat, au son de klaxons de voitures et de sifflets.

Le camp Tshisekedi avait rejeté les décomptes de la CÉNI dès l'annonce de chiffres partiels, le 2 décembre, qui donnaient Kabila en tête, les qualifiant d'"illégaux et tendancieux" et estimant qu'ils ne reflétaient pas "la vérité des urnes". Cette contestation a alimenté les craintes de violences, après une fin de campagne meurtrière, un double scrutin chaotique et émaillé de nombreuses irrégularités selon des observateurs étrangers, ainsi que des accusations de fraudes (voir la réaction du Quai d'Orsay en encadré).

LA JUSTICE INTRAITABLE EN CAS DE DÉBORDEMENTS
La Cour suprême de justice (CSJ) doit proclamer officiellement le vainqueur le 17 décembre, après traitement des éventuels recours et contentieux. Cette cour sera "impartiale" et la justice intraitable en cas de débordements post-électoraux, a affirmé vendredi le ministre de la justice, Emmanuel Luzolo Bambi. "On ne peut pas préjuger de la partialité de la CSJ", a-t-il-argué. Le nouveau président élu pour cinq ans doit prêter serment le 20 décembre.

Ces chiffres tombent après de nombreux reports de l'annonce des résultats depuis une semaine. Jeudi, l'organisation humanitaire International Crisis Group (ICG) a tiré la sonnette d'alarme en estimant que le pays "pourrait plonger à nouveau dans un important cycle de violence". ICG a appelé l'ONU, l'Union africaine et l'Union européenne à "envoyer de toute urgence une mission de haut niveau pour entamer une médiation entre factions rivales et trouver une solution alternative à la crise".

JOSEPH KABILA, CHEF D'ÉTAT DISCRET AU POUVOIR DEPUIS DIX ANS
Fils d'un ex-rebelle devenu président par les armes, Joseph Kabila s'est installé à la place de son père assassiné en 2001, à 30 ans. Il fut ensuite élu une première fois en 2006 président de la République démocratique du Congo, face à Jean-Pierre Bemba, aujourd'hui jugé à la Cour pénale internationale.

Dès le déclenchement de la guerre contre Mobutu en septembre 1996, il rejoint son père rebelle et évolue dans l'ombre de James Kabarebe, un militaire rwandais qui prendra la tête de l'armée après l'accession de Laurent-Désiré Kabila au pouvoir en mai 1997. Bombardé général-major, Joseph Kabila part en Chine pour une formation militaire, mais rentre précipitamment à cause d'une nouvelle rébellion en août 1998, prémisse d'une guerre régionale qui durera jusqu'en 2003. Après une difficile transition, il est élu en 2006 en promettant la paix et la reconstruction à son pays ravagé par la guerre.

Aujourd'hui, celui que ses partisans appellent "Raïs" a certes gagné en assurance, mais reste toutefois loin de l'image écrasante de son père, Laurent-Désiré Kabila, qui avait mis fin à trente-deux ans de pouvoir du maréchal Mobutu. Kabila junior, lui, cultive plutôt le mystère et reste très peu présent dans les médias et les cérémonies hors d'Afrique.

OMNIPRÉSENT À LA TÉLÉVISION NATIONALE
Durant la campagne électorale, disposant d'un gros budget, il a visité les onze provinces du pays. On a vu son visage partout, décliné sur des affiches et à la télévision nationale, qui a suivi ses moindres faits et gestes. Dès le début de sa campagne, il s'est dit "sûr" de ne pas perdre avec un bilan qui, dit-il "sans fausse modestie, est positif".

Ses détracteurs l'accusent de diriger une "dictature", "une pseudo-démocratie où le régime a cette souplesse de terroriser les populations", dit un proche de son rival Etienne Tshisekedi.
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Paris appelle Kinshasa à respecter l'Etat de droit
Paris a appelé vendredi les autorités de la RDC à "assurer l'ordre public dans le respect de l'Etat de droit". En relevant, "comme l'ont souligné les observateurs de l'Union européenne", que l'élection a été marquée "par de nombreuses et sérieuses défaillances et irrégularités", la France "appelle tous les acteurs politiques congolais à faire preuve de retenue et d'esprit de responsabilité", estime le Quai d'Orsay dans un communiqué.
Il n'est fait mention nulle part dans le texte de la victoire de Joseph Kabila. La France "invite les candidats qui souhaiteraient contester les résultats provisoires à le faire en utilisant les voies de recours légales. Elle condamnera toute incitation à la violence" conclut ce dernier.

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