13/03/2013
Catherine Vincent
En direct de la CITES, Bangkok (Thaïlande)
Ils meurent en silence, bien plus qu’un éléphant abattu d’un coup de fusil. Mais les arbres, eux aussi, sont mis en danger d'extinction par le commerce illicite. Il faut donc se réjouir des décisions adoptées, mardi 12 mars, par les Etats présents à la Conférence des parties (CoP16) de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages (CITES), qui se tient à Bangkok (Thaïlande) jusqu’au jeudi 14 mars.
Grâce à elles, plusieurs dizaines de bois tropicaux d'Amérique latine, d'Asie et de Madagascar vont recevoir une protection accrue, par le biais de leur inscription à l’annexe II de la Convention.
Contrairement à l’annexe I, celle-ci n’interdit pas le commerce international, mais le soumet à des contrôles et à des permis d'exportation. Après l’inscription, la veille, de cinq espèces de requins et de deux espèces de raies manta à l’annexe II, c’est la deuxième bonne nouvelle de cette Conférence trisannuelle.
«Les requins hier, les bois aujourd'hui : il semble que nous sommes les témoins d'une nouvelle direction pour la CITES », s’est réjoui David Newton, directeur de l’association TRAFFIC pour l’Afrique orientale et australe.
Du côté des environnementalistes, l’ambiance était nettement moins festive il y a trois ans, lors de la CoP15 qui se tenait à Doha (Qatar). Les Japonais avaient alors mené un lobby très efficace, et empêché toute mesure de protection vis-à-vis des requins et du thon rouge de l’Atlantique d’aboutir : le business l’avait emporté.
La plupart des ligneux qui viennent d’être inscrits à l’annexe II sont utilisés dans la fabrication d’instruments de musique (touches de piano), de pièces d’échecs, ou encore d’éléments de mobilier et de décoration. Parmi elles figure notamment une cinquantaine d’espèces du genre Dalbergia de Madagascar : des arbres de bois de rose (ou palissandre) pour lesquels les ONG s’étaient fortement mobilisées, et qui sont abattus à tour de bras pour produire des meubles classiques destinés à la Chine.
« Autrefois considérés comme des articles de luxe uniquement accessibles aux riches, de tels meubles sont désormais très demandés par une classe moyenne qui ne cesse d'augmenter. Pendant la seule année 2011, on a ainsi assisté à une multiplication par quatre des prix de ces meubles », détaille le consortium Species Survival Network (SSN), qui réunit environ 80 ONG et travaille en étroite collaboration avec la CITES. Cette demande est également forte en Europe et aux Etats-Unis.
Ici : un film documentaire sur le trafic des bois exotiques
En réponse à ce marché lucratif, les abattages illégaux ont évidemment atteint des niveaux plus importants que jamais. Mettant en danger la survie même de certaines espèces.
« De nombreux Dalbergia ont des populations petites et fragmentées », précise le SSN. « Le niveau important et non-durable des prélèvements et le commerce illicite rampant mènent à des déclins de populations dramatiques et, dans certains cas, à des extinctions commerciales locales ». L’inscription à l’annexe II ne supprimera pas toutes les menaces pesant sur ces arbres à croissance lente. Elle n’empêchera pas la dégradation de leur habitat due aux pratiques de brûlis, aux feux de brousse et à l’essor de l’agriculture. Mais elle devrait à tout le moins aider les pays détenteurs de ces bois précieux à mieux appliquer leurs règlementations (à Madagascar, la loi interdit l'exportation de bois précieux depuis 2010). Et inciter les pays consommateurs à mieux contrôler leurs importations illégales.
Catherine Vincent
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