28/02/2013
De gauche à droite : Sultani Makenga et Jean-Marie Runiga.
Photo d’archives AFP
La nouvelle était connue à Bruxelles ce jeudi 28 février aux premières heures du matin. La décision a été prise par le «haut commandement militaire» en accord avec le congrès de ce mouvement rebelle. Outre «l’incapacité et l’incompétence», il est reproché à Jean-Marie Runiga Lugerero une mauvaise gestion ainsi que des « contacts » avec le « général » Bosco Ntaganda «recherché par la Cour pénale internationale». Numéro deux du Mouvement, le colonel Sultani Makenga - promu « général » par ses camarades - assume désormais les fonctions de chef politique du M23. «Le Congrès désignera le nouveau président du M23», assure un haut cadre de cette organisation qui a contacté la rédaction de Congo Indépendant jeudi matin.
Les dirigeants du M23 ont manifestement passé une nuit blanche. Une version moins sanglante de "la nuit des longs couteaux". A preuve, ce communiqué
«portant destitution du président du Mouvement du 23 mars». Daté du mercredi 27 mars, le texte n’a été transmis aux médias que jeudi 28 vers 7 heures. Le communiqué porte la signature du «général de brigade» Sultani Makenga agissant par délégation du «Haut commandement militaire».
Et revoici Bosco Ntaganda...
La communication aux allures de requisitoire commence par rappeler «la nécessité de garantir la défense et la protection de la noble cause qui a présidé à la création du Mouvement du 23 Mars», viennent ensuite les griefs retenus à l’encontre de Runiga :
- «Considérant l’incapacité de Monsieur Jean-Marie Runiga Lugerero à conduire la vision du Mouvement du 23 Mars et à mettre en oeuvre son programme politique ;
- Considérant l’incapacité de l’intéressé à définir une orientation politique générale aux différentes structures du Mouvement en vue de leur assurer la visibilité requise et appropriée à la défense de la cause ;
- Attendu qu’il est établi en fait ce jour que Monsieur Jean-Marie Runiga Lugerero a offert de manière illégitime de l’espace politique aux personnes inconnues du Mouvement, en l’occurrence le général de brigade Bosco Ntanganda, leur permettant d’exercer une influence négative sur les décisions du Mouvement au plus haut niveau ;
- Attendu que l’intéressé, pendant son mandat à la tête de notre organisation, a détourné les ressources financières du Mouvement pour appuyer des activités illégitimes et prohibées, notamment le recrutement des cadres politiques et militaires pour le compte du général de brigade Bosco Ntaganda dont il est aujourd’hui subordonné, faits ayant permis à ce général de tenter une incursion dans l’ espace sous notre contrôle pour y semer troubles et divisions ».
Le texte de poursuivre :
- "Attendu qu’il pèse sur Monsieur Jean-Marie Runiga Lugerero plusieurs chefs d’accusation notamment la malversation financière, les divisions, la haine ethnique, l’escroquerie et le manque de professionnalisme et d’éthique politique ;
- Attendu qu’au cours de la réunion du Haut commandement militaire de ce jour, élargie aux membres du Conseil exécutif et aux cadres supérieurs responsables des différents services du Mouvement, l’intéressé a reconnu les faits lui reprochés et a, à cet effet, accepté de se plier à la décision définitive du Hautcommandement militaire ;
- Attendu que, dans ses conclusions, le Haut-Commandement Militaire a qualifié de haute trahison les faits reprochés à Monsieur Jean-Marie Runiga Lugerero".
Avant d’annoncer la décision de destitution et son remplacement le vice-président du Mouvement, on peut lire ce passage qui n’est pas sans intérêt :
- "Attendu qu’il sied d’assurer le bon fonctionnement du Mouvement et de le conduire réellement dans le processus de paix en ce moment où des signaux positifs sont émis par la communauté tant nationale qu’internationale pour garantir au conflit en République démocratique du Congo une issue pacifique et durable (...)".
Exit donc Jean-Marie Runiga. Selon le colonel Vianney Kazarama, contacté par l’AFP, l’ex-chef politique du M23 "a quitté la résidence qu’il habitait à Bunagana, à la frontière avec l’Ouganda, pour rejoindre le général Ntaganda dans le parc des Virunga". Ajoutant que "des militaires pro-Ntaganda ont quitté le M23 avec Runiga".
"Piètre communicateur"
Dès le lendemain de la "disparition" de Laurent Nkunda, le fondateur du CNDP (Congrès national pour la défense du peuple), le colonel Sultani Makenga était "labélisé"’ comme étant un fidèle parmi les fidèles du "général Laurent". Makenga était meurtri par l’éviction de ce dernier et son assignation à résidence depuis janvier 2009 au Rwanda. L’homme a attendu le mois de mai 2012 pour prendre sa " revanche". Dès le lendemain de la création du M23, il s’est empressé de se démarquer du "général" Bosco Ntaganda.
Issu de l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre) et du RCD (Rassemblement congolais pour la démocratie) - deux "rébellions congolaises" créées par les maîtres actuels du Rwanda -, Jean-Marie Runiga Lugerero est connu au Congo non seulement comme prédicateur mais aussi comme président du conseil d’administration du FPI (Fonds de promotion industriel) sous le régime de transition dit "1+4". "Président du mouvement insurrectionnel M23, commente un analyste, Runiga s’est révélé un piètre communicateur. Il n’a pas été capable de trouver les mots justes pour susciter une adhésion populaire massive à l’action du M23 alors que Joseph Kabila bat de record d’impopularité au sein de la population congolaise. L’éviction de Runiga montre la volonté des "rénovateurs" du Mouvement à s’insérer dans la légalité internationale conformément à l’Accord-cadre signé le 24 février à Addis Abeba".
Runiga a-t-il dit son dernier mot? On verra bien...
Baudouin Amba Wetshihttp://www.congoindependant.com/article.php?articleid=7844
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire