MERCI A MACINTOSH MARKENZ DE KIN DE BIEN VOULOIR PRENDRE CONTACT AVEC LA WEBMASTER DU BLOG LE PLUS RAPIDEMENT POSSIBLE ************ BONJOUR, J'AIMERAIS BEAUCOUP RETROUVER ET ENTRER EN CONTACT AVEC MME MARTINE DUPONT QUI EST NOMMEE SUR CE SITE, CAR ELLE A BIEN CONNU MA MAMAN AVEC QUI ILS ONT VECU A COQUILHATHVILLE. D'AVANCE UN GRAND MERCI. NADINE NANDU - EMAIL : nadinenandu@skynet.be ************ AU MUSEE DU QUAI BRANLY A PARIS, L'AFRIQUE DES ROUTES, DU 31 JANVIER 2017 AU 12 NOVEMBRE 2017 ************

lundi 6 avril 2015

Dieudo Hamadi, un cinéaste à la courbe du fleuve

Par Thomas Sotinel 
Le Monde
02/04/2015

Dieudo Hamadi, à Annecy, le 31 mars.
Crédits : Fred Merz/Rezo.ch pour "Le Monde"

Il y a cinq ans, de retour à Kinshasa après avoir suivi une formation dans une école parisienne de cinéma, Dieudo Hamadi vit une cohorte de lycéens courant dans la rue, pourchassés par des enseignants armés de fouets. Incapables de s’acquitter de la « prime des professeurs », les élèves venaient d’être expulsés de leur établissement et se voyaient ainsi barrer le chemin vers l’examen d’Etat, l’équivalent congolais du baccalauréat. 
« J’étais à la recherche d’un sujet, se souvient le documentariste. J’ai voulu raconter cette histoire, que j’ai connue moi-même. » 
Dieudo Hamadi a alors décidé de rentrer dans sa ville natale, Kisangani, pour y suivre un groupe de lycéens préparant l’examen d’Etat. 


En 2010, le jeune homme (il est né en 1984) avait déjà fait forte impression avec son premier film, "Dames en attente". En moins d’une demi-heure, il montrait le désespoir de patientes d’un hôpital de la capitale congolaise séquestrées dans l’établissement jusqu’à ce qu’elles paient le prix de leur séjour – qui allait bien sûr augmentant. 

L’équilibre instinctif entre empathie et détachement auquel parvenait le réalisateur dès ce premier essai avait impressionné dans les festivals, dont la Berlinale, où "Dames en attente" avait été montré. 

Pour un garçon né au cœur des ténèbres (selon Joseph Conrad), à la courbe du fleuve (selon V. S. Naipaul), douze ans avant la guerre civile et la chute de Mobutu Sese Seko, au temps où la République démocratique du Congo s’appelait encore Zaïre, les chances de devenir cinéaste étaient plutôt maigres. 

Malgré les convulsions de l’histoire congolaise, Dieudo Hamadi a suivi un cursus complet. Pas à l’athénée royal de Kisangani, le grand lycée public que l’on voit dans Examen d’Etat, qui n’est plus « qu’une caricature de ce qu’il était » au temps de la colonisation belge, à force de corruption et d’impéritie du pouvoir central (Kisangani est distant de 1 200 kilomètres de Kinshasa). 

« Je rends hommage à mes parents, qui se sont battus pour m’offrir une autre école, catholique, qui avait encore une certaine tenue », déclare le réalisateur. Assez de tenue, en tout cas, pour que le jeune homme commence des études de médecine, à Kisangani, à l’orée du XXIe siècle. 

En même temps, il se met au montage et à la réalisation de vidéos-clips pour des artistes, sujets pour une chaîne locale. En 2005, il est invité à participer à un stage organisé à Kinshasa par l’Insas de Bruxelles, l’école de cinéma de l’ancienne puissance coloniale. « Je ne suis jamais rentré à Kisangani », se souvient Dieudo Hamadi, qui abandonne ses études de médecine, au grand désespoir de ses parents. « Ils commencent tout juste à l’admettre », sourit-il. C’est à ce moment qu’il réalise "Dames en attente", avant de partir pour la Femis parisienne. 

Question de vie ou de mort 
Une fois son dévolu jeté sur les candidats à l’examen d’Etat, il trouve le soutien de la productrice Marie Balducchi, d’Agat Films, qui va l’accompagner sur le long chemin de la recherche de financements. Après avoir espéré tourner en plusieurs sessions au long de l’année 2011, il lui faut reprendre les repérages et la recherche des protagonistes au printemps 2013 pour un tournage en deux mois. Entre-temps, il a réalisé, avec les moyens du bord, "Atalaku", son premier long-métrage, qui chronique la campagne électorale à Kinshasa en 2012. 

Lorsqu’il arrive à Kisangani, Dieudo Hamadi rencontre Joël, l’orphelin qui subsiste en portant les marchandises sur le grand marché de l’ex-Stanleyville. Le jeune homme, pour qui le succès à l’examen d’Etat est presque une question de vie ou de mort, devient le héros du film, et le documentariste devient « son grand frère ». 

Grâce à la confiance qui s’est installée entre le personnage et le réalisateur, Dieudo Hamadi se glisse à l’intérieur d’un groupe de lycéens chassés de l’athénée royal qui ont décidé de préparer l’examen de leur côté. Le cinéaste explique ainsi l’enjeu central du film : « Sans cet examen, on est considéré comme illettré. Joël, par exemple, serait condamné à rester porteur. Bien sûr, les diplômés peuvent se retrouver dans des conditions calamiteuses, mais, dans l’espoir qu’un jour les choses pourraient aller mieux, il est prudent d’avoir cet examen. » 

Cet espoir irraisonné et inextinguible devient le moteur du film, de ses rebondissements, comme la tentative de triche organisée par l’un des leaders du groupe de candidats. Le cinéaste se souvient l’avoir filmé un jour qu’il découpait de petits bouts de papier sans savoir ce qu’il faisait, c’était le début d’une des séquences les plus intenses d’Examen d’Etat. « Le cinéma a un côté hasardeux qui m’effraie parfois. Je parie sur des personnages, je me lance dans le vide », fait-il remarquer. 

Le stade de la tentation 
"Examen d’Etat" a été présenté au Cinéma du réel, à Paris, en 2014, puis à Toronto. Dieudo Hamadi est revenu au « Réel » pour l’édition 2015, cette fois en tant que juré. 

Ensuite, il partira à Annecy pour la postproduction de son nouveau film, tourné dans l’est du Congo. Il y a suivi une policière qui enseigne la boxe à quelques-unes des innombrables victimes de viols de cette région, ravagée par une guerre qui n’a jamais vraiment fini. 

Quand on lui pose la question qui conclut beaucoup de rencontres avec des documentaristes, Dieudo Hamadi répond : « J’ai dépassé le stade de la tentation. Il y a beaucoup de sujets magnifiques à traiter dans le passé de ce pays et je ressens une certaine frustration à travailler frontalement sur le réel. Je me demande ce que ce serait si je contrôlais les choses. » Et parmi les sujets magnifiques de ce pays, qui pourraient fournir la matière d’une fiction, il y a le destin de Franco Luambo Makiadi, guitariste virtuose, l’un des maîtres de la rumba congolaise, l’un des auteurs de la bande-son de l’histoire du pays. Il est mort, probablement du sida, en 1989, au moment où le Zaïre de Mobutu commençait à s’enfoncer dans le chaos. 

Bande annoncc du film 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire