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vendredi 4 avril 2014

Rwanda, vingt ans plus tard : une nouvelle page s'écrit

LE MONDE DES LIVRES
02.04.2014 
Par Catherine Simon



Cérémonie pour les 20 ans du génocide, à Kirehe, dans l'est du Rwanda. Ben Curtis

Ne vous fiez pas au titre : De l'enfer à l'enfer (Books) ne finit pas si mal. C'est à son dernier fils, Randa, « descendant d'une antique lignée de princes », originaires « d'un immense petit royaume situé au cœur de l'Afrique » que Benjamin Rutabana, né il y a quarante-quatre ans au sud-ouest du Rwanda, dans une famille tutsi, ex-maquisard du Front patriotique rwandais (FPR) et musicien, dédie son incroyable histoire, à rebours des idées reçues.

Lire aussi l'entretien avec Scholastique Mukasonga : « Retrouver mon identité »

Le génocide des Tutsi du Rwanda expliqué aux enfants ? Oui, en partie. Mais guerre et après-guerre comprises, comme l'indique le sous-titre : Du Hutu Power à la dictature de Kagame. Le « Hutu Power » désigne les régimes de la majorité hutu, qui, depuis le début des années 1960, ont exercé un pouvoir sans partage sur le pays, transformant la minorité tutsi, autrefois dominante, en bouc émissaire idéal.

Jusqu'à l'explosion génocidaire d'avril 1994, longuement préparée : en moins de trois mois, les deux tiers des Tutsi – victimes d'une idéologie ethniciste et raciste développée sous le colonat belge et poussée à l'extrême par les Rwandais eux-mêmes – ont été tués. Soit, selon les estimations de l'ONU, quelque 800 000 morts. La grande majorité des personnes massacrées le furent durant les trois premières semaines d'avril, « coupées » à la machette, par des Hutu fanatisés, militaires gouvernementaux et voisins-miliciens mêlés. 

Vingt années ont passé : des centaines d'ouvrages, essais, témoignages ou romans ont été écrits sur la tragédie rwandaise. Dans le domaine des essais, celui de l'historienne américaine Alison Des Forges, Aucun témoin ne doit survivre, réalisé à la demande d'associations internationales de défense des droits humains, s'était imposé, dès sa publication, comme un ouvrage de référence. Fait exceptionnel, il l'est resté. Dans le champ littéraire, l'œuvre de l'écrivain-journaliste Jean Hatzfeld, d'une force inégalée, fait également figure de classique. Il publie, en cette année de commémoration, un nouveau récit, Englebert des collines (Gallimard). 

DANS LES MAQUIS DU FPR 
Marcheur et buveur infatigable, Englebert, qu'Hatzfeld avait rencontré au lendemain du génocide, n'a pas changé : ce Tutsi de Nyamata, dans le sud-est du pays, rongé par le souvenir des massacres, se raconte peu à peu, entre deux éclats de rire et quelques bouteilles de bière. Ce portrait bouleversant fait écho aux Récits des marais rwandais, rassemblant Dans le nu de la vie, Une saison de machettes et La Stratégie des antilopes, trilogie rééditée, pour l'occasion, en un seul volume. 


A côté de ces classiques, beaucoup de livres polémiques ou militants, parfois passionnants, continuent à être édités. Mais une page est en passe d'être tournée. Une littérature nouvelle s'annonce, qui rompt avec l'esprit de combat dans lequel beaucoup d'auteurs se sont lancés – et parfois perdus. Une génération d'historiens – qui étaient des adolescents en 1994 – est en train d'émerger. Hélène Dumas en fait partie. Elle publie un livre important, Le Génocide au village (Seuil), fruit d'une longue enquête de terrain, dont elle explique la genèse, dans un entretien au Monde, à paraître dans un supplément spécial « Rwanda », le 8 avril. 

Le livre-choc de Benjamin Rutabana illustre donc ce renouveau éditorial et cette nouvelle distance critique. C'est avec un beau culot que De l'enfer à l'enfer lève le voile sur des sujets jusqu'ici tabous. Parlant de son enfance, Benjamin Rutabana fait non seulement le récit des persécutions, petites et grandes, dont les siens furent victimes – lui-même ayant goûté aux prisons surpeuplées, aux bastonnades, aux discriminations ; mais, chose inédite, il témoigne, de l'intérieur, de la vie dans les maquis du FPR (qu'il rallie en 1991) et des duretés de la guerre des frontières – lancée à l'automne 1990, des montagnes de l'Ouganda. Les militaires français qui liront De l'enfer à l'enfer seront sûrement heureux d'apprendre que le « fameux canon 105 », livré aux troupes gouvernementales rwandaises par la France, a causé d'efficaces ravages, en mai 1992, à la veille de l'ouverture des négociations de paix, dans les rangs du FPR. 

« TUTSI DE L'INTÉRIEUR » 
Pour le reste, c'est le train-train du maquis : marches épuisantes, brutalité des gradés, sans oublier les exécutions sommaires et autres purges impitoyables. Les séances d'« éducation politique », organisées chaque soir, « à partir de minuit », afin de « bourrer le crâne » des jeunes recrues, font (presque) office de récréation. 

L'idéologie du FPR le « déconcerte » : le jeune maquisard apprend, « chose impensable » pour lui, que « Hutu et Tutsi ne forment pas des ethnies, encore moins des races différentes », mais « des classes sociales ». Il se sent déchiré : « Tutsi de l'intérieur », comme il se définit lui-même (par opposition aux exilés), il est à la fois séduit par l'idée d'être un « Rwandais à part entière », libéré du marquage communautaire, et révolté par l'amnésie que cela supposerait. « Tout cela est tellement naïf. Les enfants de la diaspora savent-ils que l'idéologie ethnique est une seconde nature au pays du président Habyarimana ? » 

De l'enfer à l'enfer, premier témoignage d'un ex-soldat tutsi du FPR, est aussi un violent réquisitoire contre les dérives de la révolution « patriotique » dirigée par l'actuel président Paul Kagame. Benjamin Rutabana, devenu chansonnier à succès, en fait lui-même les frais. Arrêté, torturé à plusieurs reprises, il a fini par gagner l'Europe. Où il continue de chanter (il vient de sortir un album, Amnesia, chez NDH Music), en espérant, dit-il à la fin de son livre, que « s'apaise la colère des dieux mortels, qui règnent aujourd'hui encore sur pays ». 

Nous sommes bien loin, ici, des controverses opposant les « anti »- et les « pro »-FPR, plus loin encore des thèses négationnistes, invoquant un « double génocide » des Tutsi et des Hutu, lesquelles ne font plus recette – à Paris pas plus qu'à Bruxelles. Le temps a passé, rendant presque secondaires les anciennes disputes – comme celles, passionnées, autour de l'attentat contre l'avion présidentiel, un Falcon 50 de fabrication française, attentat qui avait donné, le 6 avril 1994, le signal des massacres.

« TERREUR MUETTE » 
Dans sa belle méditation intitulée Rwanda. Mille collines, mille douleurs (Nevicata), la journaliste belge Colette Braeckman ne consacre qu'une quinzaine de lignes à l'événement : si certains, comme elle, ont « toujours attribué ce tir fatal aux milieux extrémistes hutus, avec la complicité d'intervenants étrangers, vraisemblablement français », d'autres, en particulier le juge français Jean-Louis Bruguière, n'ont pas hésité à incriminer les dirigeants du FPR. Le juge Marc Trévidic, successeur de Bruguière, a prudemment conclu que les tirs étaient partis du camp de la garde présidentielle de Kanombe – « sans se prononcer sur l'identité des tireurs », relève, comme en passant, la journaliste. Car là n'est pas – n'est plus – l'essentiel. 

« Plus je vais au Rwanda, plus ce pays m'accompagne et parfois me hante, moins je le comprends », écrit Colette Braeckman, qui sillonne l'Afrique des Grands Lacs depuis près de trente ans, pour le quotidien Le Soir. Comme en écho aux « dieux mortels » de Benjamin Rutabana, elle évoque, en conclusion de son récit – sans concession pour le régime de Paul Kagame et la « terreur muette » qu'il fait régner –, la figure de Magayane, « le dernier en date des prophètes ». Officiellement passé de mode, ce prédicateur a gardé ses adeptes : les Rwandais continuent de s'y référer, assure-t-elle, « dans le secret et le silence de leur âme ». 

Longtemps avant le génocide de 1994, l'homme avait annoncé que « le jour où les vaches descendraient dans Kigali », et où « une femme serait premier ministre » – ce qui fut le cas jusqu'au 7 avril 1994, avec Agathe Uwilingiyimana –, le Rwanda « connaîtrait un bain de sang ». Après quoi, le pays jouirait d'une « prospérité sans pareille, mais qui ne durerait pas ». Ce n'est que bien plus tard, « à l'issue d'une nouvelle guerre, brève et violente », que la paix reviendrait – cette fois-ci « pour de bon ». 
Catherine Simon 
Journaliste au Monde  

Vingt ans de livres-clés 
1999 Nous avons le plaisir de vous informer que, demain, nous serons tués avec nos familles, de Philip Gourevitch, Denoël. 
1999 Aucun témoin ne doit survivre. Le génocide au Rwanda, collectif, Karthala. 
2000 Dans le nu de la vie, de Jean Hatzfeld, Seuil. 
2003 Une saison de machettes, de Jean Hatzfeld, Seuil. 
2006 Inyenzi ou les cafards, de Scholastique Mukasonga, Gallimard. 
2007 La Stratégie des antilopes, de Jean Hatzfeld, Seuil. 
2010 De la guerre au génocide. Les politiques criminelles au Rwanda (1990-1994), d’André Guichaoua, La Découverte. 
2010 L’Agenda du génocide. Le témoignage de Richard Mugenzi, ex-espion rwandais, de Jean-François Dupaquier, Karthala. 
2011 Murambi. Le livre des ossements, de Boubacar Boris Diop, Zulma. 
2012 Silence Turquoise. Rwanda, 1992-1994. Responsabilité de l’Etat français dans le génocide des Tutsi, de Laure de Vulpian et Thierry Prungnaud, Don Quichotte. 

Parutions 
Littérature. 
Ce que murmurent les collines. Nouvelles rwandaises, de Scholastique Mukasonga, Gallimard, « Continents noirs », 160 p., 15,90 €. 

Englebert des collines, de Jean Hatzfeld, Gallimard, 112 p., 11,90 €. 

Récits des marais rwandais (Dans le nu de la vie. Une saison de machettes. La Stratégie des antilopes), de Jean Hatzfeld, Seuil, « Fiction & Cie », 704 p., 25€. 

Essais et documents. 
Le Génocide au village. Le massacre des Tutsi au Rwanda, d’Hélène Dumas, Seuil, « L’univers historique », 376 p., 23 €. 

Rwanda. Racisme et génocide. L’idéologie hamitique, de Jean-Pierre Chrétien et Marcel Kabanda, Belin, 304 p., 22 €. 

De l’enfer à l’enfer. Du Hutu Power à la dictature de Kagame, de Benjamin Rutabana, en collaboration avec Catherine Bouthors-Paillart, Books, « Les Moutons noirs », 286 p., 19€. 

Rwanda. Mille collines, mille douleurs, de Colette Braeckman, Nevicata, « L’âme des peuples », 96 p., 9 €. 

« Au nom de la France ». Guerres secrètes au Rwanda, de Benoît Collombat et David Servenay, La Découverte, « Cahiers libres », 312 p., 19,50 €. 

Politiques, militaires et mercenaires français au Rwanda. Chronique d’une désinformation, de Jean-François Dupaquier, Khartala, «Hommes et sociétés», 480 p., 28 €. 

Le Sabre et la Machette. Officiers français et génocide tutsi, de François Graner, Tribord, « Flibuste », 256 p., 7 €. 

Par-delà le génocide. Dix-sept récits contre l’effacement de l’Histoire au Rwanda, de Grégoire Duruz, Yvelinédition, 248 p., 15,50 €. 

Livre de photos.
Un destin rwandais, de Christophe Calais et Nathan Réra, bilingue français-kinyarwanda, Neus, 200 p., 36 €. 

Bandes dessinées. 
La Fantaisie des dieux. Rwanda 1994, d’Hippolyte et de Patrick de Saint-Exupéry, 98 p., 19,90 €. 

Revues
« Le génocide des Tutsi rwandais », Vingtième siècle, n° 122, avril-juin 2014, Presses de Sciences Po, 224 p., 23 €. 

« Génocide des Tutsi du Rwanda. Un négationnisme français ? », Cités, n° 57, PUF, 180 p., 18 €. 

Indispensables revues 
Écrites « à froid », les revues consacrées au génocide des Tutsi du Rwanda avaient déjà fourni, dans le passé, des outils de compréhension précieux. En 1995, Les Temps modernes (n° 583), puis, en 2009, la Revue d'histoire de la Shoah (n° 190) en avaient donné un bel exemple. Il en est de même aujourd'hui, dans des optiques fort différentes, avec les revues Cités et Vingtième siècle. 

Sous le titre « Génocide des Tutsi du Rwanda. Un négationnisme français ? », le n° 57 de Cités annonce d'emblée la couleur. Il s'agit de passer au crible « la question de la complicité française » dans le génocide. En 1994, François Mitterrand était président de la République, Edouard Balladur occupant les fonctions de premier ministre. De la droite à la gauche, du juge Bruguière à Hubert Védrine, personne ne sort grandi de ce dossier-réquisitoire. Vingt ans après, le malaise reste entier. 

C'est une tout autre voie qu'a choisi d'emprunter Vingtième siècle (n° 122). Le rôle de la France, « un dossier en soi », en est « volontairement exclu » : les brutales polémiques qu'il suscite « obscurcissent la question centrale du génocide lui-même », estiment les historiens Stéphane Audoin-Rouzeau et Hélène Dumas, auteure de l'ouvrage Le Génocide au village. Le massacre des Tutsi au Rwanda (Seuil). Analyser le rôle déterminant joué par les voisins ; examiner la place prise par les femmes – et par les enfants – dans les violences et les pillages ; observer la manière dont la mémoire du génocide a été prise en charge par le nouvel Etat rwandais, etc. : c'est à une éclairante et terrible plongée dans les abysses du génocide que nous invitent les auteurs, jeunes historiens et anthropologues, de ce dossier en tous points remarquable. 

Des feux mal éteints 
Bien que l'avalanche éditoriale qui accompagne ce 20e anniversaire du génocide soit globalement marquée par la publication de livres portant un renouveau, de nombreux ouvrages, souvent signés par des journalistes, prolongent les polémiques passées. Dans Politiques, militaires et mercenaires français au Rwanda (Khartala), Jean-François Dupaquier poursuit ses enquêtes à charge contre l'appareil génocidaire et « les médias de la haine » utilisés par les tenants du « Hutu Power » et leurs alliés. Figure connue des débats passionnés sur le Rwanda, Patrick de Saint-Exupéry, l'ancien envoyé spécial du Figaro, est retourné sur les lieux de ses reportages, qui contribuèrent à la création d'une mission d'enquête parlementaire. Et c'est sous forme d'une bande dessinée (avec Hippolyte au dessin) qu'il s'interroge de nouveau sur les liens ambigus entre l'armée française et les génocidaires rwandais. La Fantaisie des dieux. Rwanda 1994 se finit sur une scène avec l'amiral Lanxade, proprement hallucinante. 

Retour en images, également, pour le reporter Christophe Calais. Dans Un destin rwandais (en collaboration avec l'historien de l'art Nathan Réra, Neus), il revient sur son travail de photographe, tout en rendant hommage à Angelo, un enfant sauvé des charniers.Dans un style plus péremptoire, voire caricatural, le Suisse Grégoire Duruz reprend l'antienne du « double génocide », qui met sur un même plan les victimes du génocide et celles des crimes de guerre. « Je vois les violences comme un continuum d'actes similaires, bien que le nombre de victimes soit différent », explique l'un des témoins (tous anonymes…) cités dans Par-delà le génocide (Yvelinédition). A l'exact opposé, deux livres accablent la France. Le Sabre et la Machette. Officiers français et génocide tutsi (Tribord), de François Graner, régalera les détracteurs de l'armée française. Engagé mais plus nuancé, « Au nom de la France ». Guerres secrètes au Rwanda (La Découverte), des journalistes Benoît Collombat et David Servenay, propose un récit synthétique (et actualisé) de tout ce qui s'est écrit sur ce thème.

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