Congo Indépendant
21/08/2011
| Nicole Ntumba Bwatshia |
Doctorante en droit à l’université de Gand, mariée et mère de trois filles, Nicole Ntumba Bwatshia est secrétaire exécutive fédérale de l’UNC (Union pour la Nation Congolaise) chargée de la Communication. Membre de cette formation politique depuis février dernier, «Mama Nicole» revient de Kinshasa où elle a participé aux travaux du premier congrès ordinaire de l’UNC. Elle y a assumé la tâche de rapporteur général. Novice en politique, elle n’a pas moins un admirable parcours professionnel : assistante à la faculté de droit à l’université de Kinshasa, substitut du procureur de la République près le parquet de Kinshasa-Gombe, conseillère juridique du vice-gouverneur du Kasaï Oriental et conseillère juridique du ministre de la Culture et Arts.
Entretien.
Quel est le souvenir le plus significatif que vous gardez du premier congrès ordinaire de l’UNC ?
Ce souvenir se résume en trois mots : du grand professionnalisme! Il n’y avait franchement rien à envier à certains colloques organisés dans certaines capitales européennes.
Comment expliquez-vous l’engouement apparent pour l’UNC?
Cet engouement s’explique d’abord par la proximité existant entre le président du parti et la population. Vital Kamerhe est très proche des gens. C’est un homme très «cool» qui comprend ses concitoyens. Il parle comme eux. Il sait trouver les mots justes pour échanger tant avec les jeunes que les moins jeunes.
Depuis quand connaissez-vous Kamerhe?
Je le connais depuis ma première année de graduat en Droit à l’université de Kinshasa. C’était en 1986. A l’époque, il était en deuxième licence en Economie. Il faisait partie des ceux que nous appelions les «grands frères» de la Faculté. Il s’agit donc d’une vieille connaissance. Le hasard de la vie a fait qu’il a eu à côtoyer mon mari dans le cadre professionnel à l’époque de Mzee Laurent-Désiré Kabila.
Qui vous a proposé de vous affilier à l’UNC ?
(Rires). Je ne sais pas si toute vérité est bonne à dire. En tous cas, je connais la personne qui m’a contacté en premier…
Qu’est ce qui vous a attiré en particulier…
D’abord, je me suis reconnu à travers les idéaux et la vision du parti pour reformer la société congolaise et le pays. Il y a ensuite la forte personnalité du président et cette volonté de regarder résolument vers l’avenir en dépit de certaines erreurs commises. Des erreurs qu’il faut assumer.
Que répondez-vous à ceux qui continuent à reprocher à Vital Kamerhe son ouvrage paru en 2006 intitulé «Pourquoi j’ai choisi Kabila» ?
C’est un livre qu’il a écrit à un moment précis de l’histoire politique de notre pays. A l’époque, il était sûr et convaincu de son choix par rapport à Monsieur Kabila. Je peux vous dire qu’il ne regrette rien. Bien au contraire. Il assume. Vital Kamerhe assume son passé avec courage et détermination. Comme il le dit lui-même, tout le monde peut se tromper. Il s’est trompé. Bien entendu, les écrits restent. Au moment où je vous parle, d’autres publications vont probablement paraître non pas pour démontrer «pourquoi il n’a plus choisi Kabila» mais pour mettre en exergue les «erreurs» qui l’ont poussé à quitter Kabila.
D’aucuns allèguent que «Vital» est devenu opposant en réaction à son éviction de la présidence de l’Assemblée nationale. Qu’en dites-vous ?
Je ne le pense pas. Vous vous souviendrez qu’il a été le premier à dénoncer l’existence d’un «gouvernement parallèle» alors qu’il était encore au perchoir. L’incident survenu en janvier 2009 lors du déploiement des soldats rwandais dans les provinces du Kivu a été la goutte d’eau. Vital avait pris la résolution de quitter ce «navire» qui est devenu, en fait, un «très mauvais navire».
De nombreux Congolais font un «procès» à Kamerhe sur ses origines. Quelle est votre réaction ? C’est un faux débat ! Lors de notre congrès, plusieurs invités ont pris la parole. C’est le cas notamment de l’honorable Pierre Pay Pay, un des notables du Kivu. Dans son mot, M. Pay Pay a pris l’assistance à témoin en disant à Vital Kamerhe qu’il le considère comme un «véritable opposant» et un citoyen congolais à part entière. «Si Vital Kamerhe est considéré comme un Rwandais cela revient à dire que moi aussi je le suis», a dit Pierre Pay Pay. Il y a plusieurs témoignages de ce genre pour certifier le caractère puéril et infantile de cette question de la «congolité» ou pas de M. Kamerhe. C’est une manœuvre du pouvoir pour déstabiliser le président de l’UNC.
Qu’avez-vous observé au plan économique et social à Kinshasa?
C’est le pays de la «dollarisation». La vie est chère dans la capitale. Il faut beaucoup d’argent pour vivre. Il faut des dollars. Le Kinois qui se lève le matin n’a qu’une question en tête : «Quelle «coop» vais-je faire aujourd’hui pour me procurer quelques dollars ?». Les esprits sont devenus mesquins. L’informel est devenu la règle. Un billet de 100 dollars est échangé contre 90.000 francs congolais. Le pouvoir d’achat est nul. Les Kinois vivent dans une illusion de bien-être. En réalité, rien ne va. Vers 16 heures et 17 heures, on voit une foule d’individus qui quitte le centre-ville pour rejoindre les «Cités». On se croirait face à un couloir humanitaire après l’explosion d’une bombe. Les gens sont tout simplement entrain de regagner leur lieu d’habitation. Ils doivent parcourir plusieurs kilomètres à pieds faute de transport en commun digne de ce nom. C’est devenue une scène de la vie quotidienne à Kinshasa. C’est horrible !
A quoi peut-on attribuer la résignation apparente de la population face à la misère ambiante?
Il me semble que la population congolaise est «anesthésiée». Vous savez comme moi que toute anesthésie a tendance à inhiber la douleur...
Cette forme d’indolence serait-elle motivée par l’absence d’une certaine conscience politique? Est-ce la peur?
Je crains que l’indolence et la peur en soient les causes. Sauf qu’il faut nuancer pour dire que le citoyen congolais est devenu politiquement mâture. Il n’a plus peur d’exprimer ses opinions. Il faut néanmoins reconnaître que la population se trouve embarquer dans une sorte de routine et n’a pas envie de se battre. Elle a pris l’habitude de s’adapter à l’adversité. C’est le cas des coupures d’électricité et de la distribution déficiente d’eau courante. Le délestage d’électricité et le manque d’eau courante ne semblent déranger personne. Les gens connaissent même les heures de coupure d’électricité. Il en est de même de l’interruption de la distribution d’eau.
A propos de pénurie d’eau et des coupures d’électricité, comment avez-vous vécu personnellement cette double situation ?
C’est dra-ma-ti-que !
Vous logiez dans quelle commune ?
J’habitais au Quartier «Royale» à Gombe. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, il y a eu des coupures d’électricité durant les quinze jours que j’ai passés à Kinshasa. Pour la petite histoire, j’ai fini par inciter mes parents à acquérir un groupe électrogène pour palier à cette pénurie. C’est finalement un cercle vicieux dans la mesure où le "groupe" fonctionne à l’essence et émet des bruits sonores.
Qu’en est-il de la sécurité dans la capitale?
Je peux vous dire que je n’ai rencontré aucun problème dans les communes visitées. Il m’est arrivé pourtant à circuler dans la ville vers 2 h00 ou 3h00 du matin. Je n’ai eu aucun souci sécuritaire. Au Quartier Kitambo-Magasin, j’ai croisé un jour deux ou quatre militaires en armes. Je n’en ai pas vu au centre-ville, à Matete et Cité Salongo où j’ai été en visite. Il me semble qu’un certain changement est intervenu à ce niveau par rapport à mon précédent séjour qui date de quelques années. Il faut néanmoins reconnaître que l’obscurité qui règne dans la ville fait peur et dissuade les gens à s’aventurer dehors.
Où en est l’opposition avec le processus de désignation de son «candidat commun» ou «candidat unique» à l’élection présidentielle ?
Les pourparlers sont toujours en cours entre l’UNC et l’UDPS.
A quel niveau ?
(Rires). Un niveau "très élevé". Je peux vous dire que l’UDPS a été représentée au premier congrès ordinaire de notre parti par M. Albert Moleka qui est le directeur de cabinet du président Etienne Tshisekedi wa Mulumba. M. Moleka a fait un beau témoignage en faveur de Vital Kamerhe. Je tiens à préciser qu’il est désormais question de «candidat commun» et non de «candidat unique». Cette désignation se fera autour d’une vision et d’une stratégie pour la RD Congo.
Propos recueillis par Baudouin Amba Wetshi
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