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lundi 22 décembre 2014

Jean-Pierre Bemba. L’homme et ses hommes

Congo Independant 
21/12/2014

Wina Lokondo
Dès la publication de la composition du nouveau gouvernement Matata II, toutes les oreilles ont aussitôt été tendues vers La Haye, à la CPI où est détenu, depuis six ans, un homme, Jean-Pierre Bemba, président national du MLC. Et pourquoi ? Parce que trois hommes de son parti, parmi eux le secrétaire général Thomas Luhaka, ont été nommés ministres dans le nouvel exécutif national. On a attendu impatiemment, de sa part, un mot, la réponse à l’interrogation qui allait de soi : ont-ils reçu son accord ? Si oui , Bemba s’est donc allié à Kabila, aurait-on constaté. Et cela aura sans doute été une inespérée et grosse prise pour ce dernier. Et, à cette hypothèse, quelle transaction se serait-elle passée entre les deux personnes ? 

Telles sont les questions que tout le monde s’est posé et qui ont donné libre cours à toutes sortes de supputations. Tout le monde : d’abord, les cadres et les militants du MLC surpris pour n’avoir nullement entendu parler, les jours précédents, des tractations « officielles » entre leur parti et la majorité présidentielle ; ensuite, les partis alliés du MLC au sein de l’opposition « radicale » qui refusent tout schéma de partage de pouvoir, d’une nouvelle Transition qui occasionnerait une prolongation du mandat de Joseph Kabila – appelé, par l’article 220, à se diriger vers la porte de sortie avant fin décembre 2O16 - ; enfin, les observateurs et les analystes politiques de tous les bords, nationaux et étrangers, qui y ont vu un grand coup de maître joué et réussi par le président de la République qui se serait ainsi « offert » le parti de son redoutable adversaire. Trop beau pour être vrai, ont estimé les sceptiques qui ont préféré patienter avant de tirer des conclusions.

Jamais, de l’histoire du Congo, la parole d’un détenu n’aura été attendue et aura pesé sur la psychologie des milliers de gens…libres. Une parole qui devait sauver ou damner des âmes. Bien que cloîtré, privé de sa capacité de mouvement, l’homme garde celle d’une influence à distance, ce pouvoir de peser sur les gens et sur les événements qui fait la nique à la géographie, qui défie l’espace et la nécessité d’une présence physique. Et qui donne des insomnies à ceux qui, dans le pays, détiennent l’effectivité du pouvoir d’Etat et qui sont en contact direct avec la population qu’ils s’efforcent à tenir en respect. 

Le suspens aura duré une semaine. Le temps que le document contenant la décision du président national du MLC soit authentifié par l’administration de la CPI. Arrivé à Kinshasa le 14 décembre, et séance tenante, le pli a été ouvert devant quelques hauts cadres du parti urgemment convoqués quelques heures auparavant. Le tranchant couperet est finalement tombé et a « coupé » des têtes. Pour avoir trahi le parti et la confiance du chef, Thomas Luhaka est démis de sa fonction de secrétaire général. Il est remplacé à cette charge par la députée nationale, la très active et fidèle bembiste Eve Bazaïba. Sans autre forme de procès, Germain Kambinga et Omer Egbake devraient également quitter le MLC. Désormais au pouvoir, ils ne peuvent donc plus se prévaloir de l’opposition. On ne peut, dans une démocratie, être à la fois dans l’un et l’autre. 
Une porte ne peut être ouverte et fermée au même moment… 

Concernant particulièrement Thomas Luhaka, sa nomination a fini par confirmer les potins qui bruissaient dans les salons et les bars kinois – et les soupçons qui pesaient sur lui de la part de certains cadres et dirigeants du MLC qui le disaient ne plus avoir le cœur à la cause du parti. L’homme était devenu moins combatif et n’impulsait plus rien. Ayant abandonné le terrain, le mouvement de Jean-Pierre Bemba – qui pourtant a une forte assise populaire en RDC – était réduit à un parti de tièdes communiqués de presse. Au moment, par exemple, où Vital Kamerhe et Martin Fayulu affrontent le pouvoir au corps à corps, l’un dans les rues de villes de l’Est du pays et l’autre pétionnant dans celles de Kinshasa, avec ce que cela coûte en tracasseries et menaces habituelles, Thomas Luhaka passe ses temps au bureau à compulser les livres d’histoire du Congo qu’il raconte – excellemment bien, il faut néanmoins le reconnaître – à travers les radios et les télévisions. Ses détracteurs n’ont pas manqué de trouver une justification à cette mollesse militante : sa province, le Maniema. D’où sont également originaires le premier ministre Matata Ponyo, l’actuel ministre de la Justice Tambwe Mwamba et la mère du chef de l’Etat avec laquelle il serait, dit-on, proche par son épouse. Thomas Luhaka aurait-il succombé aux insistantes sirènes de la terre natale ? 

Cette nouvelle défection des « hommes » de Jean-Pierre Bemba appelle plusieurs considérations. Elle confirme d’abord le phénomène de transhumance, de « vagabondage » politique qui particularise la classe politique congolaise. Changer de parti ou de famille politique est devenu un non-événement à l’ex-Zaïre. Car y sont nombreux les politiciens-butineurs qui ont eu à parcourir et à adhérer à plus de quatre ou cinq partis successifs où, dans la plupart des cas, ils entrent et en sortent non pour des raisons idéologiques. Dans un environnement où les vrais débats doctrinaux et programmatiques sont absents, où les clivages idéologiques droite/gauche, extrême droite/extrême gauche ne sont pas connus du grand nombre d’acteurs politiques, l’adhésion au parti est dès lors fonction d’affinités amicales, tribales ou de stricts intérêts personnels, financiers ou professionnels. L’acquisition des biens matériels devient ainsi le seul objectif et tient lieu, pour certains - et ils sont nombreux, de projet politique. 

Doit-on alors s’étonner que les uns et les autres « se donnent » au plus offrant, au « mieux disant » ! Et qui n’est autre que le détenteur du pouvoir, celui qui tient les cordons de la bourse, qui nomme aux hautes fonctions publiques et qui estime, dans les pays de dictature, avoir droit de vie et de mort sur tout le monde. La tentation de faire le pas est forte et le ruisseau est vite traversé. Thomas Luhaka, Germain Kambinga et Omer Egbake (comme Olivier Kamitatu, François Mwamba, Ives Kisombe, Valentin Senga, Tambwe Mwamba, tous « anciens hommes » de Jean-Pierre Bemba ) l’ont, bien malgré eux, enjambé. Résister aux attraits du pouvoir, s’astreindre à une longue cure d’opposition devient alors un haut fait d’honneur, une grande preuve de fidélité au parti, à son camp politique. 

Mais quels objectifs les gens au pouvoir visent-ils à atteindre en débauchant les cadres des partis d’opposition ? Affaiblir ces derniers? Fragiliser les coriaces et embêtants adversaires ? Parvient-on à tous les coups à les déstabiliser ? Cela entame-t-il pour autant leur détermination au combat ? L’histoire du pays montre que non. Durant la Deuxième République, la « pêche » aux opposants fut une obsession du pouvoir. Le maréchal Mobutu n’est toutefois pas venu à bout d’Antoine Gizenga et de Laurent-Désiré Kabila malgré qu’il soit parvenu à retourner quelques autres vieux lumumbistes. Au fil des ans, l’Udps a été vidée de ses nombreux cadres qui se sont retrouvés sous les griffes de « l’aigle de Kawele ». Le parti a survécu à ce dernier et est aujourd’hui le deuxième parti politique de la RDC. 

La raison en est qu’on peut débaucher les cadres d’un parti, mais jamais toute sa base. Depuis plus de trente ans, la base de l’Udps se reconnaît en la personne d’Etienne Tshisekedi. Ce dernier tire sa légitimité de son « non » courageux à Mobutu quand le oui était imposé, collectivement de mise, commode. Il arrive répétitivement dans l’Histoire que, à chaque période, des personnalités incarnent une idée, l’espérance, le destin des milliers de leurs contemporains. Le débauchage des personnes qui leur sont proches ne peut ainsi nullement avoir d’effet sur leur « historique » légitimité. Charles de Gaule, Mahatma Gandhi, Nelson Mandela, Sekou Touré, Patrice Lumumba et bien d’autres illustres personnes tiennent leur grande aura du « non » qu’ils ont opposé aux oppresseurs de leurs peuples. 

Après sa prise de pouvoir en 1997, Laurent-Désiré Kabila avait aussitôt interdit les activités des partis politiques et installé un pouvoir totalitaire dont il fallait très vite stopper les dérives. L’unique moyen efficace pour cette action de résistance fut celui des armes. Des vaillants compatriotes s’y étaient investis. Un homme, Jean-Pierre Bemba, acteur économique de son état, décida, lui aussi, d’apporter sa part à cette entreprise de libération du peuple congolais en renonçant à sa très douillette condition de vie. C’est par ce « non » à la tyrannie, par ce sacrifice pour une action armée consenti par un jeune fortuné, auquel se sont ajoutées ses autres qualités personnelles, que Jean-Pierre Bemba est entré dans le grand club des leaders historiques. Sa légitimé originelle – précédant, celle, électorale (Jean-Pierre Bemba avait, pour exemple, obtenu 90% des voix dans la ville de Kinshasa, la Capitale du pays, au deuxième tour de l’élection présidentielle de 2006 contre 10% à son adversaire Joseph Kabila) - est donc celle de l’action, de la bravoure. Légitimité qu’il fait rejaillir sur les autres, qu’il transfert à ses « hommes » : Jean-Pierre Bemba adoube et fait élire. 

Comme Papa Wemba, Koffi Olomide et Nyoka Longo incarnent, depuis des décennies, respectivement Viva la Musica, Quartier Latin et Zaïko Langa-Langa et en constituent les moyeux, Etienne Tshisekedi et Jean-Pierre Bemba sont tout autant ces éléments fixes autour desquels les rotations de cadres se font et se feront encore longtemps. Les départs ou les débauchages de leurs musiciens ou de leurs collaborateurs auront difficile à entamer leur leadership et ne parviendront sans doute pas à faire disparaître leurs partis qu’ils ont la capacité, comme ces trois grands artistes, de régénérer, de renouveler. Tshisekedi et Bemba vivant, leurs mouvements continueront d’exister. Et pourraient même survivre après leur mort si… 
Wina Lokondo

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