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vendredi 20 février 2015

Lancement d’une expédition naturaliste en Guyane

LE MONDE
20/02./2015 
Par Hervé Morin

Le massif du Mitaraka, dans le sud-ouest de la Guyane, est hérissé de "pains de sucres" granitiques. 
O. PASCAL MNHN PNI 

Le massif du Mitaraka, à la frontière entre la Guyane et le Brésil, représente « un potentiel de découverte colossal », se réjouit Olivier Pascal. Professeur au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) de Paris, ce spécialiste de la biodiversité est responsable d’une expédition naturaliste au cours de laquelle 50 scientifiques doivent passer au peigne fin cette portion de forêt amazonienne, entre le 23 février et le 27 mars. 


Cette expédition s’inscrit dans un vaste programme de recensement de la biodiversité mené conjointement par le MNHN et l’ONG Pro-Natura International, intitulé « La planète revisitée ». Des régions du Vanuatu (2006), du Mozambique et de Madagascar (2009-2010), mais aussi de Papouasie - Nouvelle-Guinée (2012-2014) ont déjà bénéficié de ces inventaires. « Mais c’est la première fois que l’on applique ce savoir-faire à un territoire d’outre-mer », remarque Thomas Grenon, directeur général du MNHN. « Nous sommes les seuls au monde à monter ce type d’expédition », précise-t-il. 

En Guyane, il n’est pas question d’espérer découvrir des oiseaux ou des mammifères inconnus. D’abord parce que l’installation d’un village temporaire de naturalistes risque de les effaroucher. Mais aussi parce que la traque d’animaux « mythiques », comme l’olinguito, petit mammifère carnivore d’Equateur et de Colombie découvert en 2013, nécessite des expéditions de longue haleine, et une foi de trappeur solitaire. « Notre stratégie, c’est de viser la diversité négligée », indique Philippe Bouchet, responsable du volet marin de l’expédition, qui a eu lieu entre l’été et l’automne 2014. En mer, il s’agissait de cibler les échinodermes, les crustacés et les mollusques ; sur terre, l’objectif sera de se concentrer sur les invertébrés, la flore, les champignons, les vers de terre, les serpents et les poissons d’eau douce. « On estime que rien que pour les insectes, la Guyane compte 100 000 espèces, dont 18 000 seulement sont recensées », note Olivier Pascal. 

Défi logistique 
Aventure scientifique, l’expédition est aussi un défi logistique : pour atteindre cette quasi « terra incognita » des monts Tumuc-Humac, les organisateurs espéraient remonter les rivières. Mais très vite, il est apparu que les cours d’eau n’étaient pas navigables. Il a donc fallu se rabattre sur l’hélicoptère. Une équipe du 9e régiment d’infanterie de marine a été mobilisée pour dégager une aire d’atterrissage, près du massif du Mitaraka, constitué d’une série d’« inselbergs », des formations rocheuses émergeant de l’océan végétal. Le campement aura nécessité le transfert aérien de 5,5 tonnes de matériel et de nourriture pour accueillir au total 76 personnes, en deux vagues. Le coût opérationnel (marin et terrestre) est chiffré à 950 000 euros, hors salaires des chercheurs. 

Les militaires ont également été mis à contribution pour tailler vingt kilomètres de layons, des chemins balisés en ligne droite, qui se moquent de la topographie : ils traversent cours d’eau et collines, pour offrir un accès systématique à l’ensemble des écosystèmes de la zone explorée. Celle-ci a été choisie « par consensus entre botanistes et zoologistes, notamment de l’Institut de recherche pour le développement », explique Olivier Pascal, parce qu’elle se distingue de la zone côtière plus humide et bien connue, et de la zone centrale de la Guyane où la diversité est moindre. La région frontalière est, de plus, désertée par l’homme. Les orpailleurs n’ont rien à y faire car la géologie granitique ne promet pas une once d’or. « La région est aussi exempte de villages, souligne Olivier Pascal. Nous sommes à 120 km de la première habitation. Peut-être y a-t-il eu des campements temporaires, il y a une centaine d’années. » 

Cet isolement aura une conséquence pour le travail des naturalistes : il est vivement recommandé de ne pas se blesser en fin de journée. « Les hélicoptères, qui mettent le CHU de Cayenne à deux heures de vol aller, ne sont pas équipés pour les vols de nuit ! », rappelle le patron de l’expédition, qui disposera en permanence d’un médecin dans le camp. 

Piège lumineux à insectes (ici au Nouragues, une réserve naturelle guyanaise, en 2010). 
JULIEN TOUROULT SEAG MNHN PNI 

Programme chargé
Le programme sera chargé pour les cinquante prospecteurs. Une quinzaine de types de piégeages – lumineux, odorants, filets, draps, battage des feuillages, etc. – seront mis en œuvre jour et nuit pour tirer le meilleur de ces quelques semaines de prospection.

Autant dire que les scientifiques vont engranger de quoi nourrir des années de descriptions naturalistes. « En moyenne, entre la collecte et la description avec un nom latin, il se passe vingt et un ans, rappelle Philippe Bouchet. C’est inadmissible, mais c’est la réalité scientifique et sociologique. » Ces délais s’expliquent par l’absence de spécialistes pour un grand nombre de familles animales et végétales. Et par la structure même de la biodiversité : la plupart des espèces sont petites et naturellement rares. A-t-on affaire à un mâle ou une femelle, un juvénile, un adulte ? Difficile parfois de conclure, faute de suffisamment de spécimens.

L’expédition comporte enfin un volet pédagogique et patrimonial : une convention prévoit la restitution d’une collection de référence et des résultats obtenus à la Guyane. Cet accès aux ressources génétiques, et le partage juste et équitable des avantages découlant de leur utilisation, qui a fait l’objet d’un protocole international adopté à Nagoya en 2010, sont, selon Thomas Grenon, « une marque de fabrique et une condition de la pérennité de ces expéditions ».

 Hervé Morin 
 Pôle Science et Médecine 

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