07/07/2014
par Siegfried Forster
du 4 au 8 juillet, dans la Cour du lycée Saint-Joseph.
Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon
C’est un spectacle aussi invraisemblable que génial qui est en train de conquérir les cœurs des festivaliers à Avignon. Coup fatal, né d’une idée du contre-ténor congolais Serge Kakudji et réalisé avec la complicité du musicien belge Fabrizio Cassol et du chorégraphe Alain Platel, propose un concert-chorégraphique de 13 musiciens et danseurs de Kinshasa qui brassent le baroque européen avec les rythmes congolais, les arias de Bach avec la rumba congolaise.
« Bravo », « Merci », voilà les réactions des spectateurs après une heure et demie de bonheur au milieu d’un Festival bousculé par les préavis de grève et une météo capricieuse. Un concert-chorégraphique mis en espace par le chorégraphe belge Alain Platel, mais surtout célébré par la voix céleste de Serge Kakudji, 26 ans, et un orchestre pas comme les autres : des musiciens de Kinshasa, débordants de créativité, qui mettent leurs percussions, balafons, kalimba, 36 Seke, likembe, xylophones, au service d’arias d’opéra du baroque européen : de Bach en passant par Monteverdi jusqu’à Rossini. C’est la magie de la pièce de voir fusionner la musique classique baroque avec la rumba congolaise ou d’autres musiques congolaises traditionnelles et populaires, du rock et du jazz. A cœur ouvert, Coup Fatal transperce les styles, les genres et les époques.
Ce n’est pas avec une baguette, mais avec sa guitare électrique et sa casquette dorée en paillettes que Rodriguez Vangama dirige les 13 musiciens et danseurs. C’est lui qui donne le tempo, la mesure et lance les attaques musicales et dansées si virtuoses et excentriques.
e décor est aussi simple qu’efficace. Des chaises en plastique bleu, ça suffit pour se rincer les yeux, évoquer l'ambiance kinoise et des numéros de danse sur le siège qui frôlent l’extase. Trois rideaux en perles du sculpteur Freddy Tsima clôturent la scène. Ils brillent comme un château en cristal, mais, patatras, les perles s’avèrent être des douilles de munition et nous rappellent que le Congo a connu des guerres meurtrières pas si longtemps. Un passé triste évoqué aussi dans des pas de danse. Un pied qui traîne avant de s’élever vers le ciel. Un mouvement qui transforme la perte d’une jambe en force vitale et, repris et synchronisé en groupe, ressuscite la société.
Dans Coup fatal, la réminiscence au passé douloureux n’empêche certainement pas la joie et l’éloge de la vie et de la beauté. Dans la dernière partie du spectacle, les artistes se transforment en dandys de Kinshasa chantant avec beaucoup d’allégresse l’hymne des « sapeurs » : « Bien coiffé, bien rasé, bien habillé, bien parfumé ». La joie de vivre qui résiste à la misère et la guerre. De la poésie pure. Un cadeau à recevoir encore jusqu’au 8 juillet au Festival d’Avignon. Après, Coup fatal continuera en Italie, en Allemagne et en Belgique sa tournée mondiale de deux ans.
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