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mardi 24 mars 2015

Le Rwanda et les archives du génocide

Le Monde Afrique 
24/03/2015

Les archives des procès Gacaca, à Kigali. 

En amont du colloque Foccart organisé par les Archives nationales les 26 et 27 mars à Paris, « Le Monde Afrique » publie des articles autour de la question des archives en Afrique, donc de la mémoire. Retour sur les archives du génocide rwandais avec le chercheur Rémi Korman. 

A l’occasion de la vingtième commémoration du génocide des Tutsi en avril 2014, plusieurs pétitions d’associations militantes ou de chercheurs demandaient l’ouverture totale des archives civiles et militaires relatives au rôle de la France au Rwanda. 

De l’enjeu de la déclassification des archives françaises...
La déclassification d’archives françaises sur le Rwanda n’est pas nouvelle. Dès 1998, la mission d’information sur le Rwanda dirigée par Paul Quilès avait obtenu l’accès à plus de 3 500 documents classés « confidentiel défense ». Depuis, de nombreuses requêtes en déclassification ont été émises par des juges d’instruction du Tribunal aux armées de Paris (TAP). Ces requêtes entraient dans le cadre d’informations judiciaires pour « complicité de crimes contre l’humanité » et « complicité de génocide » visant le rôle de l’armée française lors de l’opération Turquoise. 

Depuis 2001, les dix-sept demandes traitées par la Commission consultative du secret de la défense nationale ont reçu majoritairement des réponses favorables, permettant la déclassification totale ou partielle de documents émanant du ministère de la défense, documents principalement relatifs à l’opération Turquoise. 


Mais, si la déclassification a été rendue possible dans les cadres politiques et judiciaires, l’accès reste encore limité pour les chercheurs. Sur ce point, la France est loin du modèle états-unien. Le Freedom of Information Act ou « Loi pour la liberté d’information », voté le 4 juillet 1966 par le président Lyndon Johnson, oblige ainsi les agences fédérales à transmettre leurs documents, à quiconque en fait la demande (ou tout du moins à motiver le refus). De nombreuses archives relatives à l’engagement des Etats-Unis au Rwanda ont pu de ce fait être déclassifiées. … 

et la déclassification des archives rwandaises ? 
A cette mobilisation pour l’ouverture des archives françaises sur le Rwanda s’oppose un désintérêt pour toute la documentation pouvant se trouver au Rwanda. C’est en vain qu’on cherchera un appel militant à déclassifier les archives rwandaises. Quant aux autorités françaises, elles se désintéressent elles aussi de cette question. 


Déclassifier les archives supposerait qu’elles soient classifiées de façon claire et précise. Hors il n’existe aucune réglementation précise sur les archives. Si le parlement rwandais a voté en mai 2014 une loi créant une nouvelle autorité en charge des archives, elle n’est pas encore véritablement rentrée en application. Pour les chercheurs, l’accès aux archives se négocie encore institution par institution, ministère par ministère. Cette absence de réglementation claire permet paradoxalement d’obtenir accès à des fonds récents, parfois de moins de quinze ans, ce qui serait quasiment impossible en France. 

Archives du génocide versus archives nationales : juger le génocide, écrire l’histoire 
Les autorités rwandaises ont cependant pris conscience de l’importance des archives dans la constitution d’une mémoire du génocide et en particulier d’une mémoire judiciaire. A l’occasion du rapport Mucyo publié en août 2008 par l’Etat rwandais et visant à montrer le rôle de l’Etat français dans la préparation et l’exécution du génocide, divers fonds d’archives rwandais furent mobilisés. 

Par la suite, lorsque fut annoncée la fermeture du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) en 2009, fermeture sans cesse repoussée depuis, le gouvernement rwandais réclama les archives du Tribunal pénal, déclarant qu’elles faisaient partie intégrante du patrimoine du Rwanda. Cette demande a fait l’objet de nombreux débats politiques et le Rwanda s’est vu refuser la récupération des archives. 

Il y a quelque chose d’extrêmement paradoxal dans ce contentieux autour de la mémoire judiciaire du génocide. En effet, c’est au TPIR qu’ont été mobilisées le plus d’archives rwandaises, provenant de tous les ministères, d’entreprises privées ou encore de partis politiques. Si une base publique présentant une partie des archives des procès est en ligne, elle est hélas rarement accessible. 

Il manque encore à ce jour une réflexion globale sur les sources utilisées. Comment les documents ont-ils été acquis par le TPIR ? Par qui et dans quelles conditions ? Pour les Nations unies, la valorisation de ces archives s’inscrit dans une volonté d’améliorer le bilan, parfois critiqué, du TPIR. Un bâtiment d’envergure visant à accueillir les archives du TPIR est en construction à Arusha (Tanzanie) depuis le début du mois de mars 2015. 

Bataille de la mémoire  
Des cartons des archives des procès Gacaca, à Kigali. Crédits AFP

Face au refus des Nations unies de transférer les archives du TPIR au Rwanda, le gouvernement rwandais a reporté son intérêt vers la valorisation des archives des procès Gacaca, il est vrai exceptionnelles de par leur ampleur, 60 millions de pages, mais aussi de par leur contenu. Un ambitieux projet d’inventaire, d’indexation et de numérisation est actuellement mené conjointement entre l’Etat rwandais et plusieurs partenaires internationaux. 

Dans le même temps, l’Etat rwandais souhaite construire un important centre d’archives en collaboration avec la fondation britannique AEGIS, en charge du mémorial national du génocide à Kigali et ayant déjà mis en place un premier travail de valorisation d’archives du génocide. Cette focalisation sur les archives Gacaca tend cependant à occulter d’autres fonds, ceux des archives des juridictions de première instance qui ont en tout organisé plus de 6 000 procès depuis 1994. 


On voit aussi que les financements prévus pour ce futur centre d’archives du génocide contrastent avec la faiblesse des moyens alloués aux archives nationales du Rwanda. Si ses fonds ont été en grande partie numérisés, la majorité des documents produits depuis l’indépendance se trouve encore au sein des administrations centrales, et n’a donc pu être versée aux archives nationales. Le faible nombre d’archivistes dans l’administration publique au Rwanda empêche également tout travail de collecte et de traitement de véritable ampleur. Enfin, à ce jour, les archives nationales n’ont pas de bâtiment dédié. La valorisation des seules archives judiciaires ne sera pourtant pas suffisante pour l’écriture de l’histoire du génocide. 


Le cas rwandais est en partie symptomatique de la façon dont l’on se représente les archives et l’histoire produites par les pays africains depuis leurs indépendances. La masse d’archives produite par les pays colonisateurs a conduit à une étude très poussée de celles-ci et un désintérêt des archives postérieures. L’histoire coloniale et l’histoire des indépendances sont approfondies, mais les recherches sur l’histoire post-indépendance à partir des archives africaines sont bien plus rares. Symboliquement, ce désintérêt semble dire que l’histoire s’arrête à l’époque coloniale et, dans le cas rwandais, que les réponses que l’on cherche au génocide seraient uniquement à trouver à l’extérieur du Rwanda. 

Rémi Korman est doctorant en histoire à l'Ecole des hautes études en sciences sociales à Paris. Ses travaux sur le Rwanda sont consultables ici

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