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dimanche 25 janvier 2015

Freddy Tsimba, le sculpteur congolais qui veut « soigner » la mort

Le Monde.fr 
24/01/2015 
Par Habibou Bangré (Kinshasa, République démocratique du Congo)

L'artiste congolais Freddy Tsimba devant une de ses sculptures représentant une femme victime de viol.  
Crédits . Habibou Bangré

Monumentales. Saisissantes. Inoubliables. Les créations de Freddy Tsimba, toutes de fer conçues, restent gravées en mémoire. Comme ses fameuses « silhouettes effacées » – des troncs d’hommes, de femmes et d’enfants nés de la savante soudure de capsules, de fourchettes, de cuillères ou de clés, mais aussi de douilles et de cartouchières, foisonnantes en République démocratique du Congo où, dans l’est, des groupes armés locaux et étrangers sèment la mort depuis une vingtaine d’années. 

Tout jeune déjà, Freddy Tsimba pratiquait l’art de la ferraille. « Étant né dans une famille nombreuse, il fallait se débrouiller : je m’en suis sorti en fabriquant des voitures en fil de fer pour mes amis. Leurs papas me commandaient des jouets, ce qui me permettait de m’acheter des sous-vêtements, des tee-shirts à la friperie, dans les marchés les plus proches de notre maison », se souvient l’artiste de 47 ans, né dans une famille de 15 enfants : sept garçons et huit filles. 

Fétichiste du chiffre 9, « symbole de la vie »
Sur les bancs de l’école, il nourrit une passion pour l’histoire et la géographie. Mais il a l’art dans la peau. « J’ai fait des études en arts plastiques (…) puis des études supérieures à l’académie des Beaux-Arts de Kinshasa, en option sculpture monumentale, que j’ai finies en 1989. Après, je suis allé chez les maîtres fondeurs pendant cinq ans pour apprendre les techniques du feu… J’ai toujours aimé aller jusqu’au bout de mes idées : un petit chercheur en herbe ! », commente-il, le sourire toujours doux et bienveillant. 

Pourquoi forger des êtres hors normes ? La démarche est militante. « C’est un désir de graver l’événement, de donner plus de présence à la confrontation visuelle du spectateur, mettre en lumière les dégâts causés par l’homme. » Des dégâts comme la pollution, la guerre ou encore le viol, un véritable fléau dans son pays. Son œuvre ironiquement baptisée « L’Extase » présente ainsi une femme sur le dos, jambes écartées, une main tendue vers le ciel, qui tente, en vain, de repousser son agresseur. 

« On oublie vite que les guerres ont fait des millions de victimes (…) La guerre n’amène que les pleurs. » Alors le fétichiste du chiffre 9 – qui symbolise pour lui la vie, par analogie aux neuf mois d’une grossesse – sensibilise et essaie de conjurer le sort. D’où la présence importante de femmes, souvent enceintes, dans ses œuvres. Parfois, leur ventre est troué. Pas tant pour représenter la mort, plutôt l’inverse, même : il cherche à symboliser l’espoir, créer un appel d’air, montrer qu’il n’y a pas de fatalité. 

« Soigner la mort »
« Les femmes dans mes œuvres, c’est la vie que je cherche à scander à travers elles, à travers ces éléments de récupération qui dorment, jetés, qui ont tué. Je cherche à soigner la mort. Par elles, c’est la résurrection. La femme incarne la vie, c’est aussi elle qui souffre le plus dans les moments de guerre (…). Juste à voir les guerres à répétition dans nos pays, je ne peux que les honorer. Quand elles sont enceintes, je me dis que la vie renaît, que la vie ne s’arrête pas, la vie continue, et elle est belle et forte, malgré les fragilités et problèmes. » 

La collecte de la matière première est longue, minutieuse ou dangereuse. « Les capsules, je les récolte dans les bars, appelés communément nganda. Je les récupère le matin avant qu’on balaye les lieux. Pour les cuillères, couteaux, fourchettes… je les ramasse dans les rues de Kinshasa avec la complicité des shégés, les enfants de la rue de Kinshasa, qui me les revendent après. Je préfère ça que donner de l’argent [sans raison] à ces enfants. En plus, ils participent ainsi à la création de mon œuvre », explique le père de six enfants, dont trois adoptés, qui rêve de construire une école gratuite pour les jeunes défavorisés. 


Quant aux douilles et aux cartouchières, elles sont collectées « dans des lieux de guerres (…) au Congo – plus précisément à Kisangani, dans le Bas-Congo, à Kinshasa », où, habillé en guenilles, il se fait volontiers passer pour un fou pour ramasser les restes de munitions sans éveiller la curiosité, la réticence, voire l’hostilité, des hommes armés – qu’ils soient militaires ou rebelles. Il a par le passé aussi délocalisé sa moisson « en Afrique du Sud, [dans le township] à Soweto, et en Haïti ». 

À l’étranger, Freddy Tsimba a déjà exposé en Belgique, l’ex-colonisateur, au Canada, en Chine, en France, en Algérie, au Maroc, en Allemagne, en Afrique du Sud, à Haïti et Saint-Domingue. Récemment, il a construit « un rideau de 15 m sur 4 m (…) fait avec des douilles de cartouches récupérées » pour le spectacle d’opéra rumba « Coup fatal », en tournée mondiale. À Kinshasa, après une exposition à l’Institut français en juillet, et une à la biennale d’art contemporain en décembre, il espère bientôt peupler les rues de ses créatures.

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