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mardi 9 décembre 2014

On n’arrête pas de voler la mort de Steve Biko

Il y a quelques jours, je vous informais de la publication des écrits de Steve Biko, intellectuel et militant sud-africain, battu à mort par la police, à l'âge de 31 ans, le 12 septembre 1977.

Voici ci-dessous un article du Journal "Le Monde" revenant sur les détails de sa mort.

LE MONDE
09/12/2014 
Par Jean-Philippe Rémy (Johannesburg, correspondant régional)

Lettre de Johannesburg.
C’était une de ces nuits capables d’obscurcir les journées, dans la monotonie de l’oppression raciale. En 1977, l’Afrique du Sud est un pays où la mort, elle aussi, a une couleur. L’année précédente, une insurrection a éclaté à Soweto. C’est la seule bonne nouvelle. Depuis quelque temps, le mouvement de lutte contre l’apartheid a été aplati par une répression sauvage. La plupart des leaders de l’ANC sont en exil ou en prison.

Steve Biko en 1977. | SOWETAN FILES/AFP 

Derrière le feu qui reprend à Soweto, il y a les idées d’un homme. Il s’appelle Steve Biko. Il a créé le mouvement du Black Consciousness. Il redonne envie de lutter, d’être digne. Il n’est certes pas le philosophe parfait, mais il est séduisant, d’une élégance intellectuelle qui attire le respect. La police le hait. On l’a arrêté le 18 août. Depuis, il a été mis au secret et on le bat. Cela dure depuis des jours. En cette nuit de septembre, il agonise, nu, menotté, sur le plateau arrière d’une Land Rover de la police qui parcourt tranquillement les 1 200 km de route entre Port Elizabeth, sur la côte sud du pays, et Pretoria. 


Unité particulièrement brutale
A l’arrivée, on le jette à même le sol d’une autre cellule. Le 12 septembre, c’est fini. Les autorités annoncent que le détenu est mort des suites d’une grève de la faim. Toujours ce culot ricanant, ce « foutage de gueule » comme un dernier coup. Plus tard, les policiers qui l’ont battu à mort seront, bien entendu, innocentés. 

Et de l’autopsie pratiquée par un groupe de médecins, on n’entendra plus parler. Donald Woods, un journaliste blanc, ami de Biko, va se faufiler à l’intérieur de la morgue juste après, et prend un cliché du corps. Le visage déformé du leader du Black Consciousness deviendra l’une des images fortes de la répression sud-africaine. Mais de rapport, point. 

La dépouille de Steve Biko, assassiné en 1977 par la police sud-africaine 
à force de tortures et de passage à tabac. | DR 

Avec le temps, on a fini par apprendre l’essentiel de ce qu’a enduré Steve Biko après son arrestation. Xolela Mangcu, universitaire et auteur, a résumé ses derniers jours dans une biographie*. Ce n’est pas beau à lire, mais c’est la vérité et, à tout prendre, une chose à ne pas perdre de vue pour qui juge l’Afrique du Sud aujourd’hui en oubliant que ces faits ne remontent pas à la dernière glaciation. 

A Port Elizabeth où il avait été transféré, Steve Biko a échoué au Sanlam Building, où opérait une unité particulièrement spéciale, particulièrement brutale, des services de police. Il a été sommé de rester debout, quoi qu’il advînt. 

Il était nu, déjà. Il va le rester des jours et des jours. On le passe à tabac chaque fois qu’il s’effondre. Un policier a l’idée de l’accrocher par ses menottes, par les mains et les pieds, à la grille de la cellule. Ainsi restait-il enfin debout, comme on le lui avait ordonné. 

Après ces multiples mauvais traitements, de quoi est-il décédé, à la fin ? La question touche à l’histoire de l’Afrique du Sud, à l’intimité de la famille Biko, et aussi à l’éventualité de poursuites, un jour, des policiers survivants. L’absence de rapport d’autopsie, à cet égard, constituait donc un triple manque. 

Ceci jusqu’au 1er décembre, lorsque la maison de vente aux enchères sud-africaine Westgate Walding annonce par surprise sur son catalogue en ligne la mise à l’encan du lot 101 : ce rapport, deux pièces jointes et un autre rapport d’autopsie concernant un autre martyr de l’époque, Ahmed Timol, défenestré par la police. 

Hémorragie cérébrale 
Une heure avant qu’elle ait lieu, une action du fils de Steve, Nkosinathi Biko, devant la Haute Cour de Johannesburg, bloque la vente in extremis. Reste à comprendre d’où sort ce document. A-t-il été volé récemment dans les archives de l’université de Witwatersrand où l’autopsie avait été menée, comme l’affirme Nkosinathi Biko ? Il semble plutôt qu’il ait été caché dès l’origine par l’un des médecins ayant participé à l’examen post mortem. Le texte est signé du docteur Sydney Neville Proctor, notamment la partie relative à l’état du cerveau de Steve Biko, mort sans doute d’une hémorragie cérébrale. Mais c’est un autre médecin qui a subtilisé l’original ou établi une copie. 

Le docteur Jonathan Gluckman avait été choisi par la famille Biko pour figurer dans l’équipe représentant le corps médical lors de l’autopsie. Il avait alors reçu des menaces de mort. Effrayé, il n’aurait pas diffusé le rapport de 43 pages tapé sur du papier vert pâle. Il aurait même eu peur de le conserver, préférant le confier à sa secrétaire de l’époque, une certaine Maureen Steele, pour qu’elle le cache. Avant de l’oublier. Mme Steele est décédée récemment. Ce sont ses enfants qui en ont hérité et décidé de mettre le document aux enchères. Prix de départ 70 000 rands (5 000 euros). Le rapport, dont les héritiers Steele affirment qu’il s’agit d’une « copie », est toujours entre les mains de la maison d’enchères. Nkosinathi Biko, qui préside la Fondation Steve-Biko, leur a donné jusqu’au 8 décembre pour le confier à son organisme, dédié à la mémoire de son père mais aussi à l’édification générale, et à présenter leurs excuses pour s’être mis sur le chemin de l’Histoire de leur pays, motivés par des raisons mercantiles. 

* Biko, A Biography, Trafelberg, 2012 (non traduit). 
Jean-Philippe Rémy (Johannesburg, correspondant régional) 

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