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vendredi 22 mai 2015

L’Afrique à Venise (3) : sombres et majestueux « futurs » d’Okwui Enwezor

Le Monde.fr 
07/05/2015 
Par Roxana Azimi (envoyée spéciale à Venise)

Le curateur américano-nigérian, Okwui Enwezor, à gauche, 
et le président de la Biennale, Paolo Baratta. 
Crédits : Domenico Stinellis/AP

Rarement aura-t-on vu une Biennale de Venise aussi charpentée, parfaitement structurée, que celle que nous livre le curateur américano-nigérian Okwui Enwezor. Tendu de bout en bout, l’accrochage est riche en découvertes, avec au menu une quinzaine d’artistes africains. 

Ne vous fiez pas au titre, "All the World’s Futures". L’exposition n’a rien de prophétique, encore moins d’optimiste. L’avenir, selon Enwezor est noir, incertain, vacillant, marqué du sceau de la complexité. Derrière les formes les plus séduisantes, la fragilité pointe. Telle est la leçon du film Vertigo Sea du cinéaste d’origine ghanéenne John Akomfrah, l’une des œuvres les plus hypnotiques de la Biennale. 

Malgré la splendeur des images, la triple projection offre des océans une vision bien éloignée de National Geographic : l’échouage de bateaux négriers et d’esclaves les fers aux pieds, la noyade des boat people vietnamiens, le massacre des bébés phoques…


Le ton est donné : les artistes ici réunis ne font pas dans le décoratif. Véritables vigies, ils se posent en éveilleurs des consciences. Ainsi en va-t-il de Samson Kambalu. Dans ses installations très complexes composées de photographies et d’écrits, le jeune homme né au Malawi combine la tradition de la mascarade issue de son pays avec un questionnement très protestant des évidences. 

Plus frontale, la bannière du collectif Gulf Labor vient alerter sur les conditions de travail déplorables des ouvriers asiatiques sur le chantier du futur musée Guggenheim d’Abou Dhabi. La lecture continue des trois tomes du Capital de Karl Marx rappelle d’ailleurs que la lutte des classes n’est pas une vieille lune. 

Nombreux sont les artistes de la Biennale à redonner une dignité et un visage aux petites mains et mineurs de fond anonymes. Le réalisateur sud-africain Joachim Schönfeldt revient à l’essentiel en célébrant des gestes simples – couper de la viande, peindre, pétrir. La documentariste sénégalaise Fatou Kandé Senghor donne un porte-voix à une potière de Casamance. « Je ne suis pas juste une artiste comme une autre, j’ai un don de Dieu… Les étrangers sont venus des mois entiers pour apprendre ma technique, mais ils n’y sont pas arrivés », confie-t-elle fièrement à la caméra. 

Oeuvre de Gonçalo Mabunda intitulée "The throne that never stops in time" (2014). 
Crédits Galerie du Passage

L’art a un pouvoir cicatrisant. Constitués à partir des armes de la guerre civile du Mozambique, les trônes de Gonçalo Mabunda sont chargés d’une lourde mémoire collective. Mais ils offrent aussi l’espoir d’une résilience. C’est aussi le propos d’Abou Bakarr Mansaray, artiste autodidacte né au Sierra Leone. Dans un pays où la guerre civile a laissé un champ de ruines et une population exsangue, il invente des machines folles comme le téléphone nucléaire trouvé en enfer, ou l’extincteur de l’enfer, dont les dessins préparatoires fourmillent de détails vertigineux. 


Seul défaut, la Biennale glisse un peu trop souvent vers le politiquement correct. C’est qu’en bon casuiste, Okwui Enwezor refuse d’asséner un point de vue tranché, d’aucuns diraient de se mouiller. L’épilogue de son catalogue est éloquent : il se demande si la liberté d’expression doit être sans limite dans une société pluriculturelle où elle peut se muer en offense. Non sans écrire dans le même temps que musées et expositions doivent rester « des lieux de conflit productifs, de pratiques dissidentes, et d’insurrection artistique et intellectuelle », qu’il faut « semer le doute sur les traditions culturelles qu’on chérit le plus et les croyances religieuses les plus révérées ». La Biennale de Venise résout moins de questions qu’elle n’en pose. 

Biennale de Venise, du 9 mai au 22 novembre, www.labiennale.org 



Roxana Azimi 

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