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lundi 23 février 2015

RDC : l'affaire des opposants de Kabila tués en France resurgit au procès 14 ans après les faits

Jeune Afrique 
23/02/2015

Entrée de la cour d'assises de l'Isère
en 2014
© AFP
Plus de 14 ans après la découverte du corps de deux opposants congolais carbonisés dans une voiture près de Lyon, la justice française exhume une nébuleuse affaire qui mêle tentative de coup d'État contre Laurent-Désiré Kabila, implication suspectée des services secrets français et éventuel trafic d'uranium. Trois accusés doivent être jugés à partir de ce lundi en Isère. 

Que s’est-il passé il y a 14 ans ? 
Le 29 décembre 2000, un Renault Scenic était découvert en flammes, frein à main serré, dans un champ de maïs fauché à Chasse-sur-Rhône, une commune située à une trentaine de kilomètres de Lyon, dans le sud-est de la France. 
À l'intérieur, deux hommes tués de deux balles dans la tête et dans le cou. 


Qui sont les deux victimes ? 
Après analyse ADN, la première victime s'avère être Philémon Naluhwindja, 37 ans, surnommé selon L’Express "Mwami" (le Roi), car son père était un chef Maï-Maï. 


La deuxième victime est Aimé-Noël Atembina, 44 ans, un capitaine de l'ancienne garde présidentielle du maréchal Mobutu. Ce fils d'un ex-ambassadeur du Zaïre au Vatican bénéficiait, depuis la mort de l'ancien dictateur zaïrois, d'un statut de réfugié politique en Belgique, selon L’Express. 

D'après l'instruction, tous deux cherchaient alors des financements pour monter un coup d'État contre Laurent-Désiré Kabila, qui sera assassiné 18 jours plus tard

Philémon Naluhwindja Mukuba, qui dirigeait la société minière du Congo, aurait aussi cherché à vendre des barres d'uranium pour financer l'achat de munitions. 

Qui sont les accusés ? 

Un Belge ayant des intérêts en RDC et un décorateur de casino 

Les enquêteurs s'intéressent rapidement à un homme d'affaires belge, Benoît Chatel, lié à l'une des victimes. L'homme a un pedigree peu ordinaire. Né en Belgique, ce gérant de société à Monaco a passé une grande partie de sa jeunesse dans l'ancien Zaïre, où il a établi plusieurs sociétés dans l'extraction des diamants, les télécommunications, le PMU, etc. 

Familier des principaux dirigeants de la nouvelle RDC, il revendique en outre un statut d'informateur auprès des services secrets congolais et français. Il a par ailleurs été condamné à de nombreuses reprises pour des faits d'escroquerie et d'abus de confiance par les justices française et belge. 

Avec son associé Alain Deverini, décorateur d'intérieur monégasque spécialisé dans l'aménagement de casinos, Benoît Chatel aurait fomenté l'assassinat des deux putschistes congolais pour protéger ses intérêts en RDC. 

Leur homme de main, connu pour proxénétisme 
Leur homme de main, Domenico Cocco, un Italien proche du milieu et impliqué dans des affaires de proxénétisme et de trafic de cocaïne, se serait chargé de recruter deux tueurs lyonnais pour effectuer la basse besogne, moyennant la somme de 200 000 francs (30 500 euros). 
D'après le scénario retenu par l'instruction, Benoît Chatel aurait donné rendez-vous aux deux victimes à la gare de Lyon Part-Dieu en leur promettant une importante somme d'argent pour financer leur coup d'Etat. Mais c'est finalement Domenico Cocco et deux "maghrébins" qui se seraient rendus sur place pour les abattre. 

Le principal accusé "sans doute mort"
Benoît Chatel, 51 ans aujourd'hui (Alain Deverini a 63 ans et Domenico Cocco 62), ne sera pas là pour répondre à ces accusations devant les assises de l'Isère car "il est sans doute mort", selon son avocat Jean-Michel Drevon cité par l’AFP, sans nouvelles de lui depuis trois ans. 

"On n'y croit pas un instant", a répondu Alain Fort, l'avocat d'Alain Deverini. "On a des photos de Benoît Chatel en 2012 en RDC avec des hommes d'affaires". 

La DGSE impliquée ? 
Benoît Chatel, qui était censé être sous contrôle judiciaire, "a manifestement bénéficié d'un certain nombre de concours en tant qu'honorable correspondant de la DGSE", accuse Me Fort, critiquant le "mobile d'épicier" retenu par l'accusation. 

Selon lui, l'enquête qui aurait dû être confiée à des magistrats spécialisés, n'a pas suffisamment creusé les autres pistes, comme l'implication des services secrets ou le trafic d'uranium. 

"Les services secrets n'y sont pas pour rien", estime également Me Drevon. 

Dossier "tordu", procès reporté ? 
L'affaire a pâti de nombreux changements de juges d'instruction en 14 ans. "Certains magistrats ne voulaient pas entendre parler du dossier car ils avaient compris que c'était tordu", pointe Me Fort.

Il est probable que le mystère se prolonge encore quelque temps. Hospitalisé, l'avocat de Domenico Cocco a en effet demandé un renvoi de l'audience. Si le procès est maintenu, le verdict devrait être rendu vendredi 27 février. (Avec AFP) 

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