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vendredi 22 mai 2015

Il faut porter à l’écran Léon l’Africain

Le Monde 
20/05/2015 
Par Abdourahman Waberi (chroniqueur, le Monde Afrique)

Abderrahmane Sissako, en 2010. Crédits AFP

Si la rumeur se confirme, il faudra souligner que le cinéaste Abderrahmane Sissako sait humer l’air du temps et qu’il a, en sus de son talent, un grand flair. Porté par les sept Césars et les très nombreux spectateurs qui sont allés voir son dernier film "Timbuktu", il peut se montrer plus exigeant dans ces choix comme jamais auparavant. 


Le réalisateur a laissé entendre, en mars, qu’il compte réaliser enfin un film historique en costumes d’époque. Et pas n’importe quel film. Il tirerait son inspiration du premier roman de l’écrivain franco-libanais et académicien Amin Maalouf, sorti en 1986 à Paris et qui a connu une renommée internationale. "Léon l’Africain" est un roman entièrement dévolu à une figure africaine d’une épaisseur historique rare et d’une aura mondiale. Présentée comme la biographie romancée du diplomate Hassan el-Wazzan que la postérité retiendra sous le nom de Leo Africanus, cet épais roman se dévore aussi d’une seule traite. 


Portrait supposé de Léon l'Africain, par Sebastiano del Piombo, vers 1520 
Crédits National Gallery of Art

Voyageur intrépide, historien et sociologue avant l’heure, découvreur infatigable, Hassan al Wazzan est un personnage du XVIe siècle hors du commun. Né à Grenade en décembre 1488 (894 de l’Hégire), le commerçant, diplomate et écrivain andalou de la langue arabe a eu mille vies. Il reste aussi comme on le va découvrir le premier des Africains à sa manière. Il a su consigner les grands événements qui ont marqué non seulement son monde mais qui continuent d’influencer aussi le nôtre.  
La bannière de l’Islam 
Certes, son époque est celle des grands bouleversements qui virent disparaître le Moyen-Age et apparaître les premiers feux de la Renaissance. La conquête de l’islam est stoppée à l’ouest, pire, la chute de Grenade signe la victoire de la Reconquista catholique et la fin de l’influence islamique dans la péninsule ibérique et en Europe occidentale. 

Plus à l’est, on enregistre la naissance d’un nouvel empire puissant qui porte la bannière de l’islam et qui a mis fin à la dominance romaine : l’empire ottoman. Après la Grenade de son enfance, c’est à Fès que la famille du chroniqueur fera fortune. Puis, c’est le temps de son propre envol, l’errance dans le désert immense, la découverte d’une grande partie du Sahel actuel. 


L’arrivée à Tombouctou, et le Grenadin de tomber en pâmoison devant les merveilles de l’empire songhaï alors au faîte de sa gloire : « La ville de Gao n’avait pas de murs d’enceintes, mais aucun ennemi n’osait s’en approcher, tant était grande la renommée de son souverain, l’Askia Mohamed, l’homme le plus puissant de tout le pays des Noirs. » 

Des pirates le capturent 
Il reprend la route et découvre l’Egypte si éternelle et si jeune à la fois. Il s’y installe un temps, se marie mais se laisse happer par les intrigues de la cour. Il lui faut repartir. D’aventure rocambolesque en péripétie épique, le Marco Polo africain rebrousse chemin, retrouve Fès pour la quitter à nouveau. C’est du côté de Djerba que des pirates le capturent pour le vendre ensuite à Rome. Le destin est farceur, voilà notre bonhomme dans l’entourage du pape Léon X. 

L’éternel voyageur mue une nouvelle fois. Hassan el Wassan est baptisé sous le nom de son bienfaiteur et devient Jean-Léon de Médicis dit Léon l’Africain. Jonglant avec les langues et les cultures, il met à profit les récits oraux recueillis le long de la route auprès des peuples d’Afrique et d’Orient qu’il a connus. Mieux, il s’attelle à la rédaction de son grand ouvrage, pour lequel il restera dans l’Histoire : Description de l’Afrique. 


Ce bref condensé du roman de Maalouf est là pour rappeler que le monde a toujours été lié, que le continent africain n’a jamais été hors de l’histoire comme le pensaient les esprits colonialistes du XIXe siècle ou comme l’a claironné, un jour à Dakar, l’ancien président Nicolas Sarkozy. 

L’empire songhaï, pour ne citer que lui, s’étendrait aujourd’hui de la Guinée aux confins du Tchad. A certains égards, les aventures narrées par le facétieux Amin Maalouf ne sont pas sans rappeler la saga du Trône de Fer, la touche magique et fantastique en moins. De quoi étancher la faim d’aventures d’un cinéaste comme Abderrahmane Sissako. 

Abdourahman A. Waberi est né en 1965 dans l’actuelle République de Djibouti, il vit entre Paris et les États-Unis où il a enseigné les littératures francophones aux Claremont Colleges (Californie). 
Il est aujourd’hui professeur à George Washington University. 
Auteur entre autres de « Aux États-Unis d’Afrique » (JCLattès, 2006), il vient de publier « La Divine Chanson » (Zulma, 2015). 

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